Euthanasie : « stop ou encore » pour la loi extrémiste débattue au Sénat ?

Euthanasie encore loi extrémiste
 

Le Sénat a fortement modifié la « loi sur la fin de vie » proposée par le député du MoDem, Olivier Falorni, lors des votes du mercredi 21 janvier. On peut dire que la loi a été vidée de son sens et nous en serions encore plus heureux si cela laissait entrevoir l’arrêt de la trajectoire de ce texte. Hélas, lorsque les deux chambres n’arrivent pas à se mettre d’accord, c’est l’Assemblée nationale qui l’emporte à la fin. Et donc, là où le Sénat a essayé de remplacer toute référence à l’euthanasie ou au suicide assisté (que la loi Falorni désigne par des euphémismes) par un droit au « meilleur soulagement possible » de la souffrance, sans aller jusqu’à la possibilité de donner la mort, on voit mal les députés lui emboîter le pas.

Il faut saluer cette réécriture complète de la loi par le Sénat, qui ne se limite pas à quelques amendements ou à l’élimination de ses aspects les plus choquants (et Dieu sait s’il y en a). Il suffit de voir la désolation de Philippe Mouiller, président de la commission des affaires sociales du Sénat, qui a observé : « Tout le texte est dénué de sens… beaucoup d’amendements n’ont plus de sens. »

 

Le Sénat dit « stop » à la loi sur l’euthanasie

C’est en particulier le rejet de l’article 4 qui bouleverse toute l’économie de la loi Falorni. « Ce fut un coup de tonnerre », note l’excellent site Genethique.org, qui explique en détail ce réveil de dernière minute. Cet article 4 définissait les critères d’accès à l’aide à mourir. A la place, on trouve désormais « un droit opposable au soulagement de la douleur sans recours au geste létal », note Généthique, dont l’analyse est à lire en entier ici.

Les sénateurs ont ensuite débattu de l’article 2, introduisant précisément le geste létal dans le code de la santé publique. Cet article a lui aussi été rejeté par l’adoption d’un amendement d’Anne Chain-Larcher, vice-présidente LR du Sénat, qu’elle a présenté en déclarant : « Le texte du Sénat n’est pas celui de l’Assemblée nationale. » Il démontre que la liberté et la dignité ne supposent pas la possibilité de donner la mort, mais l’assurance effective que la société ne laissera personne souffrir sans réponse.

Il est intéressant de noter que le sénateur communiste Pierre Ouzoulias a dénoncé la réécriture du texte, en expliquant qu’en l’état, celle-ci aboutirait à revenir sur la loi Claeys-Leonetti. Non sans raison, il a soutenu que la proposition de loi réécrite pourrait conduire à interdire l’arrêt de l’hydratation lors d’une sédation profonde et continue jusqu’au décès. Cette disposition constituait la « réponse » apportée par la loi Claeys-Leonetti à l’affaire Vincent Lambert : autoriser l’arrêt des soins en y incluant l’hydratation et la nourriture pour accompagner la « sédation terminale » d’une personne souffrant d’une maladie grave ou d’un handicap profond mais pas forcément en fin de vie, avec la certitude que celle-ci mourrait de soif, étant donné qu’il s’agit d’un processus légalement irréversible.

 

Le Sénat remplace la mort donnée par le soulagement de la souffrance

Le sénateur Ouzoulias, sans doute bien malgré lui, souligne ainsi le caractère déjà euthanasique de la loi Claeys-Leonetti de 2016, et même de la première loi Leonetti de 2006. Cette dernière introduisait la possibilité d’arrêter d’hydrater et d’alimenter une personne en phase « avancée ou terminale » d’une maladie, alors même que l’hydratation et la nourriture ne lui seraient pas nuisibles.

A lire et relire à ce sujet : la déclaration commune de Mgr André Vingt-Trois et du grand rabbin David Messas sur le soin des malades en fin de vie. Cette « déclaration commune juive-catholique » exprime avec une grande clarté ce que l’on peut comme ce que l’on ne doit pas faire lorsqu’on est chargé de soigner les « mourants » ou « ceux qui sont gravement malades ».

Pour bien comprendre ce qui se trame et ce contre quoi le Sénat résiste avec une force si inattendue, on peut aussi regarder cette vidéo présentant un entretien entre le père dominicain Paul-Adrien et Grégor Puppinck, président de l’ECLJ.

 

La loi sur l’euthanasie, la plus extrémiste au monde à ce jour

En une heure, ce dernier évoque tous les aspects les plus ahurissants du texte préparé par Olivier Falorni, qui balaye la plupart des garde-fous (pour fragiles qu’ils soient) introduits dans les législations euthanasiques de la dizaine d’autres pays qui autorisent la mise à mort d’un patient. Il montre avec beaucoup de perspicacité que ce qui est recherché n’est pas le soulagement de la souffrance, mais un nouveau regard sur la mort et, surtout, une revendication absolue de la liberté humaine. Cela est important à comprendre, car on voit ainsi qu’il s’agit d’une entreprise idéologique qui correspond d’ailleurs parfaitement à la pensée maçonnique, laquelle rejette le dogme et la loi de Dieu pour proclamer l’autonomie de l’homme.

Ce n’est pas dit explicitement, mais les mots non serviam sont ceux qui caractérisent le mieux cette entreprise.

L’ECLJ avait précisément été auditionné au Sénat et avait pu attirer l’attention sur le caractère extrême des propositions françaises. Aurait-il été entendu ?

 

Jeanne Smits