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Le mystère du latin

Mystère latin
 
On se rappelle sans doute l’histoire du fameux « indult Agatha Christie » par lequel le pape Paul VI accordait, en 1971, à l’Angleterre et au Pays de Galles, l’autorisation de célébrer la messe selon le rite tridentin, qu’on appelle aujourd’hui « forme extraordinaire ». Il ne s’agit pas ici de s’intéresser au caractère surfait d’une autorisation puisqu’il n’y avait pas interdiction dans le principe, même si de fait l’Eglise le vécut comme tel, mais de noter qu’un certain attachement à la messe en latin a, et est encore, exprimé par des personnalités ou des anonymes qui ne sont pas catholiques, voire qui ne croient pas même en Dieu, mais qui manifeste leur attachement, et peut-être leur besoin, de ce patrimoine culturel, et peut-être aussi de cet apport spirituel, qui nous est transmis par le rite. Tout récemment, c’est un journaliste espagnol passionné de musique qui en a subi le charme. Et le mystère…
 
Ruben Amon est journaliste au quotidien espagnol El Pais, peu suspect d’attrait pour la question religieuse, catholique en particulier. Pour sa part, il est plus particulièrement passionné, habité peut-on dire, par la musique. Le 16 mai dernier, il signait un article que l’on retrouve sur le blog du journal, dans lequel il relate comment, la veille, qui se trouvait être le dimanche de la Pentecôte, alors qu’il se trouvait à Salzbourg, il a été comme mystérieusement appelé, convoqué, à la messe par les cloches d’une église voisine. Une messe en latin.
 

Messe en latin

 
Il se trouve effectivement que, en cette église autrichienne est desservie par la Fraternité Saint-Pierre. Ruben Amon raconte qu’il a ainsi assisté à la messe, « non par foi ou habitude », ni même pour quelque autre raison spirituelle, mais simplement parce que le rite auquel il pouvait assister « s’annonçait comme un événement culturel ».
 
Ce qu’il confirme. Non pas pour la qualité artistique développée au cours de la cérémonie, ou parce que Salzbourg est une ville dédiée à la musique. Mais « parce qu’il s’agissait d’un rite en latin, célébré dos au peuple et selon les critères pré-conciliaires ».
 
« La liturgie conditionne l’ordre spirituel, poursuit-il. La langue morte y acquiert l’élan de la résurrection. Et rend ridicules les raisons pratiques avancées en Espagne pour justifier la suppression du latin et du grec des programmes pédagogiques. Je ne conteste pas l’utilité du chinois. Je regrette seulement la dilapidation de notre patrimoine culturel. »
 

Le besoin du mystère

 
Evoquant la « résonance métaphysique » du latin, il regrette que « la liturgie ait été profanée au nom de contingences paroissiales ». Et il poursuit : « On s’est d’autant plus éloigné du mystère qu’on a voulu s’approcher de la célébration. On a dépouillé la messe de sa projection transcendantale, de son essence mystérieuse, sans parler de la dégénérescence du patrimoine musical ecclésiastique, jusqu’à corrompre la foi des cœurs les mieux disposés. »
 
L’agnostique revendiqué se veut dans l’esprit de Thomas Mann : « La Beauté est le chemin qui porte l’homme sensible vers l’esprit. » Mais il suit aussi la démarche de Benoît XVI dans sa décision de rendre la messe tridentine au peuple de Dieu, non dans une volonté de « comprendre la messe mais de vivre le mystère ».
 
Je n’ai pas l’heur de connaître Ruben Amon. Mais je le remercie d’être Espagnol, plutôt que Français rationaliste. Et de m’avoir fait me ressouvenir que je ne vais pas d’abord à la « messe en latin » parce que je sais, mais bien parce qu’elle est le meilleur moyen mis à notre disposition pour entrer dans le mystère du Dieu d’amour…
 

François le Luc