Des pasteurs évangéliques ont participé à la célébration des 50 ans du Renouveau charismatique avec le pape François

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Rome, Cirque Maxime : le pape François, Michelle Moran (à gauche), présidente des Services pour le renouveau charismatique catholique international, et Patti Gallagher Mansfield, lors de la Vigile de Pentecôte


 
Le 3 juin, à Rome, le Cirque Maxime accueillait un événement inédit : une célébration charismatique géante, en présence du pape François, pour marquer le 50e anniversaire du Renouveau au sein de l’Eglise catholique. La nouveauté ? La présence du pape flanqué de responsables de ces communautés, mais aussi de 120 pasteurs évangéliques invités à la prière commune. Parmi eux, des pasteurs des « mega-church » américains…
 
A l’heure d’« En marche » en France et d’« In Cammino » (le nouveau nom du mouvement politique de Matteo Renzi en vue des prochaines élections) en Italie, c’est bien de mouvement qu’il était question. L’important est d’aller de l’avant, n’est-ce pas ? Le pape le répète assez, et cela le définit assez bien, lui qui dénonce la rigidité de ceux qui s’attachent à la doctrine et au dogme et qui salue ceux qui s’éloignent vers les périphéries, en se salissant la robe au passage.
 
On a donc pu entendre le leader pentecôtiste, Giovanni Traettino, inviter les charismatiques réunis à « Marcher ensemble vers l’unité de la foi ». Pas question de discussions doctrinales ; on avance en insistant sur les points communs.
 

120 pasteurs évangéliques ont entouré le pape François au Cirque Maxime

 
Devant la foule de 50.000 personnes, les bras levés au ciel, les leaders charismatiques ont pris des airs inspirés – le contraire eût été impensable. Si le pape François a eu la part du lion du temps de parole, le P. Cantalamessa, prêcheur du Vatican, argentin comme lui s’est exprimé aussi. Mais les évangéliques n’étaient pas en reste : pour cet anniversaire supposément catholique, Giovanni Traettino a pu s’adresser à l’assistance, donnant du poids aux appels du pape à l’unité. Remerciant le pape François d’avoir voulu la présence des évangéliques et des pentecôtistes, il a tenu à souligner la coïncidence : ce 50e anniversaire est célébré la même année que les 500 ans de la Réforme (ou plutôt la révolte…) de Martin Luther.
 
Le pape a souligné l’existence d’une « unité » et d’une « amitié fraternelle » au sein du mouvement charismatique tout axé sur les « dons de l’Esprit » : c’est ce qui « nous donne la force sur le chemin vers l’unité », a-t-il insisté. Il n’y a pas de doute, le pape apprécie d’autant plus le mouvement charismatique qu’il n’est pas d’origine catholique et qu’il ne s’est pas constitué selon une structure rigide.
 
C’est ce qu’il a déclaré au cours de son allocution :
 
« Nous sommes réunis ici, croyants provenant de 120 pays du monde, pour célébrer l’œuvre souveraine de l’Esprit Saint dans l’Eglise, qui débuta il y a cinquante ans et qui marqua le début… d’une institution? Non. D’une organisation? Non. D’un courant de grâce, le courant de grâce du Renouveau charismatique catholique. Une œuvre qui naquit… catholique? Non. Elle naquit œcuménique ! Elle naquit œcuménique parce que c’est l’Esprit Saint qui crée l’unité et c’est ce même Esprit Saint qui donna l’inspiration pour qu’il en fût ainsi ! Il est important de lire les œuvres du cardinal Suenens à ce propos : c’est très important ! »
 

Pour la célébration des 50 ans du Renouveau charismatique, le pape François salue le cardinal Suenens et Dom Helder Camara

 
Le cardinal Suenens, prélat progressiste s’il en était, avait notamment pris position contre Humanae vitae et joua un rôle clef dans l’aile moderniste à l’époque du concile Vatican II. Le pape François a cité une seconde fois ce cardinal très lié au mouvement charismatique : « Le troisième document de Malines, « Renouveau charismatique et service à l’homme », écrit par le cardinal Suenens et par Dom Helder Camara, est clair : renouveau charismatique et également service à l’homme. » Dom Helder Camara, le théoricien de la théologie de la libération…
 
Ayant salué ce mouvement comme « courant de grâce », le pape François a précisé, un peu plus loin : « Les 50 ans du Renouveau charismatique catholique. Un courant de grâce de l’Esprit ! Et pourquoi un courant de grâce ? Parce qu’il n’a ni fondateur, ni statuts, ni organes de gouvernement. Dans ce courant sont évidemment nées de multiples expressions qui, certes, sont des œuvres humaines inspirées par l’Esprit, à travers divers charismes, et toutes au service de l’Eglise. Mais on ne peut pas dresser de digue contre le courant, ni enfermer l’Esprit Saint dans une cage ! »
 
Ne serait donc pas un courant de grâce l’institution qui aurait un fondateur, des statuts, des lois, une hiérarchie ? On pense à l’Eglise. Et à son fondateur divin, Notre Seigneur Jésus-Christ, qui l’a établie sur le roc qu’est Pierre… A croire que l’Esprit, Il ne l’avait pas… Assez de blasphèmes !
 
