Les Palisades Fires, ces incendies qui ont fait 12 morts et détruit 7.000 bâtiments dans le sud de la Californie en janvier dernier, n’auraient peut-être pas eu lieu si les autorités locales et nationales s’étaient davantage préoccupées des menaces pour les personnes plutôt que des plantes protégées, selon des documents et des témoignages judiciaires. Les responsables des parcs d’Etat de la Californie étaient aux côtés des pompiers de Los Angeles (LAFD) pour veiller à ce que ces derniers n’endommagent pas les « plantes menacées au niveau fédéral » et les zones « sensibles sur le plan des cultures » lors de l’extinction de l’incendie de Lachman, survenu dans le parc californien de Topanga au tout début de 2025, selon un article publié samedi dernier par le Los Angeles Times. Les pompiers ont d’ailleurs quitté ses « zones à éviter » alors qu’elles continuaient de brûler. Quelques jours plus tard, le feu qui couvait toujours dans les broussailles s’est étendu, déclenchant les terribles incendies de Palisades.
L’enquête a été menée à la suite de plaintes de la part de victimes qui, mettant en doute les paroles du gouverneur Gavin Newsom et de son administration, ont demandé à la justice de déterminer si les parcs d’Etat s’étaient bien assurés de ce que l’incendie initial fût complètement éteint.
Les incendies de Californie mal combattues en raison de la priorité à l’environnement
Les documents publics découverts par les avocats des plaignants comme par des journalistes, ainsi que les récents témoignages de fonctionnaires fédéraux et de l’Etat devant les tribunaux, ont fortement remis en cause les assurances de la part de l’administration californiennes selon lesquelles tout s’était alors fait correctement.
Par exemple, l’article du Times cite un échange par SMS entre un employé du parc et un officier des pompiers de Los Angeles, une heure après minuit, le 1er janvier, alors qu’un petit feu de broussailles faisait rage à Topanga : allait-on envoyer des bulldozers ? « Certainement pas, cette zone regorge de plantes menacées », répondait le capitaine Richard Diede à 9 h 52, cinq heures après que le LAFD eut – à tort – déclaré l’incendie maîtrisé. Qu’il ait été en accord ou non avec ces règles environnementales, il savait en tout cas ce qu’il lui coûterait de les enfreindre. Lors d’une utilisation antérieure de bulldozers dans la zone, la ville de Los Angeles avait dû payer près de 2 millions de dollars d’amende pour cause de destruction de plantes protégées lors de l’installation de nouveaux poteaux électriques plus résistants aux éléments.
D’autres incidents voisins sont répertoriés, et on sait que lors de l’incendie de Lachman, une chercheuse environnementaliste chargée des parcs d’Etat de Californie, Rishe Khalili, échangeait frénétiquement avec ses collègues sur les dangers pour les astragales locales en cas d’intervention lourde des pompiers. Elle avait ensuite fait part de son inquiétude au capitaine Diede, tandis qu’un garde forestier sur place était dépêché auprès du poste de commandement des pompiers pour remettre une carte montrant les « zones sensibles ». D’autres documents montrent des représentants des parcs donnant des indications aux pompiers alors que l’incendie faisait rage, ce dont Newsom s’était bruyamment défendu.
Protéger les plantes plutôt que les activités humaines : à la fin les deux brûlent
Face à ces preuves, California State Parks a été contraint de changer de discours. Tout en reconnaissant que certains de ses employés ont effectivement parlé avec le personnel du LAFD, California State Parks a déclaré au Times que « personne de son agence n’a interféré dans la lutte contre l’incendie ou le nettoyage, ni influencé la décision du LAFD de ne pas utiliser de bulldozers. Selon l’agence, il incombait aux pompiers de s’assurer que l’incendie était éteint ».
Cela a-t-il été fait ? En tout cas, les responsables des parcs ont exigé que les pompiers ne laissent pas d’équipement sur place et même qu’ils recouvrent un pare-feu artisanal « pour ne pas semer la confusion chez les randonneurs », demandes que le commandement des pompiers a respectées alors même que sur le terrain, les équipes signalaient que le feu couvait encore. Le LAFD a également décidé de ne pas utiliser la technologie d’imagerie thermique pour détecter la chaleur souterraine.
On dispose aussi de traces d’appels de promeneurs qui au cours des jours suivants, ont appelé les numéros d’urgence pour signaler la présence de braises : ils sont restés sans réponse.
C’est le 7 janvier, cinq jours plus tard, que des vents violents ont fait remonter le feu souterrain à la surface et l’ont propagé au-dessus du sol, donnant naissance à l’incendie de Palisades.
Aujourd’hui, plus de 3.000 victimes représentées par l’avocat Roger Behle espèrent que les tribunaux tiendront Los Angeles et la Californie responsables de la destruction de leurs maisons et de leurs entreprises.











