Le Pacifique en état de guerre : un porte-avions chinois inquiète les U.S.A., Taïwan et le Japon

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Le Liaoning est l’unique porte-avions chinois, construit par l’Union soviétique et racheté par la Chine.


 
Parti de mer Jaune le porte-avions chinois Liaoning croise en mer de Chine méridionale, suscitant les protestations de Taïwan et du Japon, dont les forces sont sur le pied de guerre. Ces manœuvres préfigurent la projection de la flotte chinoise vers le Pacifique oriental, domaine réservé jusqu’ici aux USA. Un changement stratégique majeur dont les conséquences sont multiples.
 
« Manœuvres de routine » assure-t-on à Pékin, où l’on nie toute intention agressive. Et il est vrai que le Liaoning, porte-avions acheté à l’Ukraine en 1998, navire d’entraînement depuis 1998, ne semble pas avoir les capacités opérationnelles d’inquiéter sérieusement les voisins de la Chine appuyés sur leur allié les USA. Selon Carl Schuster, professeur à l’université d’Hawaï et ancien chef des opérations au centre américain de renseignement interarmes du Pacifique, les Chinois n’ont « pas le corps de pilotes d’aéronavale expérimentés et d’équipages de porte-avions nécessaire à une véritable flotte de porte-avions ». Ils viennent d’ailleurs tout juste de finir de construire leur premier porte-avions et ce n’est qu’en 2027 ou 2029 qu’ils devraient en posséder quatre, soit moins de la moitié des dix porte-avions américains, vrais mastodontes auprès desquels le Charles De Gaulle paraît une frégate.
 

Le Liaoning inquiète Taïwan et le Japon

 
Et cependant on proteste ferme chez les alliés asiatiques des USA, tous d’anciens vassaux de la Chine qui sentent peser sur eux la menace d’une nouvelle tutelle. Les Chinois nationalistes de Taïwan savent que Pékin n’a jamais renoncé à reprendre leur île y compris par la force et suivent donc les manœuvres du Liaoning avec attention, d’autant que celui-ci, pour rejoindre la mer de Chine méridionale, a emprunté le détroit de Bashi entre Taïwan et les Philippines. Quant au Japon, qui se trouve confronté aux provocations incessantes de la flotte et de l’aviation chinoises (36 incidents en 2016, plus un en 2015 dans les îles Senkaku en mer de Chine orientale, où trois patrouilleurs chinois ont violé les eaux territoriales japonaises).
 
En outre, la mer de Chine méridionale, sur laquelle le Liaoning a piqué, contient des archipels controversés, les Spratleys et les Paracelse, sur lesquels la Malaisie, le Vietnam, Taïwan et les Philippines émettent des revendications diverses et que les Chinois ont occupés par la force.
 

Première croisière d’un porte-avions chinois dans le Pacifique

 
En dehors de ces données immédiates, les analystes soulignent que c’est la première fois que les Chinois envoient un porte-avions dans le Pacifique occidental, et que cela préfigure une incursion future dans le Pacifique oriental. Pékin ne le cache pas et l’on doit lire à ce propos le Global Times du 25 décembre dernier. Selon lui, les manœuvres du Liaoning constituent « une étape nécessaire dans le progrès des capacités de combat de la flotte chinoise ». Elles ne se limitent pas à expérimenter la technologie chinoise mais ont un « rôle géopolitique ». Celui de préparer un nouvel équilibre stratégique mondial, plus exactement d’en finir avec le déséquilibre actuel. Il est clair que Pékin pense que, de même que les Occidentaux imposèrent dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle des traités inégaux à la Chine, de même les USA et leurs alliés imposent-ils aux Chinois une situation stratégique inégale.
 

Les porte-avions chinois ont pour mission d’inquiéter les USA

 
Voici le détail de l’argumentation : « Les porte-avions sont des outils stratégiques qui doivent montrer la force de la Chine et modeler l’attitude du monde extérieur face à la Chine. Ils ne sont pas construits uniquement pour la guerre. Les porte-avions chinois doivent être envoyés dans des missions au long cours. La plupart des intérêts navals vitaux de la Chine sont situés près des côtes, mais les sorties des porte-avions doivent dépasser ces zones. La rivalité navale doit s’étendre à des zones plus vastes pour soulager la pression qui pèse sur les côtes chinoises ».
 
