Aux dires d’un cardinal non identifié qui s’est confié à nos confrères de The Catholic Herald, le cardinal Arthur Roche, préfet du Dicastère pour le Culte divin, a fait circuler au récent consistoire à Rome un document « assez défavorable à la messe traditionnelle ». Pour une réunion d’esprit « synodal » où l’écoute et le dialogue devaient être au centre, c’est une démarche singulière, puisque le texte aurait été distribué « à la fin » de la rencontre des 7 et 8 janvier, à l’exclusion de toute discussion franche sur un sujet que certains cardinaux jugent important.
Pas assez important, toutefois, pour que la question de la liturgie fasse l’objet de tables rondes : les quelque 170 cardinaux présents devaient choisir deux thèmes sur quatre proposés : la synodalité, la mission, la liturgie et la constitution apostolique réorganisant la curie, Praedicate Evangelium. Ce furent les deux premiers qui retinrent leur attention, la liturgie n’était donc pas à l’ordre du jour.
Selon le cardinal Ludwig Müller, cela s’explique, notamment en ce qui concerne la liturgie traditionnelle : les cardinaux ont préféré « parler des grands défis externes auxquels est confrontée l’Eglise et non pas tant d’aspects internes à l’Eglise ». Cela laisse songeur pour plus d’une raison : si la mission vise en effet le monde qui nous entoure, « sécularisé, athée, confronté à des systèmes politiques hostiles », comme l’a expliqué le cardinal, la « synodalité » est décidément une matière très interne, pour laquelle il n’existe même pas d’accord pour la signification du terme. En outre, la liturgie est précisément au cœur de l’Eglise ; la messe est même le cœur de l’Eglise puisqu’elle nous donne la présence réelle du Christ.
Le messe traditionnelle entre au consistoire via le cardinal Roche
En substance, le cardinal Müller a rappelé ce fait en ajoutant que cela n’était discuté par personne (ah, si cela pouvait être vrai !), et que la question qui se pose est celle de la liturgie traditionnelle. Le pape Léon XIV, a précisé le cardinal, va certainement trouver une « solution qui sera bonne pour tous » à ce sujet.
Arrive là-dessus le poulet du cardinal Roche : d’aucuns y voient le signe clair que le pape Léon XIV a en quelque sorte réglé la question, en un sens défavorable pour les catholiques attachés à la messe traditionnelle, d’autant qu’il a vanté avant le consistoire les mérites de la messe de Paul VI, ou plus exactement de la « réforme liturgique profonde initiée par le concile Vatican II » qui avait « mis au centre le mystère du salut et la participation active et consciente de l’ensemble du peuple de Dieu ».
Mais rien ne dit que l’acte de Roche ait été téléguidé, ni même approuvé par le pape Léon XIV : cela fait plutôt penser à l’agit-prop dans les AG estudiantines par laquelle une petite minorité agissante contourne l’ordre du jour pour imposer son point de vue sans subir critique ou discussion.
Une chose est claire : la question de liturgie, et donc de la messe traditionnelle comme le souligne Müller, n’est pas marginale, le pape y pense, et d’une certaine manière il a déjà pris la température dans l’Eglise auprès d’un collège des cardinaux dont on sait surtout qu’il a été très majoritairement nommé par le pape François, en lui demandant de hiérarchiser ses priorités. Nous savons au moins aujourd’hui que le thème ne fait pas l’objet d’un clivage passionnel qui justifierait l’urgence du « dialogue » (ou plutôt de la confrontation, fût-elle « synodale »…).
Un dévot de la messe traditionnelle écarté des cérémoniaires pontificaux
Oui, mais quid alors de la récente mise à l’écart de Mgr Marco Agostini de son poste de cérémoniaire du pape ? Ce prélat romain qui travaille (toujours) à la Secrétairerie d’Etat a été accusé, à la suite d’un enregistrement « off » diffusé par le blog Silere non possum, d’avoir tenu des propos injurieux à l’égard de certains cardinaux en début d’année : « culattoni, tutti insieme » (« ce sont tous des pédés ») ; c’est ce qui aurait provoqué son renvoi.
Il se trouve que Mgr Agostini aime la messe traditionnelle et la célèbre volontiers lors d’événements publics de groupes qui y sont attachés ; lui-même l’a célébrée quotidiennement en la basilique Saint-Pierre pendant de longues années, et même après Traditionis custodes, puis les mesures de restriction qui y furent imposées par la suite, et ce avec la permission du pape François.
On se demande pourquoi le blog Silere non possum, à tendance conservatrice, a choisi de diffuser cet enregistrement de mauvaise qualité diffusé par Vatican News au cours d’un reportage, pour attribuer explicitement les mots à Mgr Agostini et attaquer violemment ce dernier, parlant de « déconfiture morale » et de « trahison morale » du fait de cette « insulte homophobe ».
Quoi qu’il en soit de son conservatisme, Silere non possum est connu pour avoir déploré l’absence d’évolution, sous François, « de l’attitude de l’Eglise à l’égard de l’homosexualité » : voilà qui fournit un élément de réponse expliquant cette nette volonté de nuire. Encore de l’agit-prop, en quelque sorte.
Au consistoire du pape Léon XIV, le cardinal Zen s’en prend à la synodalité selon François
Alors que les premiers articles sur la mise à l’écart de Mgr Agostini laissaient plus ou moins entendre que le pape lui-même avait ordonné son renvoi, celui-ci n’est pas intervenu dans cette affaire selon une source généralement bien informée. Cela faisait un peu plus de 15 ans qu’Agostini était à ce poste et il semble plus plausible de croire que sa nomination, qui venait à échéance pour la troisième fois, n’a simplement pas été renouvelée. Il se dit, toujours selon cette source, que le pape pourrait le nommer à un autre poste.
C’est au cours de ses trois minutes de temps de parole imparti, au contraire, que le cardinal Zen, 93 ans, a évoqué le sujet en discussion, la « synodalité », tonnant contre le « synode sur la synodalité » du pape François et notamment contre le choix des laïcs supposés alors représenter le « peuple de Dieu ». Dans le même ordre d’idées, il a critiqué le fait que le pape François prétende écouter directement le peuple de Dieu sans passer par le Collège épiscopal et a rejeté la « manipulation implacable du processus », qui, selon lui, constituait une « insulte à la dignité des évêques ». Les « surprises de l’Esprit » invoquées par le pape François attirèrent également ses foudres en tant qu’elles servaient surtout à justifier le rejet de la Tradition de l’Eglise ; les références continuelles au Saint Esprit, a-t-il dit, sont « ridicules et quasi blasphématoires ».
Le cardinal Zen a en particulier critiqué la décision de François de qualifier le document final du synode de « magistériel ».
Le pape Léon n’a rien fait de tel à la fin du consistoire : même s’il a voulu donner à celui-ci une tournure « synodale », quoique réservé aux seuls cardinaux, il n’a pas souhaité qu’il en sorte un quelconque document. Il a seulement décidé de reconvoquer tout le monde dans six mois. Alors que les cardinaux se plaignaient sous François de ne pas se connaître et de ne pas se parler, ni même lui parler, ce n’est pas une mauvaise nouvelle.











