Jean-Yves Le Drian a une longue carrière ministérielle et socialiste derrière lui : il l’a commencée secrétaire d’Etat à la mer sous Mitterrand, poursuivi ministre de la Défense sous Hollande et fini ministre des Affaires étrangères sous Macron. Le retournement de veste du PS à propos de LFI l’a « consterné », comme il s’en est ouvert à France Info : « Après avoir dit qu’il n’y aurait pas d’accord national avec les insoumis, je suis consterné que presque partout sauf à Rennes et Marseille, les socialistes sont en train de s’allier avec LFI alors qu’ils sont en opposition sur tout, sur les valeurs. (…) C’est l’alliance du sectarisme et de l’opportunisme. » Le Drian, qui s’est lui-même rallié à Macron en 2017, connaît la politique et ses compromis(sions), mais une référence qu’il a faite à la IVe République (parlant de « Guy Mollet », et la « SFIO ») montre qu’il n’a toujours pas bien compris le film : ni ce qu’enseigne l’histoire contemporaine, ni ce qui se joue aujourd’hui.
Le Drian, socialiste du peuple, non bobo PS tourmenté
Contrairement aux autres bébés Mitterrand, Jean-Yves Le Drian n’est pas un socialiste des beaux quartiers titillé par on ne sait quelle mauvaise conscience, mais un homme venu du peuple. Catherine Tasca, ministre de la communication, était la fille d’Angelo Tasca, syndicaliste et collaborateur notoire, Jean-Michel Baylet était un grand ami de René Bousquet, patron de la police sous l’occupation, François Hollande avait pour père un riche médecin promoteur immobilier d’extrême-droite favorable à l’OAS, Ségolène Royal est d’une famille d’officiers très traditionnelle dont quelques membres ont milité au FN, etc. Le Drian, lui, est fils de docker. Il a le franc-parler du peuple dont il vient, et le reniement du PS le laisse donc consterné, il le dit et le répète. Consterné. « C’est un naufrage politique et moral. » Et encore, quand il a parlé, il ignorait encore que François Hollande, opposé à tout accord avec LFI, a fini par avaliser celui que le PS a passé dans sa bonne ville de Tulle !
Le PS comprend son intérêt et suit sa conviction
Le Drian a le cœur juste, mais l’enseignement qu’il tire de l’affaire est court, faute de références solides à l’histoire de France. Il compare en effet le PS d’aujourd’hui à la SFIO (section française de l’Internationale socialiste) qui a fait les beaux jours de la IVe République avec le PC à sa gauche, le MRP (démocrate-chrétien) au centre, le RPF gaulliste et le Centre national des indépendants à droite. Il a même filé la métaphore en trouvant à « Olivier Faure des accents de Guy Mollet du XXIe siècle ». Le contre-sens est total : Guy Mollet était un socialiste modéré israélophile, à la tête d’un parti socialiste puissant, qui a fait un compromis avec le centre à la fin de la IVe République, et a pris le pouvoir, en opposition à l’extrême-gauche alors représentée par le PC. L’exact inverse d’Olivier Faure, patron d’un PS en peau de chagrin, qui fait alliance avec une extrême-gauche israélophobe et antisémite.
Secret d’histoire : l’extrême-gauche fait partie de la gauche
Le Drian ne comprend décidément pas la pièce de théâtre politique qui se joue, ni l’histoire dont il a été un pion. Ce qui structure la politique française, ce n’est pas l’avidité des politiciens modérés et du centre pour les postes – cela, c’est la nature des hommes et de la politique. Ce qui donne sa forme et son sens à notre système politique, c’est la préférence systématique, fondatrice, constitutive, pour l’extrême-gauche, qu’on lui donne le nom de LFI ou de PC. Et c’est à François Mitterrand plus qu’à Guy Mollet qu’Olivier Faure ressemble : Mitterrand a fait entrer le PC au gouvernement, sur un programme commun, alors que le patron de celui-ci jugeait le bilan de l’URSS « globalement positif ». Tout est permis à l’extrême-gauche, et celui qui le dénonce est déclaré ipso facto « fasciste ». Tel est le secret de l’histoire en cours, que Jean-Yves Le Drian ignore manifestement.