Ou alors le pape, qui rappelle que « la Pentecôte fait naître l’Eglise », ne croit décidément pas qu’elle est ce qu’elle serait devenue, « Magistra » autant que « Mater »…
 

Le pape François appelle à l’unité en invoquant le sang des martyrs

 
Certes, il émeut et dit vrai lorsqu’il affirme à propos du Cirque Maxime : « Ici, des chrétiens furent martyrisés lors des persécutions, pour le divertissement de ceux qui regardaient. Aujourd’hui, il y a davantage de martyrs qu’hier ! Aujourd’hui, il y a davantage de martyrs, chrétiens. Ceux qui tuent les chrétiens, avant de les tuer ne leur demandent pas : “Tu es orthodoxe ? Tu es catholique ? Tu es évangélique ? Tu es luthérien ? Tu es calviniste ?” Non. “Tu es chrétien ?” — “Oui” : égorgé, immédiatement. Aujourd’hui, il y a davantage de martyrs qu’aux premiers temps. Et cela est l’œcuménisme du sang : le témoignage de nos martyrs d’aujourd’hui nous unit. »
 
Cette unité dans le sang versé est pourtant bien particulière, « extra-ordinaire » et ne correspond pas à l’unité qu’on pourrait appeler quotidienne, réelle, correspondant au désir du Christ pour son Eglise. Pourtant le pape a dit : « La paix est possible à partir de notre confession que Jésus est le Seigneur et de notre évangélisation sur cette route. Elle est possible. Tout en montrant que nous avons des différences – mais cela est évident, nous avons des différences –, mais que nous désirons être une diversité réconciliée. Voilà, nous ne devons pas oublier ces mots, mais les dire tous : diversité réconciliée. Et ces mots ne sont pas les miens, ce ne sont pas les miens. Ce sont ceux d’un frère luthérien. Diversité réconciliée. »
 
En d’autres termes : les affirmations et croyances contradictoires entre elles cohabitant dans une joyeuse entreprise commune de service aux autres…
 

L’oubli de la doctrine au prétexte qu’on est « en marche »

 
C’est ce qui a poussé le pape à remercier tout spécialement les dirigeants évangéliques présents en ces termes :
 
« Je vous remercie grandement de votre salutation… Merci de ce que vous faites en travaillant pour l’unité des chrétiens, tous ensemble, comme le Seigneur le veut. Marchons ensemble, aidons les pauvres ensemble, faisons la charité ensemble, éduquons ensemble. Tous ensemble. Et que les théologiens travaillent de leur côté, et nous aident. Mais nous, toujours en chemin, jamais à l’arrêt, jamais à l’arrêt… et ensemble. Voilà ce que je me souhaite, et je vous remercie car je sais que c’est ce que vous faites. »
 
Le pentecôtiste Giovanni Traettino a repris toutes ces idées avec enthousiasme, lui qui a écrit des textes d’« ouverture » à l’égard de l’Eglise catholique et qui, ce faisant, a irrité d’autres évangéliques italiens qui ont eu à cœur de montrer clairement leur désaccord avec le charismatique… charismatique. Réunis lors d’une rencontre organisée à Rome en avril dernier par l’Alliance évangélique italienne, ils ont réfléchi aux relations qui peuvent exister entre leurs sectes et l’Eglise catholique.
 
Lors d’un débat avec Traettino, le vice-président de l’Alliance, le pasteur Leonardo de Chirico, a insisté sur les différences doctrinales clef par rapport à l’Eglise catholique qui rendent l’union spirituelle « impossible » – celles notamment concernant la manière de comprendre le salut, le rôle de la vénération de Marie et l’autorité de la Bible.
 
Ce qui prouve au moins que ces protestants, pour être dans l’erreur, ne s’assoient pas sur le principe d’identité et comprennent que les contradictions dans ces domaines sont des obstacles dont il faut reconnaître l’existence pour ne pas renoncer à ce qu’on est.
 

Carlos Payan, pasteur évangélique, salue un moment « historique et prophétique »

 
Seul pasteur français présent « sur scène » (La Vie a raison, finalement – c’était un show), Carlos Payan, fondateur de l’association interconfessionnelle Paris Tout est possible est quant à lui revenu enchanté de son voyage romain. Il a répondu à l’hebdomadaire qui lui demandait de qualifier la rencontre :
 
« C’est en pesant mes mots que je vous dis que nous avons vécu quelque chose d’historique et de prophétique ! En même temps, ce fut un moment d’une grande simplicité évangélique, souvent hors protocole. Le pape François avait déjà reçu des pasteurs évangéliques au Vatican il y a quelques années, des pasteurs qu’il avait rencontrés quand il était archevêque en Argentine. Mais c’est la première fois qu’il les reçoit devant 50.000 pèlerins et devant la télévision ! C’est comme s’il avait voulu nous présenter, ensemble avec lui, aux 120 millions de catholiques charismatiques… »
 
Historique ? Prophétique ? Il y a des prophéties qui se réalisent vite. On apprend ainsi que le 13 juin prochain, l’église catholique Saint-Thomas de Reims accueillera le même Carlos Payan dans le cadre du collectif « Illumine », qui se présente ainsi :
 
« Le collectif #illumine regroupe des chrétiens christocentrés qui désirent s’enraciner dans la foi, louer et évangéliser. Ils s’appuient sur l’héritage jésuite (bienveillance, prière personnelle, relecture, discernement, accompagnement spirituel) et le renouveau charismatique (dons et charismes de l’Esprit Saint), pour développer une unité dans la diversité. »
 
Tiens donc !
 
J’allais oublier. Le fameux Carlos Payan était jadis militant socialiste. Fonctionnaire, il était agent d’entretien. Il affirme avoir reçu des « paroles prophétiques » qui l’ont entraîné vers un ministère comme pasteur protestant qui, le week-end, organise des séances de « guérison » à travers la France, souvent en compagnie de prêtres ou religieux catholiques – ce qui le fait détester de certains évangéliques, soit dit en passant.
 
On est dans le domaine du « se sentir bien ». C’est tout… Pardon : « Ensemble, c’est tout. » Tout cela est décidément bien à la mode.
 

Jeanne Smits

 

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Mai 1975 : premier rassemblement charismatique international à Rome pendant la Pentecôte