
Pour un catholique l’Eglise est le corps du Christ dont le vicaire, le pape, est le successeur de Pierre, les évêques tirant leur légitimité et leur pouvoir non de quelque vote ou arrangement avec le siècle mais de leur qualité de successeurs des apôtres. Des institutions se sont accumulées depuis vingt siècles et continuent de le faire sans que cela doive ni puisse entrer en contradiction avec ce fait fondateur et fondamental. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la communication du cardinal Zen, évêque émérite de Hong Kong devant le consistoire extraordinaire convoqué par Léon XIV. Il a vivement critiqué le document final du Synode de la synodalité institué par le pape François, établissant le cléricalisme paradoxal d’une entreprise qui prétendait rendre la parole au peuple de Dieu et sape en fait l’autorité légitime des évêques.
Le cardinal Zen bille en tête contre le cléricalisme de François
A 93 ans, le cardinal Zen, qui a montré dans sa lutte avec le parti communiste chinois sa fermeté d’âme, ne prend plus de gants avec une hiérarchie vaticane à laquelle il a toujours obéi, même quand cela lui crevait le cœur. Il a donc dit simplement, durant les trois minutes dont il disposait pour s’exprimer, ce qu’il pensait des trois ans de synode des synodalités lancés par feu le pape François. En résumé, il y voit une « manipulation implacable » privant les évêques de leur autorité légitime au profit de certains laïcs, ce résultat étant l’objectif déterminé à l’avance, et le processus synodal n’étant qu’un habillage. Cela revient à dire que François, qui a toujours prétendu combattre le « cléricalisme » excessif de l’Eglise, a paradoxalement lancé une révolution cléricale pour changer la constitution de l’Eglise. Voilà des accusations très graves qu’il convient de regarder avec précision. La note du cardinal Zen comporte trois citations de François suivies d’une série de questions : examinons-les.
Comment la synodalité détruit l’unité de l’Eglise
Le premier point pourrait s’intituler : la synodalité est un processus hypocrite inspiré par un cléricalisme machiavélique, prétendant consulter le peuple pour imposer une révolution dans l’Eglise. Le cardinal Zen a dit : « Le Pape affirme qu’avec le Document final, il rend à l’Eglise ce qui s’est développé au cours de ces années (2021-2024) grâce à “l’écoute” (du Peuple de Dieu) et au “discernement” (de l’Episcopat ?). » Pour montrer le caractère contradictoire de cette conclusion, il demande d’abord : « Le pape a-t-il pu écouter l’ensemble du peuple de Dieu ? Les laïcs présents représentent-ils le peuple de Dieu ? » C’est la question fondamentale, et tous les paroissiens de bonne foi qui ont d’abord essayé de participer au processus synodal ont pu constater que, dans leur paroisse, dans leur diocèse, il leur échappait complètement. Le synode des synodalités est resté aux mains d’une minorité de clercs engagés, entourés de bureaucraties laïques encore plus engagés, selon une stratégie de minorités agissantes connue depuis longtemps. Cette stratégie, mise au point par la révolution communiste au vingtième siècle, a commencé à entrer dans l’Eglise avec Vatican II.
Le cléricalisme synodal invoque le peuple pour imposer ses thèmes
Dans ce contexte, le cardinal Zen a posé une question supplémentaire assortie d’une condamnation. La question : pris dans ce processus, les « évêques élus par l’épiscopat ont-ils été capables de mener à bien » le travail de discernement nécessaire ? Il ne donne pas la réponse mais la suggère fortement : non ! Ce qui le mène à cette conclusion : « La manipulation implacable du processus est une insulte à la dignité des évêques, et la référence constante au Saint-Esprit est ridicule et presque blasphématoire (ils s’attendent à des surprises de la part du Saint-Esprit ; quelles surprises ? Qu’il renie ce qu’il a inspiré dans la tradition bimillénaire de l’Eglise ?). » Deux points importants en particulier : 1. Le trucage typique du cléricalisme qui consiste à se prévaloir du peuple en imposant pratiquement ses thèmes et créatures est une « manipulation implacable ». 2. Sur le plan doctrinal, on se moque carrément du Saint-Esprit en présumant qu’il peut se dédire : c’est proprement désespérer de la parole du Christ.
