Mais Neil Gorsuch est-il
catholique ou protestant ?!

Neil Gorsuch catholique protestant

Le candidat au poste de juge à la Cour suprême des États-Unis, Neil Gorsuch, au cour de la deuxième journée d’audition devant le comité sénatorial de la justice, le 21 mars 2017.


 
C’est un article de CNN qui soulève la question – et elle n’est pas inintéressante. Depuis hier, le juge conservateur Neil Gorsuch est auditionné par le Sénat et devrait l’être jusqu’à la fin de la semaine, afin que soit confirmée sa nomination à la Cour suprême, opérée par Donald Trump à la fin janvier. On a célébré en ce choix du juge fédéral du Colorado, un geste pro-vie – ce qui est globalement une réalité. L’homme est protestant, épiscopalien. Du moins, c’est ce que les media rapportent, car Gorsuch a été élevé, en réalité, dans une foi toute catholique.
 
Un abandon, une évolution ? Au profit de quelles libertés ? De quelles relativités ? C’est de cela dont il faut se soucier.
 

Un protestant épiscopalien

 
Plus tôt, ce mois-ci, l’administration Trump avait convoqué deux douzaines de chefs religieux à une réunion privée ayant pour mission de rassembler les soutiens de Neil Gorsuch, candidat à la Cour suprême – ce dernier est un fervent défenseur du 1er amendement de la Constitution, à savoir que l’Etat devrait rarement, ou jamais, contraindre la conscience des croyants.
 
La conversation tourna sur l’origine religieuse de Gorsuch. Il se trouve avéré que le juge a été élevé dans la foi catholique mais fréquente aujourd’hui, avec sa femme et ses enfants, l’église épiscopalienne Saint-John’s à Boulder, dans le Colorado.
 
Une congrégation qui, comme la ville, est politiquement libérale : installe des panneaux solaires, condamne la dure rhétorique contre les musulmans, accueille gais et lesbiennes… Son révérend, une femme, Susan Springer, a assisté à la Marche des Femmes, organisée contre Trump à Denver, le 21 janvier dernier. Phrase d’accueil du site web de la paroisse : « We are an inclusive, Christ-centered community »… Tout est dit.
 

« Neil Gorsuch est-il un secrètement un libéral ? »

 
Et ça en embête certains : un éditorial dans The Hill, un journal de Washington, a même titré : « Gorsuch est-il secrètement un libéral ? » Ne faudrait-il pas s’en inquiéter, autant que du Révérend Jeremiah Wright, l’ancien pasteur de Barack Obama ?! Les responsables de l’administration ont encouragé les chefs religieux à mettre de côté ces inquiétudes : Gorsuch doit être jugé sur ses seules opinions judiciaires.
 
Il est vrai qu’elles sont assez louables chez ce républicain de longue date, membre de la « Federalist Society », une importante organisation juridique conservatrice. Il se dit pro-vie, contre l’euthanasie, pour la peine de mort…
 
Mais comme le faisait remarquer CNN, il n’a jamais conduit de dossier judiciaire sur l’avortement. Il a remarquablement défendu les droits religieux des corporations chrétiennes, en butte au « mandat contraceptif » de l’Obamacare, comme dans l’affaire Hobby Lobby c. Sebelius… Mais il aussi défendu un détenu musulman qui réclamait des aliments hallal ou un prisonnier amérindien dont les gardiens défendaient l’accès à une hutte à sudation – un rituel de la spiritualité amérindienne.
 
« Il pense profondément à la morale, mais il dit que les juges n’ont pas le droit d’imposer leurs opinions aux autres ».
 

Un défenseur d’une certaine loi naturelle… jusqu’aux limites de la Constitution ?

 
Oui, il y a dans les gens qu’il a fréquentés, dans les livres qu’il a pu écrire, une réelle promotion de la loi naturelle. On retiendra les louanges qu’il a pu faire de son professeur d’Oxford, John Finnis, ancien membre de la prestigieuse Commission théologique internationale du Vatican et défenseur d’une loi naturelle, arc-bouté contre l’avortement et le mariage homosexuel. Ou son propre livre, écrit en 2006, sur « L’avenir du suicide assisté et l’euthanasie »…
 
« C’est un homme qui a une très haute considération pour la sainteté et la dignité de la vie humaine », avait déclaré le vice-président pour les relations extérieures de l’organisation chrétienne « Focus on the Family ».
 
Mais sera-t-il, pour autant, réellement pro-vie ? L’avocat Leonard Leo qui conseilla le président sur les nominés à la Cour suprême, a déclaré que la question n’a jamais été explicitement soulevée au cours de leurs discussions.
 
Gorsuch lui-même a mis en garde, en 2006, lors de sa nomination à la Cour d’appel pour le dixième circuit : « Mes vues personnelles, comme j’espère que je l’ai bien fait comprendre, n’ont rien à voir, en tout état de cause, avec l’affaire qui nous occupe. Les plaideurs méritent mieux que cela, la loi exige plus que cela ». Le travail des juge est « d’interpréter la loi, de rendre les décisions basées sur ce que dit le texte, et non sur ce qu’ils croient » avait-il encore dit – une vision « originaliste » de la Constitution, qui ne défend malheureusement pas tout de ce que peut et doit défendre un Chrétien.
 

Épiscopal ou catholique ?

 
On ne saura donc trop que penser, in fine. De même, la religion de Gorsuch est un peu « une zone grise », continue l’article de CNN : « s’il était confirmé par le Sénat, Gorsuch serait-il le seul juge protestant de la Cour suprême ou son sixième catholique ? » Ses amis proches et sa famille n’ont pas tous la même réponse…
 
Neil Gorsuch eut, grâce à sa mère irlandaise, une éducation réellement catholique, comme en peut témoigner sa propre tante. Mais il se rapprocha, à la mort de ses parents, de son oncle, le révérend John Gorsuch, prêtre épiscopalien, à la ligne plutôt démocrate – qu’il qualifia d’ailleurs, lundi, de « héros ».
 
Point intéressant : sur le formulaire d’adhésion à la paroisse épiscopalienne, « Holy Conforter », en Virginie, qu’il fréquenta avec sa femme entre 2001 et 2006, il indiqua qu’il était catholique. Et beaucoup de ses proches pensent aujourd’hui ainsi. Même le révérend Susan Springer est incapable de dire si Gorsuch se considère vraiment comme épiscopalien…
 

« Un homme de pensée large » qui doit rétrécir les espérances ?

 
Alors, a-t-il épousé les relativismes et les libertés de la progressiste Église épiscopale américaine ? Susan Springer, dans une récente homélie, l’a qualifié « homme de pensée large » – ce qui n’est pas une excellente indication.
 
Le 14 janvier 2016, l’Église épiscopale des États-Unis a été suspendue de la Communion anglicane pour trois ans, parce qu’elle a décidé unilatéralement d’accepter le mariage homosexuel au sein de sa confession. On se rapproche de plus en plus d’une religiosité humanitaire des Droits de l’Homme, qui s’accommode fort bien de la mentalité moderne.
 
Faut-il attendre de ce futur juge à la SCOTUS, autant que ce que certains prétendent ? Un peu, c’est certain. Autant, sûrement pas.
 

Clémentine Jallais