La sédation terminale ?
De l’euthanasie déguisée, selon une journaliste australienne

sédation terminale euthanasie déguisée journaliste australienne


La sédation terminale, ou dite profonde, pourrait faire office d’alternative à l’euthanasie et au suicide assistée.


 
Si Vanessa de Largie regrette quelque chose, c’est d’avoir accepté que sa vieille mère reçoive une « sédation palliative », ou sédation terminale, à la fin de sa vie. La journaliste australienne, plutôt connue pour des articles coquins dans la presse anglophone, vient de publier un article bien plus sérieux où elle dénonce les protocoles modernes d’accompagnement des personnes en phase terminale. La sédation terminale – celle-là même rendue accessible en France en tant que « droit » des patients par la loi Léonetti-Claeys – est une « euthanasie déguisée », affirme-t-elle sans détour. « Je voudrais tellement ne pas y avoir soumis ma maman ! », explique-t-elle aujourd’hui.
 
« Le centre de soins palliatifs a laissé mourir ma mère sous mes yeux, alors que je me tenais là impuissante », raconte Vanessa de Largie. C’est au terme d’une conversation avec les responsables du centre qu’elle s’est laissé pressurer en vue d’accepter un protocole de fin de vie comme « meilleure option possible » pour sa mère. C’était la bonne manière de la laisser partir « dans la dignité et avec zéro douleur ».
 
« Hélas, j’ai donné le feu vert à l’équipe de soins palliatifs, et ce choix, il va falloir que je vive avec pour le restant de mes jours », note la jeune femme. Les médecins n’ont-ils pas toujours raison ?
 

Où une journaliste australienne regrette d’avoir expédié sa mère vers la mort

 
Tout a commencé en Australie lorsque sa mère, atteinte d’une tumeur maligne au cerveau, a été hospitalisée et submergée par les médicaments qu’on lui prescrivait. Mais ce n’était pas tout : une l’infirmière avait suggéré qu’on lui donnât une piqûre euthanasique puisque c’était, disait-elle, la fin. Vanessa de Largie, pas convaincue, avait aussitôt réagi en ramenant sa maman chez elle, gagnant pour elle plusieurs mois de vie dans de bien meilleures conditions. « J’ai fait confiance à mon cœur et je l’ai sortie de là dare-dare car sinon, on me l’aurait tuée bien plus vite ».
 
La santé de sa mère se dégradant, l’une des infirmières de passage a vanté les qualités des soins palliatifs. Dans l’esprit de la journaliste, il s’agissait des soins donnés avec bonté et humanité pour soulager les patients dans leurs derniers jours sans prétendre prolonger la vie à tout prix. Elle accepta donc.
 
« Hélas, dans la pratique, les soins paliatifs se sont métamorphosés pour devenir quelques chose de tout à fait différent : pour de nombreux patients, c’est une forme déguisée d’euthanasie. Les soins palliatifs prétendent ne pas « hâter la mort » mais au contraire, c’est ce qui se produit très fréquemment. Des patients âgés, comme ma mère, sont soumis à une sédation lourde, et privés d’hydratation et d’aliments ce qui les déshydrate et les fait mourir de faim afin d’accélérer le processus. Cela ne se passe pas seulement en Australie, mais dans de nombreux pays à travers le monde », explique-t-elle.
 

La sédation terminale tue délibérément

 
Et de rappeler qu’en 2012, le professeur Patrick Pullicino, neurologue et professeur de neurosciences à l’université de Kent, avait déclaré lors d’une conférence que le protocole Liverpool Care Pathway était devenu une forme de « mort assistée » appliquée à plus de 100.000 patients par an. « Très probablement, de nombreux patients âgés qui auraient pu vivre bien plus longtemps sont tués par le LCP », déclarait-il alors.
 
C’est exactement ce qu’a vécu Vanessa de Largie. Elle qui a soigné ses deux parents jusqu’à leur mort tient à avertir ses lecteurs : « Je peux vous dire que les membres de la famille ne sont souvent pas aptes à prendre des décisions au nom de leurs proches ». Elle cite le stress qui accompagne le fait de voir les effets de la maladie sur un proche et « l’incapacité à comprendre ce que médecins et infirmières font ou disent » : elle l’a vécu.
 
Elle en témoigne aujourd’hui. « Le corps médical utilise le terme de « mourant » à tort et à travers, à la fois pour qualifier ceux qui sont réellement en face terminale et les patients âgés dont ils estiment que leur vie ne vaut plus d’être vécue – et ce alors que dans de nombreux cas ces personnes ne sont pas du tout en train de mourir et qu’elles ont des semaines ou des mois à vivre encore ». Elle s’indigne : « Comment quelqu’un peut-il réellement juger de la qualité de vie d’un autre être humain ? Tout est affaire de perspective ».
 

La sédation terminale, la nouvelle forme de l’euthanasie

 
Une anecdote illustre cela de manière incontestable. Vanessa de Largie rappelle « l’incroyable histoire de Richard Rudd, 43 ans, victime d’un « locked-in syndrome », incapable de parler et de bouger alors même qu’il pouvait penser, entendre et ressentir ». Ses parents avaient décidé de faire arrêter son respirateur artificiel. Mais on avait pris la peine de lui demander son avis, puisqu’il pouvait bouger les paupières en réponse aux questions. Lorsqu’on lui demanda s’il voulait continuer de vivre, il répondit, de manière catégorique : « Oui ! » Son père devait avouer qu’il était persuadé qu’en aucun cas, « pas une fois en un million d’années », son fils n’aurait voulu vivre dans l’état où il était.
 
Le père de Richard Rudd met aujourd’hui en garde contre les directives anticipées qui peuvent se retourner contre vous : « Imaginez que vous changiez d’avis et que vous ne puissiez le faire savoir ! »
 

La loi Leonetti-Claeys est une loi d’euthanasie déguisée

 
Quant à Vanessa de Largie, elle vit maintenant dans la tristesse de ne pouvoir défaire ce qu’elle a laissé faire à sa mère. « Chaque jour, je vis avec une culpabilité horrible par rapport à la mort de ma mère dans un hospice, à l’instar des milliers d’autres Australiens et de personnes dans tous les coins du monde. Et pourtant, la société veut aseptiser l’euthanasie en nous envoyant sur la pente glissante de ces actes homicides gris et troubles. On ne me rendra jamais ma mère. Je ne pourrai jamais retirer la décision que j’ai prise dans ce bureau de centre de soins palliatifs, sous la pression. Mais je peux utiliser ma plume et mon expérience personnelle pour essayer de faire la lumière sur cette question ».
 
Aujourd’hui, combien de personnes en France sont-elles envoyées vers la mort au moyen de ces protocoles présentés comme un bien et comme un droit ?
 

Jeanne Smits