Le gouvernement des juges n’a pas fini de mettre en œuvre sa révolution, ou plutôt la révolution mondiale. Patrick Robinson, juge jamaïcain – un « homme de couleur » selon l’expression consacrée – est l’un des magistrats de la Cour internationale de justice ayant signé l’arrêt qui enjoignait en 2019 au Royaume-Uni de remettre les îles Chagos à Maurice, ce qui est désormais en cours par le truchement du gouvernement travailliste de Keir Starmer, pour le plus grand bonheur de la Chine. La décision de la CIJ est l’un des principaux éléments appelés au secours de cet abandon de souveraineté qui doit s’accompagner du versement de milliards de livres sterling sur les 99 ans suivant la remise. Robinson a changé de travail depuis lors, et le Telegraph de Londres vient de mettre en évidence une autre joyeuseté de ce juriste engagé : il a participé à l’évaluation des « réparations » que les anciennes nations colonisatrices devraient payer aux pays africains et caribéens pour compenser le torts causés par l’esclavage. 105.000 milliards, ça vous dit ?
Pour les seules îles britanniques, l’enveloppe est estimée à 18.000 milliards de livres (près de 22.000 milliards d’euros, soit sept fois le PIB annuel du Royaume-Uni). Encore s’agit-il d’une « sous-estimation », selon le juge. « Dès lors qu’un Etat a commis un acte fautif, il doit payer de réparations », a-t-il déclaré à la BBC.
Des réparations pour l’esclavage aux îles Chagos
Car dans la logique woke les péchés des parents et même des lointains aïeux sont imputés sur les enfants… Tiens, la France pourrait demander des indemnités à tous ceux qui, peu ou prou, lui ont infligé des malheurs – et pourquoi pas à Jules César, si fier de sa Guerre des Gaules ? La colonisation romaine ne doit surtout pas être vue comme une entreprise de civilisation qui a bénéficié à l’empire, ouvrant la voie à la transfiguration de l’Europe par son baptême chrétien.
L’évaluation des dommages-esclavage – appelons-les ainsi – a été faite dans le cadre on ne peut plus institutionnel de l’ONU, qui a commandé un rapport remis en 2023, dont Patrick Robinson est l’un des coauteurs. Il avait mobilisé des économistes, des historiens et des juristes pour tenter de chiffrer les réparations à récupérer sur 31 pays convaincus de traite d’esclaves. Et arrivait donc à un total de plus de 105.000 milliards d’euros. C’est beaucoup ? Oui, mais c’est « nécessaire pour l’achèvement de l’émancipation », a déclaré Robinson lors de la présentation du rapport dans le cadre prestigieux du bureau du Lord maire de Londres. Si c’est pour une œuvre…
D’ailleurs le maire lui-même, Sadiq Kahn, en avait profité pour dire qu’« il n’y a pas de place pour le doute ou le déni quant à l’ampleur de l’implication britannique dans cette expérience dépravée ».
Le juge qui dépenserait bien 105.000 milliards sur le dos des pays occidentaux…
Il serait de fort mauvais goût de souligner que les deux hommes doivent leur ascension sociale, qui les a faits juge des nations ou puissant édile, au fait que leurs propres ancêtres étaient issus de nations anciennement colonisées, qui ont reçu comme « butin de guerre » une langue internationale, des institutions judiciaires modernes, des droits multiformes. Y compris, pour Robinson, celui de porter la robe noire et le jabot en dentelle blanche qui solennise sa parole et lui permet de se poser en redresseur de torts. Fermons donc cette parenthèse.
Pour ce qui est de Chagos, on en apprend d’autres, tout aussi belles. Siégeant avec Robinson en 2019 lors de la décision d’en dépouiller le Royaume-Uni, un autre juge se distinguait à sa manière : ancien membre du ministère chinois des Affaires étrangères, il s’était aligné sur la Russie dans une autre décision sur la guerre en Ukraine.
On a beaucoup dit que la « justice internationale » est une justice de vainqueurs. Les nations européennes sont décidément les vaincus de choix du XXIe siècle.