Et pour que nulle ambiguïté ne subsiste, le Global Times précise : « Notre flotte de porte-avions doit avoir la capacité et le courage de voguer plus loin (…) jusque dans les eaux où nul vaisseau militaire chinois n’a jamais été. La flotte chinoise ira dans le Pacifique oriental tôt ou tard. Quand les porte-avions chinois paraîtront au large des côtes des USA, cela provoquera une intense réflexion à propos des règles maritimes. Les mouvements lointains de porte-avions chinois ne visent pas à provoquer les USA (…) mais si notre flotte est capable d’entrer dans des zones où les USA ont leurs intérêts vitaux, la pression unilatérale que les USA exercent sur la Chine va changer. » Voilà qui est clair.
 

Chacun chez soi ou tout le monde chez les autres

 
On comprend maintenant tout à fait les accords passés récemment par la Chine avec la Russie, afin d’être tranquille à l’Ouest, et par les USA avec l’Inde : ce renversement des alliances traditionnelles correspond au réveil géopolitique de la Chine. Il explique l’inquiétude des USA et de leurs alliés : quand la Corée du Nord gesticule, c’est embêtant, quand la Chine bouge, c’est sérieux. Jadis l’Empire du milieu ne s’occupait que de ses abords, comme le firent aussi les USA du temps de la doctrine Monroe. Puis les USA se sont mués en gendarmes du monde décidés à s’occuper de tout, et les Chinois veulent montrer qu’ils pourraient faire de même. Ainsi passerait-on du monde du chacun chez soi au monde du tout le monde chez les autres. Le changement de stratégie navale de la Chine est un nouveau pas spectaculaire de la mondialisation. Il est d’ailleurs la conséquence directe de la politique d’ouverture des frontières. C’est elle qui a permis le développement économique chinois, et le développement technologique. Cela se voit aujourd’hui en termes de fusées et de porte-avions, cela se voit aussi en matière de TGV : les transferts de technologie ont permis aux produits Chinois de concurrencer les produits européens en Europe, ils permettent à l’armée chinoise de concurrencer les armées occidentales et demain de se hisser peut-être au niveau de la flotte des USA.
 

La dialectique mondialiste se sert aussi des guerres

 
Une question vient immédiatement à l’esprit : est-ce que cela n’engendre pas un risque de guerre ? D’autant que les Chinois ont des vues impériales sur leurs voisins (voir la question des pêches et du pétrole dans les Paracelse et les Spratleys), et que Donald Trump, en téléphonant au président de Taïwan Tsai Ing Wen, semble remettre en question l’exclusivité diplomatique donnée à Pékin sous le nom de « doctrine de la Chine unique ».
 
La réponse est difficile, car le risque de guerre dans une situation aussi complexe n’est jamais à exclure, mais la confrontation prendra probablement un tour plus larvé. La marge de manœuvre de Donald Trump n’est pas immense. Il faut savoir en effet que l’ouverture des frontières de la Chine et sa montée en puissance sont le fruit d’une volonté délibérée, un processus à long terme, qui remonte aux années soixante-dix, qui rappelle le soutien apporté par les banques et la maçonnerie mondiale à l’URSS à sa naissance, pendant la seconde guerre mondiale et ensuite. Un processus dialectique, qui n’a pas exclu la guerre froide, qui l’a même utilisée pour faire advenir la convergence des blocs, la convergence entre communisme et capitalisme – ce qui est encore le cas aujourd’hui des tensions entre les Chinois d’une part et de l’autre les USA et leurs alliés, Taïwan, le Japon, etc.
 

Une guerre entre les USA et la Chine ne résoudrait rien

 
Ce qui paraît un peu nouveau avec Trump, c’est qu’il semble avoir de vraies convictions anti-mondialistes. Mais il ne saurait arrêter un processus tissé d’aussi longue main d’un claquement de doigts. D’autant qu’il se trouve en butte aux USA mêmes à l’hostilité de nombreuses puissances, une partie du parti républicain, les médias, la FED, l’ONU, les étudiants. Il lui faut donc trouver des alliés, dans la Haute finance, en Israël, en Russie peut-être. Et lancer lui-même des contre processus à long terme. Ce n’est pas tout d’être anti-mondialiste, il faut imaginer pour demain des politiques qui orienteront les mentalités. La question est moins de bloquer les porte-avions chinois en mer de Chine ou dans l’est du Pacifique que de transformer la fiscalité des USA, ou l’éducation, ou les médias. Imaginons une guerre entre les USA et la Chine : elle ne freinerait nullement la course au mondialisme, elle l’accélérerait au contraire, chacun rêvant de se blottir ensuite sous l’aile rassurante de la gouvernance mondiale. Mais s’il parvenait à libérer tant soit peu les entreprises et surtout les têtes du totalitarisme socialiste global, Trump deviendrait un grand homme.
 

Pauline Mille