fbpx

Le NHS britannique interdit indéfiniment les opérations pour les fumeurs et les personnes obèses

NHS britannique opérations fumeurs personnes obèses
 
Confrontés au problème de pénurie inhérent aux systèmes socialisés de santé et d’assurance-maladie, les groupes d’organisation clinique CCG du National Health Service (NHS) de Hertfortshire viennent de décider de recourir à un rationnement renforcé au détriment des patients qui ont des styles de vie jugés néfastes. Fumeurs et personnes obèses seront privés d’opérations non urgentes – hormis circonstances exceptionnelles – tant qu’ils n’auront pas arrêté de fumer ou perdu du poids, et ce de manière définitive s’il le faut – à l’heure actuelle, ils doivent attendre au maximum neuf mois. L’idée est d’étendre la pratique à d’autres zones du Royaume-Uni.
 
C’est une population importante à laquelle il sera désormais possible de faire attendre les opérations chirurgicales qui sans être urgentes, ne sont pas de pur confort : dans la zone dépendant des CCG du Hertfordshire, il y a 15 % de fumeurs et 22 % d’obèses. Economies en vue !
 

Le NHS britannique punit les fumeurs et les personnes obèses

 
L’organisation professionnelle de médecins Royal College of Surgeons s’est insurgée contre cette décision qu’elle juge « discriminatoire » et contraire aux principes fondamentaux du NHS.
 
La pratique existe déjà dans plusieurs zones mais toujours sans rejet définitif des patients s’ils ne parviennent pas à s’arrêter totalement de fumer ou à perdre du poids selon les objectifs imposés par les autorités. Selon les nouvelles règles, l’opération ne sera programmée que si le patient a cessé de fumer depuis au moins huit semaines, analyse à l’appui, ou si le passage sur la balance évalue une perte de poids de 10 à 15 %. Objectif : économiser 68 millions de livres sterling pendant l’exercice budgétaire en cours. Les autorités expliquent qu’il s’agit d’encourager chacun à « assumer la responsabilité de sa propre santé de son propre bien-être, en libérant les ressources limitées du NHS afin de financer des traitements prioritaires ».
 
Ce qui n’a pas empêché les CCG d’affirmer par ailleurs que le seul objectif recherché été la meilleure réussite des interventions, pour le bien des patients concernés eux-mêmes : « Nous n’en attendons aucune économie. En revanche, nous espérons améliorer la santé de nos résidents sur le long terme en leur proposant des dispositifs pour les aider à arrêter de fumer ou de perdre du poids. » Faudrait savoir.
 

Des opérations réservées aux bons patients

 
Mais pour Ian Eardley, vice président du Royal College, l’idée va contre toutes les règles du NHS et expose les patients à de longues périodes d’attente marquées par la douleur et l’inconfort. « Cela peut même entraîner un moins bon pronostic post-opératoire dans certains cas », a-t-il précisé. Il a signalé que la nouvelle mesure restrictive n’est jamais que « la pointe de l’iceberg » et que l’un des graves inconvénients du système est qu’il empêchera même nombre de patients d’être renvoyé vers un spécialiste compétent pour décider en fonction de leur pathologie, au motif qu’ils n’auraient pas droit à l’intervention.
 
D’autres restrictions sont également à l’étude. Il s’agit notamment de l’accès à la fécondation in vitro (vu le problème moral que celle-ci pose, ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, mais les considérations éthiques n’ont pas joué) et aux médicaments. Sur place, la commission pharmaceutique locale a tempêté : « Ceux qui peuvent s’offrir ces services les achèteront, ceux qui ne le peuvent pas, s’en passeront. »
 
Le NHS, organisme sovietoïde, est confronté à plusieurs problèmes liés d’une part au vieillissement de la population qui a besoin de davantage de soins, ainsi qu’à la tendance à réduire les budgets, mais également à la diminution de la proportion de soignants par rapport aux malades : il faut dire que médecins et infirmiers ont bien des raisons de n’être pas attirés par une médecine fonctionnarisée et socialisée.
 

Anne Dolhein