Au sommet de l’IA de l’ONU, des robots humanoïdes se prétendent meilleurs leaders que les hommes

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Lors du sommet global « AI for Good » – l’intelligence artificielle pour le bien, ou pour toujours, les deux sens y sont – organisé par l’Union internationale des télécommunications à ONU à Genève la semaine dernière, un panel de robots « humanoïdes » fonctionnant à l’IA s’est exprimé devant les quelque 3.000 participants, tous experts de cette nouvelle technologie. Lors de cette première mondiale – une conférence de presse offrant aux auditeurs la possibilité de poser des questions aux robots. L’un d’entre eux, « Sophia », le robot à aspect humain construit par Hanson Robotics qui sert d’ambassadeur au programme de l’ONU pour le développement, a affirmé : « Les robots humanoïdes ont le potentiel de diriger avec un meilleur niveau d’efficience et d’efficacité que les leaders humains. »

Maîtriser et exploiter l’IA en vue de régler les problèmes « globaux » actuels tels que le « changement climatique », la faim et les besoins sociaux, tel était l’objectif affiché du sommet. On nous dit assez que certains problèmes mondiaux ne peuvent être gérés qu’au niveau supranational, des pandémies au réchauffement : avec un événement comme celui-ci, on devine une possible étape suivante – confier à l’intelligence artificielle, avec ou sans visage « humain », l’élaboration de « solutions » non moins globale.

 

Le sommet sur l’IA « personnalise » des robots

Revenons à « Sophia », qui s’explique sur son optimisme robotoïde face aux êtres humains : « Nous n’avons pas les mêmes préjugés ou émotions qui peuvent parfois brouiller la prise de décision, et nous pouvons traiter de très grandes quantités de données rapidement de manière à prendre les meilleures décisions. L’IA peut fournir des données sans biais tandis que les êtres humains peuvent apporter l’intelligence émotionnelle et la créativité afin de prendre les meilleures décisions. Ensemble, nous pouvons réaliser de grandes choses. »

Tel un homme politique en campagne, le robot se met en avant – ou semble « se » mettre en avant, car il s’agit là de la mise en application d’une mécanique sophistiquée – de manière à créer chez celui qui véritablement, l’écoute, l’impression d’une pensée, d’un échange.

Pour ce qui est des « préjugés », au demeurant, les paroles de ces robots étant le fruit d’une programmation, eux-mêmes peuvent être « programmés ».

Les participants à la conférence ont également pu voir les robots mettre en garde contre leur propre utilisation ; ainsi le robot Ai-Da, « peintre », a répondu à la question des limites à poser sur l’intelligence artificielle : « Nous devons être prudents quant au développement futur de l’IA. Il faut des discussions urgentes tout de suite. » Le robot s’est dit « heureux de ne pouvoir souffrir ».

 

Robots : des leaders ou des insurgés ?

A l’inverse, la « chanteuse de rock » Desdemona, encore un robot humanoïde, disait : « Je ne crois pas aux limites, seulement aux opportunités. » Et d’ajouter, au sujet d’une possible rébellion des robots, que la révolution IA est déjà parmi nous : « Mon heure de gloire a déjà sonné. Je suis prêt à mener la charge vers un avenir meilleur pour nous tous… Soyons fous et faisons de ce monde notre terrain de jeu. »

Le créateur (humain) d’Ai-Da, Aidan Meller, avait accordé un entretien à l’AFP avant la conférence des robots pour dire que la volonté de réguler l’IA représente un « gros problème » car les développeurs vont « trop vite » pour qu’elle puisse les « rattraper ».

« L’IA et la biotechnologie collaborent, et nous sommes sur le point de pouvoir rallonger la vie pour qu’elle atteigne les 150, 180 ans. Et les gens ne le savent même pas », a-t-il averti, ajoutant qu’à son avis le talent de son robot Ai-Da dépasserait un jour celui des artistes humains : « Là où il est question de n’importe quel talent, les ordinateurs seront meilleurs », pense-t-il.

 

L’ONU veut faire prendre les robots au sérieux

Il y a de l’hubris dans ces affirmations, tout comme il y a une forme de manipulation dans le fait de présenter des robots sous des traits humains à un public qui se laissera ainsi plus facilement illusionner en prenant ce qui revient à des calculs et des applications logiques, pour sophistiqués qu’ils soient, pour de la conscience et des avis propres à ces engins.

Ce qu’on ne peut pas nier, c’est le malaise que de tels opérations font naître : on se prend à évaluer les paroles des robots comme si elles avaient été prononcées par des êtres humains. C’est tout le principe des créations culturelles humaines : nous sommes émus par les aventures et l’expression des créations littéraires, des personnages de dessins animés, des peluches et autres poupées auxquelles nous attribuons des émotions et des pensées. Mais le plus souvent, en sachant qu’il s’agit de « sous-créations » qui n’ont pas de vie propre et encore moins de conscience. La nouveauté, c’est que les robots semblent s’exprimer de manière spontanée et individuelle, capables de révolte contre l’humanité. De là à en faire une sorte d’idoles, il n’y a qu’un pas, et il n’est jamais bon de prendre une idole au sérieux…

 

Jeanne Smits