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L’ONU demande de nouveaux fonds pour les objectifs du développement durable (ODD) : non plus des milliards, mais des milliers de milliards

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Cette semaine, des négociateurs de l’ONU se sont réunis à Addis-Abeba en Ethiopie pour la troisième conférence internationale sur le financement du développement. Pour la première fois, et avant même la fin officielle de la session dans les bâtiments ultramodernes que l’ONU possède dans ce pays pauvre, on est parvenu à un accord. Les participants se sont entendus sur un texte visant à éradiquer l’extrême pauvreté d’ici à 2030, à réduire les inégalités et à promouvoir un « développement durable » qui permette en même temps de lutter contre le « réchauffement climatique ». L’idée est d’investir non plus des milliards, mais des milliers de milliards. Ces nouveaux fonds auront diverses origines et sont appelés à financer les infrastructures des pays pauvres – grâce notamment aux efforts des pays riches et du secteur privé. Il n’en faudra pas moins, a déclaré Ban Ki-moon dans son discours lors d’une session de travail sponsorisée par la Banque mondiale : « Des milliards aux milliers de milliards – des idées à l’action. »
 
Voilà qui annonce à quel point les nouveaux Objectifs du développement (ODD), dont la définition est en cours de négociation, entendent peser sur l’activité économique mondiale. La prochaine réunion l’ONU sur le financement du développement en septembre devrait permettre de les arrêter, pour faire suite aux Objectifs du Millénaire qui constituaient en quelque sorte le plan triple-quinquennal mis en place au niveau mondial à l’orée de ce siècle.
 

A Addis-Abeba, une grande réunion de l’ONU réclame l’explosion du financement des objectifs du développement durable

 
On sait combien ce plan a pu servir à promouvoir des objectifs de la culture de mort : ainsi la lutte contre la mortalité maternelle et infantile, louable combat, sert-elle d’excuse à la diffusion non seulement de la contraception artificielle, mais de l’avortement « sûr et légal ». Le nouveau plan se veut pleinement en phase avec la lutte contre le « réchauffement climatique », et sera donc orienté vers la COP21 qui aura lieu à Paris en décembre. Autant de manœuvres propices à la mainmise sur la souveraineté des nations…
 
S’exprimant devant la « société civile » – les représentants d’ONG soigneusement créées et sélectionnées dont les rassemblements en divers points du globe sont pris en charge par l’ONU – Ban Ki-moon a salué leur « ambition » et leur « engagement, appelant chacun à « ne pas relâcher la pression ». Pression en faveur des dépenses et des investissements imposés au nom de la « Planète »…
 
Alors que l’aide publique au développement avoisinait en 2014 les 134 milliards de dollars, et que le financement public international était la même année de l’ordre de 240 milliards de dollars, l’idée est de mobiliser le secteur privé pour faire face aux « besoins colossaux » qui demeurent. La déclaration d’un député socialiste français sur place, Dominique Potier, à l’envoyé spécial du Monde, suggère qu’on aura recours à une forme de contrainte : « Cette contribution des entreprises comme réponse aux ODD doit se faire dans le respect de la transparence fiscale et d’une responsabilité sociale et environnementale (RSE) encadrée par la loi. Addis-Abeba est l’occasion de le rappeler. »
 

Des milliers de milliards d’investissements en nouveaux fonds pour les ODD

 
Les négociateurs d’Addis-Abeba ne se sont pas mis d’accord, en effet, sur la mise en place d’un organisme fiscal international intergouvernemental, ou « tax body » désiré par le G77 qui rassemble divers pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Les pays riches, soutenus par Ban Ki-moon ont botté en touche, suggérant que l’on laisse ces discussions-là à l’OCDE, et le compromis n’y fait pas allusion. Il faut savoir ne pas aller trop vite. Ces rencontres sont aussi des jeux de pouvoirs et d’intérêts divergents : on peut être mondialiste et rechigner à s’affronter directement aux grandes multinationales qui ne souhaitent pas se voir contraintes d’abandonner tel paradis fiscal, même si le CNUCED, comme le rappelle Simon Roger du Monde, estime que l’optimisation fiscale fait perdre chaque année près de 100 milliards de dollars de recettes fiscales aux pays en développement.
 
Cela n’a pas empêché les responsables de l’ONU, Ban Ki-moon en tête, de rêver de milliers de milliards de fonds disponibles pour les « ODD » qui doivent permettre le « développement durable » dans le respect de la « lutte contre le changement climatique » – « Tout est lié », dirait le pape François qui, rencontrant la vision holistique et panthéiste du Nouvel Age, en a fait un leit-motiv de Laudato si’.
 
Ban a fait sien l’objectif du rapport de la Banque mondiale, Des milliards aux milliers de milliards (« Billions to Trillions ») : « Afin de faire face aux besoins des ODD, la communauté globale va devoir faire glisser la discussion depuis les milliards en aide publique au développement jusqu’aux milliers de milliards en investissements de toutes sortes : publics et privés, nationaux et globaux, en capital et en capacité. »
 
L’argent devra bien venir de quelque part. De l’endettement ? On a déjà donné, mais il est vrai que cela n’empêche rien. Des contributions obligatoires ? Pourquoi pas. Mais en général, on prend l’argent où il se trouve. Contribuable ou consommateur, peu importe, c’est lui qui finit toujours par payer la note.
 

Anne Dolhein