L’affaire Lindsay Clancy, cette jeune mère de 36 ans qui a tué en les étranglant ses trois enfants âgés de 5 ans, 3 ans et 8 mois le 24 janvier 2023 avant de s’ouvrir les poignets et le cou et de sauter du premier étage dans une tentative de suicide ratée qui l’a laissée paralysée des membres inférieurs, a profondément secoué les Etats-Unis. Une bonne partie du mouvement pro-vie et des mouvements masculinistes ont crié au scandale pendant le procès estimant que les droits des enfants, qui sont les véritables victimes, n’ont pas été défendus. Face à cet infanticide multiple, ils ne veulent rien voir d’autre, en particulier la surmédicalisation, qui est un fléau américain.
L’indignation est allée crescendo depuis le 4 septembre, jour où le juge du tribunal de la Cour supérieure de Plymouth a décidé de mettre fin aux audiences qui avaient commencé le 27 juillet dernier, et d’annuler la procédure au motif que le jury ne parvenait pas à se mettre d’accord sur un verdict pour lequel l’unanimité est requise. Un seul juré (un homme, raconte la presse) a « tenu bon » en refusant la décision d’irresponsabilité pénale à laquelle ont abouti les onze autres jurés, dans une formation composée de neuf femmes et trois hommes. Certains le célèbrent comme un héros. On se demande désormais si un juge va déclencher une nouvelle procédure, comme cela est possible aux Etats-Unis.
Le procès a été marqué par la mobilisation de plusieurs centaines de femmes qui ont manifesté en rose, jour après jour, devant le tribunal de Plymouth, près de Boston, pour dire leur soutien à cette femme en clamant : « She needed help » (« elle avait besoin d’aide »).
Le procès de Lindsay Clancy pour triple infanticide annulé
Sur Internet, Lindsay Clancy a eu le soutien d’une communauté féministe qui a dénoncé l’inadéquation du soutien aux femmes venant de donner la vie, mais parfois de manière abominable, allant jusqu’à sembler à justifier l’infanticide, voire d’accuser le mari de l’accusée d’avoir lui-même tué les enfants et d’avoir fait une mise en scène, ce qui serait corroboré par le fait qu’elle ne semble pas se souvenir exactement de ce qui s’est passé.
Si tous semblent d’accord pour dire qu’elle était une mère aimante et attentive jusqu’au jour fatidique, toute l’affaire tourne autour du degré de conscience qu’elle avait d’avoir mal agi. Selon l’accusation, le fait qu’elle ait demandé à son mari de sortir faire plusieurs courses qui allaient lui prendre un certain temps avant d’étrangler ses enfants au moyen d’élastiques de sport est la preuve de la préméditation des trois infanticides, qui auraient été parfaitement organisés.
La défense a au contraire plaidé l’irresponsabilité pénale du fait d’une psychose post-partum qui aurait conduit l’accusée à passer à l’acte.
Et quel acte. Alors qu’elle s’apprêtait à reprendre le chemin du travail après avoir passé plusieurs mois après son troisième accouchement dans un état psychologique délabré, cette infirmière aurait ainsi eu conscience du fait qu’elle allait tuer ses propres enfants, ce que même son état de santé mentale, épouvantable, ne pouvait pour autant à aucun titre excuser. Il semble acquis qu’elle a parlé à de multiples reprises à son entourage et en particulier à son mari de ses idées suicidaires et de ses idées noires au sujet des enfants. Elle avait subi de lourds traitements et même une hospitalisation psychiatrique qu’elle avait demandée de sa propre initiative moins de trois semaines avant le crime.
Le cirque des réseaux sociaux autour de l’affaire Lindsay Clancy
Tout le monde y est allé de son diagnostic, sans avoir accès au dossier, on s’en doute. Lindsay Clancy a été tour à tour idéalisée et vouée à l’exécution capitale et même à la damnation éternelle, pendant que la « manosphère » misogyne, particulièrement bruyante sur les réseaux sociaux, expliquait et continue d’expliquer que les femmes sont congénitalement mauvaises et disposées à la violence, ne méritent aucune confiance et doivent rester sous la tutelle absolue de leur mari sans jamais élever la voix dans la sphère publique.
Curieusement, c’est chez un journaliste de plusieurs publications conservatrices américaines, Alex Newman, que nous citons volontiers ici sur RITV, que l’on trouve une analyse moins passionnelle. Il a interviewé pour The New American le psychiatre Peter Breggin, l’un des grands dénonciateurs de la folie des mesures covid, qui a analysé le mix de drogues sédatives et de psychotropes, du valium aux benzodiapézines hautement addictives données à haute dose à Lindsay Clancy pendant les dernières semaines avant son passage à l’acte. Le docteur Peter Breggin estime que le mélange de ces drogues données à travers 32 prescriptions en 4 mois par quatre soignantes dont une infirmière psychiatrique, par téléconsultation, avait forcément eu un effet direct sur le cerveau de la jeune femme, la rendant incapable de prendre conscience de la réalité de son entourage et de ses propres actes. Il y a vu le signe de la surmédicalisation des difficultés psychiatriques qui font aujourd’hui des Etats-Unis, l’un des pays où l’on prescrit le plus d’antidépresseurs et anxiolytiques.
