Les soins palliatifs pour les anorexiques : une forme déguisée d’euthanasie ?

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Trop d’anorexiques dans cette société qui ne jure que par l’image, malgré tous les « venez comme vous êtes » de nos McDos pas nationaux ? Sans doute est-ce la raison pour laquelle, en Grande-Bretagne, on propose tout bonnement de mettre les patients souffrant de troubles alimentaires graves sous soins palliatifs… Et les soins classiques, la prise de poids ? Laissés de côté. Le traitement ne vise plus à poursuivre leur guérison par une réalimentation, alors que c’est la seule réponse majeure à leur pathologie. Une forme déguisée d’euthanasie passive ? Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une maladie difficile à gérer, mais envoyer les patients dans cette voie leur indique en réalité qu’il n’y a aucun espoir.

 

Des soins palliatifs pour un trouble alimentaire

C’est un éminent psychiatre qui a tiré la sonnette d’alarme selon un article du Telegraph, en appelant à l’abrogation de directives « alarmantes » parues dans un document publié l’année dernière par le réseau de la NHS, dans l’est de l’Angleterre. On y propose que les patients, dès l’âge de 18 ans, qui souffrent de troubles de l’alimentation sévères et persistants (SEED) pourraient recevoir des soins palliatifs plutôt qu’un traitement visant à prolonger leur vie.

Le protocole proposerait très exactement de « la surveillance de la santé physique », les « entretiens motivationnels » et les « interventions de soins palliatifs axées sur la gestion de la douleur et des symptômes ». Quitte à « laisser » mourir.

Comment identifier les patients susceptibles de pouvoir « bénéficier » de ce protocole ? Il faut des patients dont « le pronostic est mauvais », et qui « ne bénéficient plus de soins axés sur le rétablissement ». Mais, comme le disait au Telegraph une militante pour la santé mentale, qui s’est remise d’une anorexie sévère, il y a toujours un moment, malheureusement, avec l’anorexie, où la plupart des patients répondront à ces critères !

« Si vous m’aviez demandé quand j’étais au plus fort de mon trouble alimentaire, j’aurais répondu que je préférerais mourir plutôt que de prendre du poids »…

Le plus choquant, surtout, et en rupture particulièrement controversée avec les usages établis, c’est que le document n’hésite pas à préciser que les patients de moins de 25 ans peuvent devenir les objets de ces soins palliatifs car c’est bien de cela qu’il s’agit : le document renvoie même à un programme d’apprentissage en ligne intitulé « Soins de fin de vie pour tous ».

 

Gérer la douleur des anorexiques pendant qu’on les laisse mourir ?

Alors, rien d’obligatoire dans tout ça et sa mise en œuvre est incertaine. Certes. Mais cela montre l’état d’esprit et la direction que pourrait prendre la prise en charge médicale pour un certain nombre de patients qui ne sont pas en fin de vie, alors même que seule la fin de vie proche et l’absence de traitements thérapeutiques justifient qu’on y recoure.

Une psychiatre consultante et vice-présidente de la Faculté des troubles de l’alimentation du Collège royal de psychiatrie, le Dr Agnes Ayton, a appelé à l’abrogation des directives, en parlant d’un document « vraiment alarmant », l’admission des patients SEED aux soins palliatifs ne leur étant évidemment pas bénéfique.

Il n’y a, selon elle, « aucun cas clinique justifiant la fourniture de soins palliatifs aux patients souffrant de troubles de l’alimentation, si le seul problème est le trouble de l’alimentation ». En réalité, les directives « pourraient équivaloir à un rationnement des soins car, de toute évidence, si quelqu’un nécessite des hospitalisations répétées, alors ça coûte cher »…

 

Une forme d’euthanasie passive

Or, le nombre d’anorexiques est en augmentation. Rien qu’en termes d’hospitalisations, ce chiffre est cinq fois plus élevé qu’il y a 15 ans, pour rester sur les données de la Grande-Bretagne, mais le phénomène peut se vérifier en France. Et le confinement a joué un rôle tristement majeur, en particulier pour les jeunes (la majorité de ces patients), éloignés de leurs amis et accros aux images renvoyées par les réseaux sociaux. Les consultations des spécialistes des troubles de l’alimentation ont augmenté de 51 % depuis 2019, selon les chiffres du Telegraph. A noter que 90 à 95 % des malades sont des jeunes femmes.

L’anorexie mentale est difficile à gérer. Mais placer ces jeunes souffrant de trouble alimentaire, dans un parcours de soins palliatifs est un message pour le moins mortel : c’est leur signifier qu’ils vont être ni plus, ni moins, l’objet d’une euthanasie passive.

D’ailleurs, aux Etats-Unis, certains médecins plaident en faveur du suicide assisté pour les anorexiques. Ils utilisent le terme « anorexie terminale ». Alors qu’encore une fois, on ne parle pas d’un cancer en phase terminale et que presque toutes les complications médicales associées à l’anorexie peuvent être traitées.

 

Clémentine Jallais