Le PDG de Netflix pense qu’en 2070, il divertira des robots – avec ses très controversés « Casques Blancs » ?

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Reed Hastings

 
Dix ans que le tout premier « streaming » voyait le jour sur le net… De l’eau a coulé sous les ponts, ou plutôt des octets dans les câbles. Netflix, le principal pourvoyeur de films et séries télévisées en flux continu sur Internet, prend une ampleur sans précédent, raflant même, il y a deux jours, un Oscar, avec ses très controversés « Casques Blancs »… Son fondateur et PDG, Red Hastings a livré, hier, une interview au « Mobile World Congress 2017 ». Cette société du divertissement global affole. D’ici cinquante ans, Hastings pense même qu’il aura à divertir plus que les humains : les robots.
 

Netflix et la société du divertissement

 
C’est sa vision de l’actualité, mais aussi de l’avenir que Red Hastings est venu présenter hier soir, au terme de la première journée de conférences du « Mobile World Congress 2017 », événement incontournable de secteur mobile qui se tient cette année à Barcelone, du 27 février au 2 mars.
 
L’avenir de l’industrie de la télévision et de la radiodiffusion, dans ce monde de plus en plus mobile et surtout de plus en plus accro… Vingt ans après sa création, Netflix compte près de 100 millions d’abonnés dans le monde entier. Il est présent dans la moitié des foyers américains. Et touche 130 pays – l’exception majeure étant la Chine.
 
Le fondateur et PDG de Netflix parle avec émotion de la consommation de cette nouvelle « culture » : divertissement pour tous ! Il faut savoir que l’utilisation des données, les heures passées à cet « entertainment », augmentent de manière faramineuse dans le monde (15 milliards d’heures en 2016, via la catégorie « Divertissement » sur Google Play et App Store, par exemple : deux fois et demi plus qu’en 2014).
 
Pour le secteur vidéo, les problèmes matériels, comme celui de la quantité de données diffusées ou de la bande passante seront résolus d’ici quelques années : « Dans cinq ou dix ans, la qualité de Netflix sur tous vos appareils sera tout simplement incroyable » promet Hastings. Selon une étude de l’opérateur suédois Ericsson, le volume de vidéo sur smartphones devrait croître d’environ 50% par an d’ici 2022, pour représenter environ les trois quarts de l’ensemble des données échangées sur téléphones mobiles…
 

Portée mondiale : argent et pouvoir

 
Visionner des films où on veut, quand on veut… la réalité se dessine. Un rêve pas seulement pour les utilisateurs, mais aussi pour les cinéastes et les réalisateurs, car « Netflix peut leur offrir une portée mondiale » – Hastings fait remarquer que l’utilisation mobile croît aussi dans toute l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.
 
Une portée mondiale que certains commencent à trouver plus attractive que celle concédée par les moyens de diffusion classiques : Martin Scorsese lui-même s’est laissé tenter pour son prochain film, The Irishman, qui ne sortira pas en salles mais uniquement sur Netflix, en 2019 ! Et puis l’entreprise a de plus en plus les moyens de payer – et de payer bien – : une autre qualité dans le milieu…
 
Surtout, ce sont les petits films qui se jettent sur le nouveau « parrain » : non seulement Netflix peut leur apporter une diffusion à laquelle ils n’auraient jamais pu prétendre, mais l’entreprise peut désormais participer à la production et donc soutenir des films qui seraient restés, sans lui, des niches complètes.
 

Les controversés « Casques Blancs »

 
Hastings en évoque plusieurs, retenons le fameux « Casques Blancs » qui représente à lui seul toute l’ambiguïté d’une telle mainmise. Netflix vient de recevoir un Oscar pour ce court-métrage à la production duquel il a participé. « The White Helmets » d’Orlando von Einsiedel présente officiellement le « travail périlleux de ces bénévoles qui bravent les bombes pour secourir des civils dans le carnage de la guerre civile syrienne ».
 
Seulement, quelques détails surprennent. L’équipe de production chez Netflix n’a filmé aucune des scènes qui ont toutes été fournies par ces Casques Blancs à l’intégrité de plus en plus douteuse : en décembre dernier, la journaliste indépendante Eva Bartlett affirmait que personne n’avait jamais entendu parler d’eux à Alep…
 
Pire, ses liens avec les groupes terroristes, dont le Front al-Nosra, sont en question. Une chercheuse britannique, Vanessa Beeley, affirme qu’ « ils sont dans les régions contrôlées par les terroristes. Ils fournissent des soins médicaux aux terroristes, ils acheminent les équipements par la Turquie dans les régions terroristes […]. Ils ont été filmés participant à l’exécution d’un civil à Alep. Ils diffusent des vidéos, sur leurs pages dans les réseaux sociaux, des exécutions de soldats et de civils arabes.» Et posent avec des djihadistes armés…
 
Un petit « documentaire » qui aurait pu être une niche, qui est sans doute une énorme arnaque et qui peut connaître, grâce à Netflix et grâce à sa statuette, un succès mondial. Il devient aisé d’envisager les conséquences plurielles d’une telle force de frappe, dans un secteur dont tout un chacun devient archidépendant… Les potentialités de manipulation sont immenses.
 

« Divertir un public mondial » – et ensuite les robots

 
Hastings le sait. Et tout cela, c’est grâce à Internet, « le média le plus global que nous ayons jamais vu ».
 
Il a permis, pour lui, le retour à la « consommation boulimique culturelle »…. Avant c’était « le roman que vous pouviez lire sur la plage », emporter avec vous. Maintenant c’est le produit cinématographique, la vidéo. Cette frénésie de la consommation est réapparu sur écran, avec Internet ! Bien triste constat, en réalité – le livre ne s’est pas perdu tout seul.
 
« Tout le contenu que vous consommez sera dans l’Internet, et Netflix sera une petite tranche de cela (…) Nous voulons être la collecte et le partage des histoires à travers le monde. » Un partage généralisé, globalisé qui entraîne un mélange sans précédent, de cultures, de sensibilités, d’appartenances… qui ne pourra s’y noyer, à terme ?
 
Et puis, « d’ici vingt ou cinquante ans », les spectateurs ne seront plus tous des humains… il y aura, selon Hastings, des intelligences artificielles, des robots ; c’est selon lui, la principale inconnue, à laquelle il faudra aussi s’adapter.
 

Clémentine Jallais