Le PDG de Palantir, Alex Karp, a dressé à Davos le portrait de la société qui vient. Alors que le Forum économique mondial appelle depuis longtemps de ses vœux la quatrième révolution industrielle et l’omniprésence de l’IA, jusque dans la connexion entre le cerveau humain et l’intelligence artificielle, Alex Karp a expliqué que, selon son analyse, le travail de bureau confortable auquel nous sommes si nombreux à être habitués va être phagocyté par cette dernière. Il nous restera alors à « travailler de nos mains ». Et pourquoi pas à la sueur de notre front ?
La majorité de l’humanité sera bientôt appelée aux travaux techniques – vocationnels, comme disent les Anglo-Saxons – et plus précisément ceux dont on acquiert les fondamentaux par l’apprentissage.
Pour lui, c’est clair : il y a un type de formation qui ne débouchera plus sur rien, c’est l’étude des humanités. « Si vous avez fréquenté une école d’élite et étudié la philosophie ; avec un peu de chance vous aurez quelque autre compétence, a-t-il déclaré, car l’IA va détruire les emplois dans le domaine des humanités. »
Alex Karp de Palantir remplace déjà la philosophie par l’IA
Si on voulait résumer la malignité fondamentale de l’intelligence artificielle, elle est bien là : dans l’idée qu’elle remplacera, sans espoir de pouvoir la concurrencer, tout ce que la pensée humaine a produit de plus élevé. Au fond, c’est un aboutissement : on arrive à une idée de la philosophie totalement débarrassée de toute notion de vérité à laquelle, l’IA n’accède pas.
On pourrait répondre que la vérité est, depuis longtemps, un élément tout à fait secondaire de la philosophie : l’adéquation de l’intelligence avec le réel est une notion volontiers présentée comme dépassée. L’IA, quant à elle, a pour spécialité le virtuel, c’est-à-dire justement ce qui n’est pas, ou ce qui contredit le réel.
Est-ce à dire que tout le monde finira sur des chaînes d’assemblage à faire le travail manuel qui enrichira les grands de l’IA et de l’exploitation de données ? Palantir, après tout, est le grand nom des Big Data. Et Alex Karp lui-même, diplômé ès humanités, possède une fortune de 15,5 milliards de dollars.
L’IA peut faire du travail manuel ; pourvu qu’elle équipe un robot
Alex Karp a approfondi ses prévisions en assurant que les Etats-Unis, en particulier, n’auraient guère besoin d’immigration hautement qualifiée à grande échelle puisque l’IA remplacera d’innombrables postes de cols blancs. « Il y aura plus qu’assez d’emplois pour les citoyens de votre nation, spécialement ceux qui auront reçu une formation aux métiers manuels », a-t-il lancé.
Il reste quelques faits dont Alex Karp n’a pas fait mention. Le premier est que la plupart des jeunes aujourd’hui dans les pays développés apprennent pendant toute leur scolarité (et avec plus ou moins de succès) à se préparer à des emplois de bureau. Et une belle part des tâches plus physiques : cuisinier, éboueur, aide-soignante, ouvrier (agricole ou non)… sont de plus en plus effectués par des immigrés venant de contrées moins privilégiées.
Le deuxième point est plus étonnant venant de sa part. On sait en effet aujourd’hui que, grâce aux robots fonctionnant à l’IA, un nombre croissant de tâches matérielles ou manuelles (depuis la maçonnerie jusqu’au travail en usine) peut être réalisé sans intervention humaine. Nous avons signalé ici que, dans des pays aux populations vieillissantes, ce sont déjà des robots qui remplacent de plus en plus les hommes. A telle enseigne qu’en Chine, il existe des usines tout entières où il suffit de quelques ingénieurs pour vérifier que tout va bien. Ce sont des lieux où l’on travaille 24h/24 et 7j/7 sans avoir besoin de prévoir d’éclairage. Tout est dit.











