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Sur-médication à risque des seniors : défaillance de la médecine ou influence des laboratoires ?

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Depuis 1974, l’espérance de vie s’est allongée, en France, de dix ans. Et qui dit âge avancé, dit aussi risque accru de maladies, polypathologies, et donc consommation renforcée de médicaments : cette dernière s’est vue, de fait, doublée depuis les années 90. Aujourd’hui, le mensuel 60 Millions de consommateurs alerte sur les dangers de cette polymédication, voire de cette sur-médication qui pourrait causer plus de mal que de bien à ces patients seniors.
 
Représentant 16 % de la population française et consommant 40 % des médicaments prescrits en ville, cette tranche d’âge intéresse évidemment un nombre croissant d’acteurs de la santé, dont les laboratoires pharmaceutiques, acteurs économiques qu’on ne peut négliger…
 

20 % des seniors prennent au moins 7 médicaments différents chaque jour

 
Cette étude commandée à OpenHealth Company par la société Santéclair a examiné les prescriptions médicales de 449.000 seniors dans 2.600 pharmacies, réparties sur le territoire. Résultat : 20 % d’entre eux prennent au moins 7 médicaments différents chaque jour. Et la majorité de ces derniers prennent en moyenne 14 médicaments différents… Une fourchette basse, qui plus est, parce que l’automédication n’est prise en compte que si elle est associée à une prescription médicale.
 
A souligner que cette polymédication concerne plus de femmes que d’hommes : 57 % contre 43 %.
Et qu’elle pose surtout problème. D’abord pour la vie au jour le jour de ces patients, usés, lassés par cette cargaison médicale à avaler, sans se tromper, sans oublier. Et puis pour les risques qu’elle provoque.
 
Cette polymédication multiplie en effet les risques d’effets indésirables et d’interactions dites iatrogènes (c’est-à-dire consécutives à la prise d’un traitement) qui peuvent aggraver des situations pathologiques ou faire apparaître de nouveaux problèmes de santé (il faut rappeler que les effets indésirables des médicaments se révèlent plus fréquents chez les seniors).
 

Une sur-médication à risque « qui peut entraîner des chutes et d’autres accidents graves »

 
C’est un fait, « au-delà de trois ou quatre molécules prises ensemble, on ne connaît plus trop leur métabolisme, c’est-à-dire leur façon de réagir » disait le Professeur Olivier Saint Jean, chef de service gériatrie à l’hôpital Georges-Pompidou à Paris.
Selon l’Assurance maladie, les accidents liés aux médicaments occasionnent 130.000 hospitalisations et 7.500 décès par an parmi les plus 65 ans. Et parmi les plus de 75 ans, la iatrogénie médicamenteuse est responsable de 15 à 20 % des hospitalisations.
Les médicaments les plus fréquemment impliquées dans les accidents iatrogéniques sont : les médicaments cardio-vasculaires et notamment les anti-thrombotiques, les AINS15 (Anti inflammatoires non stéroidiens), les psychotropes (anxiolytiques) et les médicaments du système nerveux.
 
L’étude de la société Santéclair a passé au crible les ordonnances des seniors « polymédiqués », via une grille reposant sur 36 combinaisons de médicaments porteuses de risques. 89 % d’entre elles sont confrontées à au moins 3 situations à risque ! Et elles ne sont que 0,5 % à n’être confrontées à aucun risque iatrogénique grave…
 
« Attention au cocktail ! »
 
« Les médicaments sauvent des vies tous les jours », écrit la représentante de France Assos Santé mais cela ne justifie pas, selon elle, les 47 % des personnes qui consomment des psychotropes contre l’anxiété ou pour dormir…
 
Pour tout et pour tous, a fortiori les seniors, il faut porter plus d’attention au rapport bénéfices/risques, mettre en place une réévaluation régulière (et non un renouvellement systématique), et surtout « une vraie coordination entre les médecins », un « vrai dossier médical partagé » qui allégera les ordonnances, diminuera les risques iatrogéniques, en apportant un véritable regard général critique.
 

Et le rôle des laboratoires ?

 
Rapports étonnants de l’étude sur les principaux acteurs de ce phénomène, à savoir les patients et leurs médecins : les premiers n’ont que très peu conscience de ces risques médicamenteux, manifestant une confiance très forte envers leurs prescripteurs. Tandis que ces derniers s’estiment mal formés, insuffisamment préparés et mal accompagnés pour assurer un bon contrôle de ces mêmes risques !
 
Une situation pour le moins gênante… due en grande partie au poids que représente aujourd’hui l’industrie pharmaceutique, qui, rappelons-le quand même, est la plus rentable au monde (34 milliards d’euros en 2014 pour la filière française). Poussée par une population toujours vieillissante, des avancées médicales récurrentes, elle peut céder – et cède – à des intérêts aisément imaginables.
 
Rappelons cet extrait du rapport de 2006 de la Chambre des Communes anglaise à son propos :
« L’industrie pharmaceutique trahit ses responsabilités à l’égard du public et des institutions. Les grandes firmes se sont de plus en plus focalisées sur le marketing, plus que sur la recherche, et elles exercent une influence omniprésente et persistante, non seulement sur la médecine et la recherche, mais sur les patients, les médias, les administrations, les agences de régulation et les politiques. (…) Elle s’est imbriquée dans tout le système, à tous les niveaux. C’est elle qui définit les programmes et la pratique médicale. Elle définit aussi les objectifs de recherche de médicaments sur d’autres priorités que celles de la santé publique, uniquement en fonction des marchés qu’elle peut s’ouvrir. Elle détermine non seulement ce qui est à rechercher, mais comment le rechercher et surtout comment les résultats en seront interprétés et publiés. Elle est maintenant hors de tout contrôle. Ses tentacules s’infiltrent à tous les niveaux. Il faut lui imposer de grands changements. »
 

Clémentine Jallais