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Les droits de douane de Trump sur l’acier et l’aluminium : David Burritt (US Steel) se félicite d’une « renaissance »

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Non, le président Donald Trump n’a pas lancé de guerre commerciale en imposant de nouveaux droits de douane sur l’acier (25 %) et l’aluminium (10 %) jeudi dernier, mais rétabli un équilibre dangereusement rompu. N’en déplaise aux fanatiques du dogme libre-échangiste, les réactions positives ont été fortes et la décision recèle exemptions et souplesse, revenant principalement à réhabiliter les négociations bilatérales. PDG du sidérurgiste US Steel, David Burritt est en extase : « Pour nous, ça ressemble à une renaissance ! » A l’opposé, les libre-échangistes doctrinaires se déchaînent, tel Murray Rothbard, du think-tank libéral Mises : « Le principe même des droits de douane constitue une attaque contre le marché. S’il se réalise, il répandra la pauvreté pour tous, entraînera une régression de la civilisation à la barbarie. » Les sidérurgistes chômeurs de Pennsylvanie apprécieront.
 

Les taxes de protection de Trump sur l’aluminium et l’acier vont permettre à US Steel de réengager 500 employés

 
Concernant US Steel, les « taxes de protection » de Donald Trump vont permettre de réengager 500 employés dès les prochaines semaines. « Notre site de Granite City et nos employés, comme les communes environnantes, ont souffert depuis trop longtemps de la marée de produits métallurgiques vendus de façon inéquitable », plaide David Burritt. A l’inverse, les doctrinaires du libre-échange répliquent que ces droits de douane causeront plus de tort que de bien à l’économie américaine. Le premier conseiller économique de Donald Trump, Gary Cohn, a même démissionné. Cet ancien dirigeant de Goldman Sachs est un opposant irréductible aux droits de douane. Trump se moquait de lui en le qualifiant de « globaliste ».
 
La question des barrières douanières est vieille comme le monde. Jusqu’en 1913 et la création de l’impôt sur le revenu aux Etats-Unis, les taxes à l’importation constituaient la principale ressource fédérale. Le premier secrétaire au Trésor de la jeune fédération américaine, Alexander Hamilton, prônait des droits de douane dans son célèbre « Rapport sur les manufactures ». Avant la Guerre de Sécession, les Sudistes dénonçaient les droits de douane, les accusant de transférer la richesse du Sud vers le Nord industriel. La tension sur ce sujet atteint un tel degré qu’un conflit militaire entre la Caroline du Sud et le gouvernement fédéral ne put être évité que par une baisse temporaire des taxes à l’importation, rappelle Steve Byas dans thenewamerican.com.
 

C’est depuis Franklin Roosevelt que les Etats-Unis ont choisi d’abaisser les droits de douane

 
Depuis Franklin Roosevelt, les Etats-Unis ont choisi d’abaisser tendanciellement leurs droits de douane. C’est devenu un véritable dogme parmi les élites, une sorte de communisme des libéraux, un peu comme la supposée nécessité de l’aide étrangère au Tiers-Monde ou celle des institutions et traités internationaux, Otan, OMC ou Nations unies. L’argument massue consiste à dire que les importations libérées de droits de douanes augmentent le niveau de vie des Américains, ces derniers bénéficiant ainsi de biens produits à moindre coût à l’étranger. Derrière cette pensée d’un altruisme douteux, le calcul est plus cynique, comme le confesse involontairement Frank Shostak, économiste libéral membre de l’Institut Mises : « En élevant des barrières de protection autour de diverses industries nationales sous-productives, la politique de Trump va favoriser l’inefficacité, empêchant le processus de création de vraies richesses ». Comprendre : le libre-échange favorise le moins-disant social.
 

Sans droits de douane, les Etats-Unis ont accumulé 1.200 milliards de déficit commercial et perdu 6 millions d’emplois industriels

 
Parmi les avocats des droits de douane, on trouve en tête le paléo-conservateur Pat Buchanan. Répliquant à la campagne menée contre Trump, il lance : « Les Etats-Unis se sont servis des droits de douane pour convertir leur économie, agricole en 1800, en la plus puissante économie industrielle mondiale dès 1900. » Il cite l’Allemagne qui, grâce à ses droits de douane appliqués au XIXe siècle, dépassa la Grande-Bretagne libre-échangiste dès avant la Première Guerre mondiale. Buchanan relève que depuis la présidence de George H.W. Bush, les Etats-Unis ont accumulé 1.200 milliards de dollars de déficit commercial et, au cours de la seule première décennie du XXIe siècle, « ont perdu 55.000 usines et 6 millions d’emplois industriels ».
 
Malgré les affirmations des libre-échangistes, bien des pays qui dénoncent à tue-tête les droits de douane pratiquent en douce d’autres formes de protectionnisme. L’Union européenne impose sa TVA sur les importations en provenance d’Amérique, alors qu’elle exempte ses produits de TVA lorsqu’ils sont exportés vers les Etats-Unis ! « Ca marche comme un droit de douane », dénonce Buchanan. Il y a mieux : l’UE taxe les voitures importées des Etats-Unis au taux de 10 % alors que dans le sens inverse le taux n’est que de 2,5 %. Certes, les libre-échangistes vont argumenter que « si d’autres pays veulent nous fournir des produits moins chers, ça reste bon pour nos consommateurs ». Mais ils mettent des pans entiers de la population au chômage. Buchanan résume : « La production vient avant la consommation. Celui qui consomme la pomme est moins important que celui qui possède le verger. »
 

Avoir des produits moins chers sans droits de douane est-il plus important que la sécurité nationale ?

 
Tout cela soulève une question essentielle, écrit Steve Byas : « Obtenir des produits consommables moins chers est-il plus important que de maintenir sa sécurité nationale et sa souveraineté ? » Il ajoute : « Voulons-nous vraiment devenir dépendants d’autres nations, parmi lesquelles certaines nous sont hostiles ou pourront le devenir, pour des produits de base indispensables à notre défense nationale, tels que ceux fournis par la sidérurgie ? »
 
Il est clair que les libre-échangistes ont déjà répondu par l’affirmative ou qu’ils n’ont pas lu de suffisamment près les accords multilatéraux qui réduisent les souverainetés des pays « développés ». L’enjeu est bien plus complexe que ne le laisse croire le dogme globaliste. Il montre une nouvelle fois que la dictature techno-marchande et son utopie matérialiste asservissent les peuples plutôt qu’elles ne les servent. Avec des esclaves sous-payés d’un côté, des chômeurs de l’autre.
 

Matthieu Lenoir