Lorsqu’il entreprit la suppression progressive de la messe de Saint Pie V en prenant le contrepied de Summorum Pontificum (2007) par Traditionnis Custodes en 2021 le feu pape François invoquait l’unité de l’Eglise. Paradoxalement, il rallumait en même temps une guerre liturgique que son prédécesseur avait apaisée. Le cardinal Roche a repris ce flambeau d’incendiaire en distribuant à ses collègues, lors du récent consistoire, un document hostile à la forme extraordinaire du rite Romain, toujours sous couleur d’unité de l’Eglise. Et Mgr Blase Cupich, archevêque de Chicago, a répété l’argumentation : « Accepter la réforme autorisée par l’Église, c’est préserver l’unité de l’Église, comme l’a déclaré saint Pie V, une vérité que le défunt pape François a rappelée ». Ce sophisme est le moyen de l’exclusion de tous les catholiques fidèles à la messe traditionnelle. Or il s’agit d‘une méthode, utilisée en toute occasion et tout domaine par la minorité cléricale « progressiste », pour opérer sa révolution dans l’Eglise : sous couleur d’unité elle accapare le pouvoir à travers un processus synodal qui écarte les fidèles au profit d‘une petite bureaucratie noyautée ; sous couleur d’unité encore, elle promeut un faux œcuménisme qui écarte l’Église romaine un peu plus des orthodoxes d’une part, et qui l’éloigne toujours plus de sa propre tradition. Prenons-y garde : on sait qui est le grand diviseur.
Exclusion des tradis : les gros sabots d‘un prince de l’Eglise
Dans le commentaire accompagnant la traduction du texte du cardinal Roche, Jeanne Smits a souligné plusieurs choses essentielles. D’abord qu’il vise l’exclusion de la messe de Saint Pie V au profit du nouvel ordo « seule expression de la lex orandi du rite romain ». Ensuite que Roche ajoute peu de choses à Traditionis custodes et reprend surtout des citations de François. Que Summorum Pontificum reconnaissait au contraire que l’ancien ordo n’avait jamais été aboli et conservait « droit de cité ». Qu’en passant tout cela sous silence, Roche se livre à « une vraie déformation, voire une désinformation ». Qu’en invoquant saint Pie V à son secours, rappelant que le pape tridentin avait agi pour qu’il n’y ait « qu’un seul rite pour la célébration de la messe », il se livre à une manipulation éhontée. Pour trois raisons au moins : 1. La messe tridentine ne fut pas une nouveauté mais la codification d’une liturgie déjà existante. 2. Loin de la présenter comme seule lex orandi de l’Église, à l’exclusion de toute autre, saint Pie V autorisa la persistance de nombreux rites, pour peu qu’ils aient au moins deux cents ans d’existence, sans crainte aucune pour l’unité de l’Eglise. 3. Concernant sa messe, Pie V avait ordonné qu’elle ne soit ni « révoquée ni modifiée, mais demeure toujours valide et conserve toute sa force ». En somme, Roche est un faux témoin qui s’oppose frontalement à deux papes, Pie V et Benoît XVI, en prétendant s’autoriser d‘eux. Jeanne Smits ajoute que si l’on considère la tradition comme un « développement organique », alors l’action de saint Pie V, qui ordonna ce qui préexistait, s’y intègre, alors que l’ordo de Paul VI permettait une rupture, que la procédure d’exclusion lancée par feu François et continuée par le tandem Roche/Cupich opère manifestement.
L’oecuménisme : un moyen de la révolution sous couleur d’unité
On retrouve le même tour de passe passe pour l’œcuménisme. Dans la tradition catholique, l’œcuménisme exprime à la fois l’universalité de l’Église et son unité, enracinées dans Notre-Seigneur Jésus-Christ qui l’a instaurée et auquel elle s’efforce de convertir tout homme, selon le précepte connu, Hors de l’Eglise, point de Salut. Mais depuis le XIXème siècle et au long du XXème, des églises protestantes ont tenté, notamment à travers le Conseil œcuménique des églises, de travailler ensemble pour déterminer ce qu’elles avaient en commun, non plus selon le Christ mais selon le principe du vote de la majorité. C’est ce mouvement qui est entré dans l’Église, à la suite de précurseurs tels Couturier et Congar, lors de Vatican II, avec la Constitution Unitatis reintegratio. Il y a d’ailleurs une contradiction flagrante entre celle-ci et la liberté religieuse proclamée par Dignitatis humanae, actualisée par les dérives plus ou moins syncrétistes de l’œcuménisme qui n’ont cessé d’empirer depuis la première rencontre d’Assise en 1986. Prenons par méthode au mot les menteurs : si toutes les religions rendent gloire à Dieu, alors les diverses confessions chrétiennes peuvent faire de même sans blesser aucune unité, en chantant chacune à sa façon.
L’exclusion des orthodoxes et de l’Afrique par Fiducia Supplicans
Mais l’unité des chrétiens n’est qu’en apparence le souci de l’œcuménisme découlant de Vatican II, surtout sous la forme prêchée par François. Il s’agit en fait d’un formidable moyen d’exclusion et de destruction de l’Église catholique traditionnelle. Un seul exemple, les avancées LGBT, encouragées par le père Martins et les églises du Nord, séduisent beaucoup de protestants, mais elles révulsent les orthodoxes, qui ont fait part de leurs sentiments, les catholiques traditionnels, et toute l’Afrique conciliaire qui s’est dressée unanime contre Fiducia Supplicans. Elles ont brisé l’unité entre catholiques et entre l’Église catholiques et ses frères séparés. La véritable utilité de l’œcuménisme post Vatican II, aux yeux des clercs progressistes, est de démolir le magistère de l’Église catholique et sa prééminence surnaturelle, d’habituer les fidèles à des processus de compromis dits démocratiques, bref, d’opérer une révolution anti-copernicienne qui substitue l’homme à Dieu au centre du monde.
Synodalité : une révolution contre l’unité de l’Église
On doit rajouter un mot sur la synodalité, en rappelant ce qu’a dit lors du récent consistoire le Cardinal Zen et les quelques commentaires que j’en ai tirés. Zen a montré qu’en prétendant renforcer l’unité de l’Église par la consultation directe de l’opinion du peuple de Dieu, François s’est livré à une « manipulation implacable ». Il a menti, puisque le synode des synodalités n’a enregistré en fait qu’un message produit par une petite bureaucratie cléricale, et il a monté celle-ci contre l’autorité légitime des évêques, blessant l’unité de l‘Église, désormais soumise aux « interprétations contradictoires » et aux expressions ambigües ». Elle devient sujette « à la même division » que les églises protestantes. Cette révolution est dangereuse pour l’unité, le magistère, et la foi : « la référence constante au Saint-Esprit est ridicule et presque blasphématoire (ils s’attendent à des surprises de la part du Saint-Esprit ; quelles surprises ? Qu’il renie ce qu’il a inspiré dans la tradition bimillénaire de l’Église ?). » Autrement dit, l’unité de l’Église vient du Christ, et son Esprit ne peut procéder d’un vote contraire à ce qu’il a dit. Zen a ajouté sur son blog : « Le pape François a commis de nombreux actes dangereux, semant chaos et division ». Cette stratégie d’exclusion sous couleur d’unité, il n’en a hélas pas été le seul acteur.