La surmédicalisation a pu déclencher un passage à l’acte en abolissant la volonté
Ses travaux portent justement sur les effets potentiellement très dangereux de ces médicaments. En modifiant leur manière de penser et de sentir, ils peuvent conduire les patients à des comportements aux antipodes de leurs agissements habituels, allant jusqu’à provoquer la perte de tout contrôle de soi, dans un contexte d’idées suicidaires ou de violences compulsives.
Répondant à Alex Newman, Peter Breggin a soutenu que Lindsay Clancy avait véritablement fait l’objet d’une sorte d’expérimentation médicale dans la mesure où aucune étude clinique n’évalue de telles combinaisons de molécules. Par la variété et le nombre de ses prescriptions, pour lui, il est clair qu’elle a été elle-même victime d’un « traitement médicamenteux associant plusieurs substances ». « Au cours des dix derniers jours, on lui a prescrit de la quétiapine, de la trazodone, du lorazépam, du diazépam, de la trazodone, du diazépam, du diazépam, de l’amitriptyline, du diazépam et du diazépam, à des doses variables » susceptibles d’altérer son jugement de manière grave en raison de leur interaction, capables de démultiplier les effets nocifs. Lindsay Clancy avait de manière répétée demandé qu’on diminue les doses, puisqu’elle était consciente des risques addictifs et des effets secondaires dangereux.
Pour le Dr Breggin, la surmédicalisation aux USA suscite une question : pourquoi droguer à ce point les Américains ?
Le Dr Breggin a ajouté, lors de son entretien avec Alex Newman, que Lindsay Clancy n’aurait probablement jamais tué ses propres enfants en raison les effets de sa dépression post-partum (qui en soi n’a rien d’inouï au vu de la chute vertinibeuse d’œstrogènes que subit une mère venant d’accoucher) sans ce cocktail dangereux de psychotropes et autres médicaments psychiatriques. Elle aurait eu besoin plutôt de ce qui, jadis, allait de soi : « Elle s’en serait probablement mieux sortie dans une société primitive, entourée d’une famille élargie et d’aide sympathique de la communauté pendant les mois suivant la naissance. »
Bien sûr, aujourd’hui, la donne a changé à d’autres niveaux. L’avortement est légalisé et la majorité de la population – féminine et masculine – dans de nombreux pays y est favorable, même si cela est moins vrai aux Etats-Unis que dans d’autres pays.
L’affaire Lindsay Clancy n’est que la partie visible d’un iceberg terrifiant : des millions de femmes vivent aujourd’hui avec la conscience d’avoir tué leur propre enfant – en y ayant souvent été poussées par leur propre compagnon, ce n’est pas une affaire de sexes – et en subissent une peine qui est probablement bien plus atroce que celle d’une sentence judiciaire. D’aucuns se sont moqués des crises de larmes hystériques de la jeune femme qui ne supportait pas d’entendre les rapports d’autopsie de ses propres enfants. Pourtant, quelle mère peut supporter cela ? Et comment ne pas y croire quand on sait que même l’avortement, pratiqué avec une froideur clinique et en mentant sur la réalité de la vie avant la naissance, continue de tarauder la conscience d’un grand nombre de femmes pendant des dizaines d’années, après qu’elles l’ont choisi ?
Affaire Lindsay Clancy : le brouhaha des réseaux fait partie de la barbarie
En fait, la réaction médiatique et le brouhaha sur les réseaux sociaux ont montré comment fonctionne la dialectique dans cet environnement. Chaque partie s’est emparée d’un aspect de l’affaire sans en connaître les vrais ressorts, chacun tirant à soi les arguments des procureurs ou de la défense, instrumentalisant un horrible et tragique fait divers pour condamner, qui les femmes en bloc, qui un « système » qui laisserait les femmes pour compte, avec des accents de lutte des classes indéfiniment exploitée.
Tout cela laisse un goût mauvais. Ce n’est pas pour rien que le lynchage est interdit et que la justice doit être rendue, après une instruction, sérieuse autant que possible, au titre d’un pouvoir qui n’appartient pas à chacun mais qui relève d’une autorité par définition hiérarchique et ordonnée.
Certes, l’état de la société ne garantit pas cet ordre. Trop souvent le délabrement de la justice répond au délabrement du sens du bien et du mal. Nous sommes, après tout, dans une culture de mort : une culture où les injonctions diaboliques peuvent bien avoir libre cours. Ajoutez-y la culture des réseaux sociaux, c’est la raison qui, à son tour, est en train de disparaître. Voilà qui fait le lit de la barbarie.











