Droits de douane (I) : guerre de Trump contre le mondialisme et la Chine

 

Pour comprendre les « droits de douane réciproques » imposés au monde par Donald Trump et d’une manière générale une politique et des manières qui peuvent surprendre, il faut toujours garder à l’esprit la promesse qui l’a fait élire : MAGA. Make America Great Again. Rendre sa grandeur à l’Amérique. Le reste, les autres, il peut en tenir compte comme des éléments d’un problème, mais cela ne lui importe pas. Dans cet esprit, il s’est lancé, à l’intérieur et à l’extérieur, dans une guerre économique, démographique, idéologique et militaire contre deux ennemis principaux : le mondialisme, système qui étrangle selon lui l’Amérique, et la Chine, qui la concurrence et la menace. Peut-il gagner cette double guerre devant la levée de boucliers des chancelleries et de la finance mondiale, qui se résume dans une phrase du Premier ministre François Bayrou, « C’est une catastrophe pour le monde » ? Et qu’arrivera-t-il à l’Europe et à la France s’il la gagne ? Et s’il la perd ? Ces question qui nous intéressent au premier chef mais ne viennent qu’en second dans l’analyse d’une décision qui fait trembler le monde et le mondialisme.

 

Droits de douane terribles contre la Chine, doux pour le UK et Israël

Pour présenter sa décision d’établir des droits de douane supplémentaires (49 % pour le Cambodge, 46 % pour le Vietnam, 34 % pour la Chine populaire, 32 % pour Taïwan, 31 % pour la Suisse, 26 % pour l’Inde, 24 % pour le Japon, 20 % pour l’Union européenne, 10 % pour Israël et le Royaume-Uni – la Russie, la Corée du Nord et Cuba étant déjà interdites de commerce par d’autres moyens –, Donald Trump a voulu une certaine solennité. Il a dit que c’était un des moments « les plus importants de l’histoire des Etats-Unis », estimant que c’était leur « déclaration d’indépendance économique ». Ce faisant, il en affirmait l’importance politique, la déclaration d’indépendance ayant fondé l’histoire de la nation américaine à son origine. Et l’économie est ici clairement un moyen de la politique, comme le montrent les différents niveaux de droits de douane. Les décisions les plus violentes visent l’Asie, et les deux alliés préférés des Etats-Unis, Israël et la Grande-Bretagne, ont un traitement de faveur.

 

Trump MAGA : restaurer l’Amérique en guerre contre la Chine

Une phrase du discours de Donald Trump est caractéristique de sa façon de penser : « Si vous voulez que vos droits de douane soient nuls, fabriquez vos produits ici. » La volonté est claire, relancer la production industrielle des Etats-Unis, au moment où ils se trouvent menacés d’être dépassés par la Chine. Car Trump ne se fait pas d’illusion : dans la guerre multimodale (économique, financière, informatique, territoriale, spatiale, militaire même) qu’ont commencée Chine, Russie, Union européenne et Inde, Pékin a le vent en poupe, et Biden a en outre poussé Poutine vers l’Est avec la guerre en Ukraine. MAGA est donc pour lui une exigence de survie d’une économie libre face aux divers socialismes incarnés par la Chine, la Russie et l’Union européenne.

 

Trump disciple d’Allais en guerre contre le mondialisme

Trump a manifestement fait sienne la pensée de notre prix Nobel d’économie Maurice Allais, pour lequel l’ouverture intégrale des frontières et le libre échange mondial, s’ils profitent au commerce international, nuisent à la croissance. L’événement a donné raison à la théorie : depuis 1970, la part du commerce extérieur dans le PIB mondial a plus que doublé, mais la croissance des pays développés en a souffert au profit des pays sous-développés, c’est d’ailleurs ce qu’a programmé le mondialisme. Trump se trompe quand il dit que l’UE a été créée pour « embêter les Etats-Unis » et que ceux-ci sont les grands perdants (l’UE en effet a fait pire parce qu’elle est plus socialiste), mais il a raison sur le fond : le libre-échange absolu est une révolution ruineuse des sociétés. Les USA ne sont pas ceux qui ont le plus perdu dans l’illusion mondialiste (l’écart avec l’Europe est saisissant sur vingt ans), mais ils ont perdu par rapport à ce qu’ils auraient pu faire et par rapport à ce que la Chine et les pays émergents ont fait. De là sa décision de porter le fer au cœur du mondialisme par sa politique des droits de douane.

 

Rendre aux nations leur prospérité menacée par le mondialisme

Mis à part les cas particuliers d’Israël et du Royaume-Uni pour les amis, et de la Chine pour les ennemis, la fixation des droits de douane semble répondre à une question : quel est le déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de tel pays ou ensemble de pays ? Et elle vise à rétablir l’équilibre financier des Etats-Unis. Ce que vise aussi sa demande à l’UE de financer l’OTAN. Avec ces allégements, et ceux que cherche le DOGE dans les dépenses fédérales, Trump entend ramener les Etats-Unis à l’équilibre financier. Certes, il fera chaud le jour où les USA rembourseront leur dette, mais Trump attend de l’amélioration à venir une satisfaction du peuple qui permettrait à un Vance, par exemple, de poursuivre son œuvre. Et il entend se donner en exemple à toutes les nations : en cassant le libre-échange et le mondialisme, il invite les nations à redevenir des nations. Savoir s’il utilise la bonne méthode et quelle riposte lui réservent ses ennemis fera l’objet d’un second papier.

 

Pauline Mille