
Le candidat portugais de « l’extrême droite » – si vous en croyez la grande presse – ou plutôt celui du refus du mondialisme woke attaché aux valeurs traditionnelles, a confirmé son irruption dans la vie politique en arrivant deuxième au premier tour des élections présidentielles au Portugal. André Ventura a obtenu 23,52 % des voix sous le slogan « Les Portugais d’abord », derrière le socialiste Antonio José Seguro, ministre du gouvernement socialiste sortant (le président sortant ne pouvant se représenter pour un troisième mandat) qui a récolté 31,11 %. João Cotrim Figueiredo, d’Initiative libérale, est loin derrière avec 16 %, puis vient l’indépendant Henrique Gouveia e Melo (12,32 %). La droite qu’on qualifierait en France de républicaine, le PSD social-démocrate, recueille moitié moins de voix que Chega !, le parti de Ventura, soit 11,30 %.
L’abstention, elle atteint plus de 47 %.
Depuis la Révolution des Œillets en 1974, le Portugal n’avait jusqu’ici connu qu’une seule présidentielle à deux tours, les présidents se faisant généralement élire d’emblée avec une majorité absolue. Cette fois, il va falloir attendre le 8 février un résultat qui n’est pas établi d’avance, car malgré l’écart de près de 8 points entre le vainqueur du premier tour et le second, la gauche ne possède pas la majorité des votes si l’on comptabilise les résultats des partis de cette mouvance.
La présidentielle au Portugal marquée par le bon score de Ventura
Il est donc théoriquement possible à Ventura de remporter l’élection, alors qu’il a déjà franchi de multiples étapes sur une pente fortement ascendante. Ce jeune avocat est passé de 1,29 % des suffrages en 2019, 6 mois après la création de Chega ! (avec une entrée au Parlement à la clef), puis obtient 12 % en 2021, et avance encore pour atteindre les 22,76 % des suffrages en mai dernier aux législatives, comptant aujourd’hui 60 députés sur un total de 230. Tout cela n’a pas empêché les sondages de donner les quatre candidats de tête au coude à coude…
André Ventura ne plaît pas aux grands médias, aux gouvernements socialistes ou socialisants en Europe et dans le monde. Pas plus qu’à la Russie qui dans ses médias contrôlés par le gouvernement l’a vilipendé elle aussi comme un extrémiste de droite opposé à la Révolution, « xénophobe », « anti-féministe », « autoritaire », ennemi des « droits sociaux », icône de l’« unipolarité » qui a lâché la bride à l’« hyper-libéralisme » et au « capitalisme ».
Qui est-il donc véritablement ? Le programme de Chega ! donne une idée : il voit la famille comme la « structure de base de la société » et garante de « l’ordre moral » et affirme les droits de l’autorité parentale ; il plaide pour la subsidiarité (affirmée par la doctrine sociale de l’Eglise et qui formait l’ossature de la pensée politique de Salazar) ; il rejette toute forme d’« extrémisme » ou de « fondamentalisme », rejette l’organisation supranationale de l’immigration et proclame sa filiation à l’égard de « la tradition civilisationnelle portugaise, européenne et occidentale en présupposant que la primauté morale de l’autoresponsabilité précède et détermine tout le reste dans la condition humaine ». Sur le plan religieux, cette « autoresponsabilité dérive de la matrice millénaire judéochrétienne et, dans le champ intellectuel, de la matrice millénaire gréco-romaine ».
Chega ! a connu une ascension constante en six ans
La question est donc de savoir ce que feront les candidats des partis de droite que Ventura a battus – et de savoir si leurs électeurs suivront leurs consignes de vote le 8 février prochain. Ils se trouvent face à un choix impossible : apporter leur soutien au candidat socialiste Seguro reviendrait à faire de Ventura le vrai représentant de la droite, adouber Ventura ferait de lui le vrai représentant de la droite.
Notez qu’en France, le plafond de verre établi entre le FN (moins le RN qui accepte une bonne partie des prérequis dits « républicains ») et la droite « républicaine » a simplement servi à assurer victoire après victoire à la gauche depuis 1981, sans aussitôt et immédiatement assurer une désaffection des électeurs de la droite libérale pour les candidats de cette mouvance. La mémoire courte est une réalité sur laquelle les responsables politiques savent pouvoir s’appuyer bien souvent. Et les mécanismes à l’œuvre sont exactement les mêmes : on est prêt à se saborder pour barrer la route au candidat de la droite de conviction.
Mais les problèmes s’aggravent : appauvrissement et immigration massive font réfléchir.
C’est pourquoi André Ventura, en s’adressant aux Portugais le soir de l’élection depuis son QG de campagne, a refusé d’envisager la défaite au 8 février comme la seule issue possible de cette aventure.
« Nous serons les leaders de l’espace non socialiste au Portugal », a-t-il lancé, devant une droite « fracturée comme jamais » : « Les Portugais nous ont donné le leadership ! » Il a dénoncé le « candidat libéral qui a toujours été au service du programme mondialiste, woke, contre le Portugal », favorisant avec la gauche immigration, impôts, et lourde pression sur les entreprises alors que « les entrepreneurs sont asphyxiés par la corruption, par les impôts, par la dégradation » du pays, comme il l’a dit un peu plus loin.
Ventura a résumé la bataille du second tour en quelques mots : « Ce ne sera pas la lutte de Chega contre Seguro, mais celle de l’espace non socialiste contre l’espace socialiste. »
André Ventura veut un Portugal « aux valeurs chrétiennes assumées »
« La droite n’a pas perdu ces élections, elle les a gagnées. Nous ne les perdrons qu’à cause de l’égoïsme du PSD et d’Initiative libérale, qui se disent de droite mais qui aujourd’hui préfèrent un socialiste à celui qui veut faire des réformes dans ce pays. Maintenant nous allons voir de quoi ils sont faits », a-t-il ajouté.
Passionné, André Ventura a proclamé : « Je ne veux pas voir revenir le socialisme au Portugal ! Le socialisme détruit, le socialisme tue, le socialisme corrompt ! »
Plus important encore, André Ventura a accusé : « Antonio Seguro ne veut pas d’un pays chrétien. Moi, je le veux. Je veux un pays chrétien ; un pays aux valeurs chrétiennes ; un pays aux valeurs chrétiennes assumées. » Où « les migrants, les minorités qui sont ici vont devoir respecter la loi… »
Il a conclu : « Ce sera une lutte pour l’âme de notre pays, une lutte pour notre âme. Quand on lutte pour son âme, on ne fait pas de pause, on ne s’arrête pas une seconde… On ne sait pas ce qu’est le repos. Je ne peux pas vous promettre la victoire. Je peux vous promettre le travail… et mon dévouement sans faille ! » Pour que l’histoire ne se souvienne pas de ce jour comme celui de la victoire de Ventura et de son équipe : « Que ce soit la victoire du Portugal ! »










