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Médias muselés, rhétorique belliqueuse, Navalny exclu : en Russie, la réélection de Poutine à la présidentielle sera obtenue par la contrainte

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Ce dimanche 18 mars, le monde découvrira une nouvelle fois que le président russe Vladimir Poutine a été réélu pour un quatrième mandat de président – car sa réélection est certaine. Selon les sondages, il devrait l’emporter au premier tour de la présidentielle avec 70 % des voix, à peu près comme le président français désigné par l’oligarchie, Emmanuel Macron (66,10 % en 2017). Les observateurs considèrent désormais Vladimir Poutine, 66 ans aux prunes, comme le dirigeant éternel de la Russie, dans le style de ses prédécesseurs communistes. Il est de fait au pouvoir – président ou Premier ministre – depuis 1999, avec des médias muselés, une rhétorique de plus en plus belliqueuse et un opposant principal, Alexei Navalny, exclu de la compétition.
 

En Russie, quasiment tous les médias diffusent la même rhétorique belliqueuse

 
Pour beaucoup de Russes, explique Tatiana Christy dans Thenewamerican.com, une Russie forte rime avec un gouvernement centralisé façon communiste. « La psyché russe, écrit notre observateur, considère l’ordre comme une absence de changement » car « tout changement signifie de longue date pour ce pays sang, désordre, terreur et anarchie ». Tatiana Christy explique que « puisqu’il n’y a quasiment plus de médias indépendants en Russie, quasiment tous diffusent le même message, selon lequel la Russie va bien mieux depuis qu’elle a ré-annexé la Crime, ou que l’Ukraine orientale se bat pour son indépendance – alors qu’il est évident que le séparatisme du Donbass est soutenu par les troupes russes ».
 
La culture de masse et l’éducation sont saturés de rhétorique belliqueuse avec, entre autres, l’idée selon laquelle la Russie pourrait envahir à nouveau l’Allemagne. « Artistes et enseignants sont mobilisés pour répandre la vision de Poutine, le chef qui a “remis la Russie sur pied” », dénonce Tatiana Christy. De fait, la période de chaos a pris fin, durant laquelle les entreprises étaient contraintes de pratiquer le troc pour maintenir leurs activités.
 
En 2011, après des manifestations massives contre Poutine et ses mandats à répétition, le Parlement a voté des lois limitant les droits civils. Les manifestations non-autorisées sont punies d’amendes pouvant aller jusqu’à 9.000 dollars. En 2014, Vladimir Poutine a paraphé une nouvelle loi les portant à 28.000 dollars. Le salaire moyen est de 500 dollars. Des peines de prison sont même prévues, au nom de la lutte contre le « radicalisme ».
 

Instruit par les manipulations étrangères, Poutine réprime ONG et médias

 
Instruit par les manipulations étrangères sur les manifestants ukrainiens et les diverses « révolutions orange », Vladimir Poutine a lancé une politique de répression contre les ONG, imposant un contrôle gouvernemental permanent sur leurs activités. L’ombre de George Soros plane sur les mouvements supposés indépendants et démocrates. Le président a fait interdire l’entrée de capitaux étrangers au-dessus de 20 % dans le tour de table des médias. L’une des rares télévisions indépendantes, Dozhd (pluie) TV, est émise depuis un petit studio de la taille d’un appartement. La liberté sur internet est affectée, le gouvernement faisant fermer des sites « violant la loi » qui réprime « les incitations à l’émeute », « l’encouragement aux activités illégales ou la participation aux événements publics violant l’ordre établi ».
 

Une réélection fragile

 
Vladimir Poutine est assuré d’un raz-de-marée, ses concurrents les plus sérieux étant à ce jour crédités de moins de 10 %. C’est le taux de participation qui inquiète le régime. Un taux d’abstention supérieur à celui de l’élection de 2012 – il s’était élevé alors à 34,43 % plus 1,17 % d’exprimés blancs et nuls – constituerait un revers pour le président, comme la forte abstention en France en 2017 – 34,03 % des inscrits et 8,59 % d’exprimés blancs et nuls – a entaché l’élection de Macron. Selon Tatiana Christy, « Des millions de Russes sont déçus et reprochent à Poutine d’échouer dans sa lutte contre la corruption, de maintenir un gouvernement oligarchique, d’isoler la Russie au niveau international, de tenir un discours militariste ». En dépit des bilans flatteurs publiés par le régime, le pays subit une baisse des salaires sur fond d’inflation élevée.
 

Alexei Navalny, pro-occidental, exclu de la compétition présidentielle

 
L’exclusion de la compétition présidentielle d’Alexei Navalny, rival le plus sérieux de Poutine, par la justice, a réactivé le mécontentement. Navalny, avocat pro-occidental qui critique la corruption des élites et les abus de pouvoir, a été condamné pour détournement de fonds, condamnation qu’il affirme avoir été téléguidée. Bien qu’il n’eût aucune chance de l’emporter, le soutien des catégories éduquées, jeunes et urbaines aurait affaibli Vladimir Poutine. Navalny appelle à boycotter le scrutin, ce qui confirme l’importance stratégique du taux d’abstention.
 
Trois des sept autres candidats méritent l’attention. Le chef d’un des deux partis communistes, Pavel Grudinin, 57 ans pourrait arriver second à 7 %. Il critique l’élite et propose de transformer les entreprises privées en entreprises « sociales ». Le candidat attendu troisième est Vladimir Jirinovski, nationaliste de droite à la rhétorique militariste anti-occidentale, ancien membre de l’establishment politique, autour de 5 %. Enfin, la riche Ksenia Sobtchak, 36 ans, très critique envers Poutine mais fille d’un ancien maire de Saint-Pétersbourg mentor du président, propose un programme libéral à l’occidentale qui pourrait séduire l’électorat jeune de Navalny, est créditée de 2 %. Elle s’est fait une réputation en lançant un verre d’eau à la figure de Jirinovski lors d’un débat télévisé. Notons que Vladimir Poutine n’a jamais participé à aucun débat public avec ses concurrents, envoyant des partisans plaider pour lui.
 
Vladimir Poutine sera réélu par une Russie dont ce scrutin sous influence ne fera probablement pas baisser la pression. C’est probablement là le principal risque pris par le président sortant.
 

Matthieu Lenoir