Pour le cardinal Zen la synodalité désorganise l’Eglise
Le deuxième point porte précisément sur la hiérarchie dans l’Eglise, question chère à François, parti en guerre dès le début de son pontificat contre la curie, et qui a prétendu instituer le synode des synodalités contre le cléricalisme. Le cardinal Zen dit : « Le pape, “en court-circuitant le collège épiscopal, écoute directement le peuple de Dieu”, et il appelle cela “le cadre d’interprétation approprié pour comprendre le ministère hiérarchique ?” » Dans la foulée, il demande : « Le Saint-Esprit garantit-il qu’aucune interprétation contradictoire ne surgira (surtout compte tenu des nombreuses expressions ambiguës et tendancieuses du document) ? » Ici, c’est la caractéristique de François, l’ambiguïté, repérable dès son premier interview dans La Repubblica, peut-être accentuée par sa formation jésuite, qui est en cause. Notre Seigneur n’a pas dit : que votre bof soit peut-être, ni que votre si soit oui mais ou et en même temps, il a dit : que votre oui soit oui, que votre non soit non, et tout le reste…
François, le cléricalisme, le gloubiboulga de la synodalité
Le troisième point soulève avec inquiétude les conséquences de cette ambiguïté : « Le Pape affirme que le Document est un magistère, “il engage les Eglises à faire des choix conformes à ce qui y est énoncé”. Mais il précise également “il n’est pas strictement normatif… Son application nécessitera diverses médiations” ; “les Eglises sont appelées à mettre en œuvre, dans leurs contextes respectifs, les propositions faisant autorité contenues dans le document” ; “l’unité d’enseignement et de pratique est certes nécessaire dans l’Eglise, mais cela n’exclut pas différentes manières d’interpréter certains aspects de cet enseignement” ; “chaque pays ou région peut rechercher des solutions mieux adaptées à sa culture et respectueuses de sa tradition et de ses besoins”. » La chose est si grave, entourée de circonlocutions si complexes que le cardinal Zen l’a très longuement citée.
Et maintenant, qui dira la foi ? Quid de l’unité de l’Eglise ?
Devant ce gloubiboulga, il demande éclaircissements et précisions. « Les résultats de ces “expérimentations et mises à l’épreuve”, par exemple (de “l’activation créative de nouvelles formes de ministère” – lesquelles ? NDRITV), devront-ils être soumis au jugement du Secrétariat du Synode et de la Curie romaine ? » Question capitale : si ce n’est pas le cas, c’est la fin finale de l’unité de l’Eglise et de la foi catholique. D’autre part, cela pose d’inextricables problèmes de hiérarchie : « Ces instances seront-elles plus compétentes que les évêques pour juger des différents contextes de leurs Eglises ? Mais “Si les évêques s’estiment plus compétents, les interprétations et les choix divergents ne conduisent-ils pas notre Eglise à la même division (fracture) que celle que l’on trouve au sein de la Communion anglicane ?” » Qui tranchera, dans cette Eglise en débat calquée sur le protestantisme et les démocraties parlementaires ?
L’Esprit Saint coincé entre cléricalisme bureaucratique et désordre synodal
De manière courte et simple, par des questions concrètes qui n’ont pas reçu de réponse, le cardinal Zen a dégagé quelques-unes des contradictions les plus criantes du synode des synodalités, tel qu’il apparaît en particulier dans son document final. Cela pose au fond une autre question simple : l’Eglise peut-elle continuer sur cette voie ? Il est clair que, pape politique, autocrate obsédé par la diplomatie, François a vu dans la synodalité une manière de composer avec le monde et de temporiser aussi avec le schisme latent de l’Eglise d’Allemagne. Et de continuer cahin-caha dans la voie de l’interprétation maximaliste du « progressisme » de Vatican II, en calquant le « magistère » sur les vœux d’une minorité de bureaucraties animées par le cléricalisme « progressiste ». Mais cette stratégie a vidé les églises et tari les vocations en Europe et provoqué l’indignation de l’Afrique, elle mène au schisme en Allemagne : pour le cardinal Zen, il est temps de revenir à l’orthodoxie catholique.










