C’est une information du correspondant au Vatican du quotidien catholique néerlandais Nederlands Dagblad, Hendro Munsterman. Il a révélé que Léon XIV avait organisé, le 29 juillet dernier au Borgo Laudato Si’ de Castel Gandolfo, un dîner privé avec des donateurs fortunés, pour la plupart américains. InfoVaticana a ensuite noté la présence de la fondation Banvelka et de la famille Herrera Vellutini. L’événement, entouré d’une certaine discrétion, avait eu lieu à la suite d’une prière publique pour la paix. Certains avaient voulu y voir un signe d’opacité de la gouvernance du pape Léon XIV, mais InfoVaticana propose une interprétation intéressante : selon le site hispanophone « Léon XIV est en train de reconstruire à un rythme accéléré l’axe financier américain afin de ne plus dépendre de l’Eglise la plus riche – et la plus problématique – du catholicisme mondial : l’Eglise allemande ».
Le déficit annuel de 50 à 60 millions d’euros, ajouté à l’impossibilité de couvrir les besoins actuels pour le système de retraite du Saint-Siège, rend ce dernier dépendant à l’égard de l’ensemble du monde catholique. Le denier de Saint-Pierre, qui existe précisément à cette fin, est versé à plus de 25 % par les Etats-Unis. Le Denier de Saint-Pierre a rapporté 58 millions d’euros en 2024 face à des dépenses bien plus importantes.
La stratégie financière de Léon XIV au cœur d’un dîner avec de grands donateurs
L’Allemagne, elle, ne contribue qu’à hauteur de 2,8 % du denier, malgré la richesse qui lui est assurée par le Kirchensteuer, l’impôt proportionnel versé par tous ceux qui sont enregistrés comme catholiques, pratiquants ou non, en Allemagne. Cet impôt a représenté 510 millions d’euros en 2023, soit 100 fois plus que le denier de Saint-Pierre. Même la France, l’Italie et le Brésil contribuent davantage, tandis que l’Eglise d’Allemagne conserve ses propres deniers pour financer à la fois ses structures et ses projets de modernisation de l’Eglise, dogme et morale y compris : InfoVaticana rappelle que son « chemin synodal » a englouti 5,5 millions d’euros pour l’organisation de la phase initiale d’assemblée.
Cependant, l’argent allemand, sans aller directement au Saint-Siège, contribue au financement de projets de dicastères, de synodes et de structures ecclésiales aux quatre coins du monde, note le site espagnol. Au point qu’il s’est demandé si la relative clémence du Vatican à l’égard de positions ouvertement hérétiques défendues par de nombreux hiérarques et assemblées allemands ne s’explique pas par cette manne indispensable : « Un Saint-Siège en déficit chronique négocie mal avec ceux dont les caisses sont pleines. »
InfoVaticana note que cette analyse financière du dîner de Castel Gandolfo prend tout son sens si l’on examine le calendrier. La « Conférence synodale » allemande – héritière du comité synodal dont le Vatican a demandé l’arrêt en 2024, par la voix des cardinaux Parolin, Fernandez et Prevost – « a été approuvée par les évêques allemands (DBK) en février 2026 à la majorité des deux tiers obtenue de justesse, quatre évêques (Cologne, Ratisbonne, Eichstätt et Passau) s’étant abstenus, et avec un financement incertain ; le cardinal Marx s’étant d’ailleurs écrié “Je ne veux pas de ça !” face au mécanisme de supervision des évêques », rappelle InfoVaticana : « L’ensemble du projet ne tient plus qu’à une décision de Rome : la recognitio, avec ou sans modifications, ou le rejet » pur et simple.
Léon XIV veut-il ne pas avoir les mains liées par l’Allemagne hétérodoxe ?
Ce n’est pas le moment pour que Rome soit d’une façon ou d’une autre dépendante de l’Allemagne. En même temps, le financement américain, tari sous le pape François, retrouve ses flux d’antan « à une vitesse remarquable ». Léon XIV recevait en mai la Papal Foundation des USA : 25 nouvelles familles s’y sont intégrées avec 15 millions de dons à la clef. Quant au pape, il a multiplié voire rétabli des contacts auxquels son prédécesseur avait mis fin.
« François avait délibérément refroidi ces relations – il avait annulé l’audience annuelle accordée à la Papal Foundation à la suite du conflit autour d’un chèque de 25 millions et supprimé les messes privées pour les donateurs ; Léon XIV les a rétablies en quinze mois », selon InfoVaticana. Le pape a également gommé la commission des dons créée par François pendant son séjour à l’hôpital…
Laissons conclure InfoVaticana :
« La thèse peut donc être formulée ainsi : la reconstruction de l’axe des donateurs américains n’est pas seulement une opération financière visant à combler le déficit ; c’est une opération de souveraineté. Celui qui finance impose ses conditions, et l’histoire récente de l’Eglise le démontre dans les deux sens : le Chemin synodal a pu défier Rome pendant six ans précisément parce qu’il n’a absolument pas besoin de Rome, tandis que Rome, elle, a eu besoin – ou a craint d’avoir besoin – de l’Allemagne. Diversifier la base des donateurs, et le faire en faveur d’une Eglise comme celle des Etats-Unis, dynamique sur le plan vocationnel, doctrinalement plus alignée sur le Siège de Pierre et enthousiaste à l’égard de “son” pape, redonne au Souverain Pontife la liberté de dire non possumus à Francfort sans se soucier du budget. Que la réactivation du volet américain coïncide avec les mois décisifs de la recognitio synodale allemande est peut-être une coïncidence ; au Vatican, les coïncidences financières sont rares.
« Il existe en outre un facteur structurel qui joue en faveur de cette stratégie : l’influence allemande s’affaiblit d’elle-même. La Kirchensteuer a baissé de 5 % en 2023 et l’hémorragie des démissions officielles se poursuit ; une Eglise qui perd des centaines de milliers de contribuables par an et qui, au rythme actuel des vocations, fermera la plupart de ses paroisses en l’espace d’une génération, est un bailleur en liquidation. Léon XIV n’a pas besoin de s’opposer frontalement à la DBK : il lui suffit de ne pas en avoir besoin pendant que le temps fait son œuvre. »











