Rejet de l’euthanasie au Royaume-Uni : une analyse

Rejet euthanasie Royaume Uni  

Le rejet par la Chambre des communes, par 286 voix contre 270 en deuxième lecture, d’une loi de fin de vie autorisant l’aide à mourir en Angleterre et au Pays de Galles est une victoire remarquable des défenseurs de la vie. Elle est d’autant plus remarquable que le texte avait été par deux fois adopté à la majorité par la Chambre basse en 2024 et 2025. L’an dernier, la Chambre des lords avait de fait bloqué la proposition, issue de l’élue travailliste Kim Leadbeater, grâce au dépôt de quelque 1.200 amendements, qui a empêché le vote du texte avant la fin de la session parlementaire en avril. Un vote positif des communes aurait abouti à l’adoption définitive du texte, les Lords ne pouvant pas contrer par deux fois une loi proposée par la Chambre basse.

Mais l’inattendu s’est produit. On a enregistré le report de 39 voix du « oui » vers le « non » depuis le dernier vote d’une loi essentiellement identique en 2025.

On ne pensait pas que les membres du Parlement reviendraient sur leur position exprimée par deux fois, de telle sorte que lors du décompte du vote, dont l’issue est symbolisée par le fait que l’un des décompteurs partisans de l’option gagnante se tient au plus près du Speaker de la Chambre au moment de la proclamation des résultats, on a dû, in extremis, modifier le dispositif : ainsi, visuellement, le « oui » et le « non » ont changé de place.

 

Le rejet de l’euthanasie a mobilisé tous les membres de la Chambre des communes

Dans un commentaire du journal de gauche The Guardian, qui, comme Le Monde, est présenté comme un journal de référence, l’amertume est manifeste. Loin de saluer ce qui a été en définitive un bon fonctionnement de la démocratie, le journal donne d’abord la parole aux partisans de la mort choisie et se lamente sur la minorité au sein de la Chambre des Lords qui avait réussi à bloquer le processus au printemps, répétant que la loi n’aurait permis l’euthanasie ou le suicide assisté que dans des circonstances limitées, comprenant notamment une espérance de vie de six mois.

Cette limite n’a pourtant absolument rien de scientifique, et elle est bien souvent contredite dans les faits par la survie des prétendus condamnés à mort. Mais ce n’est pas là, évidemment, le principal reproche que l’on peut faire à la légalisation de l’acte de tuer un patient qui le réclame ou qui, comme cela a été très clairement mis en avant lors des débats, se sent pressé de débarrasser le plancher pour cesser d’être une charge pour la société ou pour les siens.

On constatera cependant avec plaisir que pour le Guardian, l’idée de légaliser l’euthanasie a été bel et bien bloquée pour « toute une génération politique ». Si on ne doute pas que les morticoles reviendront à la charge, il est clair qu’il va leur falloir attendre, et qu’ils font face à une évolution de la société britannique qui accepte de moins en moins leurs arguments.

 

Royaume-Uni : selon l’analyse des partisans de l’éuthanasie, le texte péchait par excès

Aujourd’hui, les partisans de l’euthanasie se plaignent de ce que la loi n’ait pas pu être adoptée en raison de ses excès, de ses imprécisions et de son manque de garanties pour les plus fragiles. Il est vrai que dans une Chambre des communes bondée, vendredi, l’élue travailliste Ashley Dalton, qui n’est pas opposée par principe à l’euthanasie et qui est affectée d’un cancer du sein métastasé mortel, a souligné combien la loi n’offrait pas une protection suffisante aux personnes dépressives affectées d’une maladie mortelle. Elle a également souligné, forte de sa propre expérience, que le fait d’apprendre un diagnostic mortel peut entraîner des idées suicidaires, qui ont tendance à disparaître au bout de trois ou six mois. De telles étapes peuvent être plus difficiles à traverser pour des personnes qui ont une fragilité mentale, comme elle l’a affirmé, et elle a déploré que le texte n’en tienne pas compte.

« Je mentirais si je disais qu’en pensant à tout ce qui m’attendait, je n’ai pas envisagé qu’il puisse être plus juste et plus facile pour tout le monde si j’en finissais de mourir le plus vite possible », a-t-elle déclaré au sujet des mois qui ont suivi la découverte de son cancer, ajoutant : « Nul ne sait combien de temps il me reste vraiment à vivre ». Elle au aussi déploré que l’on fasse délibérément peur aux personnes affectées d’un diagnostic terminal pour leur faire croire que leur mort serait horrible, alors même que les soins palliatifs font qu’« en règle générale, les morts sont douces ».

Nul doute que cette intervention a pesé. « Mes jours peuvent être comptés, mais cela ne veut pas dire que je veux voir cette Chambre se précipiter pour adopter une mauvaise loi, de telle sorte que je puisse avoir une chance de la voir ou de l’utiliser. Cela est d’une immense importance », a déclaré Mme Dalton.

 

Le rejet de l’euthanasie, une vraie victoire pour la vie

La proposition de loi britannique était pourtant loin d’être aussi extrême que celle adoptée en France le 15 juillet dernier. Elle exigeait notamment la signature d’une demande d’euthanasie en présence du médecin traitant et d’un tiers, tous les deux témoins oculaires de la signature, avec une transmission préalable à un commissaire nommé par le Premier ministre. Elle prévoyait également que le médecin coordinateur, le premier à recueillir la demande d’euthanasie, soit formé à l’évaluation du risque de pression sur le patient et soit attentif aux sauvegardes supplémentaires pour les personnes autistes ou diminuées sur le plan cognitif, sans compter de nombreuses exigences de vérification d’identité. L’intervention d’un médecin indépendant était également nécessaire à l’issue d’un premier délai de réflexion de 7 jours pour le patient. Son acceptation ou son rejet de la demande devait faire l’objet d’un rapport écrit préalablement présenté au commissaire national, à l’issue d’un examen en personne assorti d’informations sur les soins palliatifs et le soutien psychologique disponible, et sur l’intérêt que le patient aurait à discuter de sa demande avec ses proches. Une nouvelle période de réflexion de 14 jours aurait suivi un avis favorable à l’euthanasie ou au suicide assisté. Le texte évitait en outre le fléau de l’évaluation de conformité postérieur à l’acte.

En France, le délai entre l’acceptation de la demande (en quinze jours) et l’exécution peut n’être que de 48 heures, et la demande de suicide assisté ou d’euthanasie peut se réduire à une déclaration orale au médecin choisi qui a une simple obligation de prise d’avis auprès d’un confrère.

Bref, les exigences médicales et administratives étaient multiples, et de multiples cas d’objection de conscience étaient prévus à tous les niveaux. Tout cela sur des dizaines de pages.

 

Analyse d’une victoire : on a tenu compte de la situation des plus fragiles

C’est bien tout cela qui a été – à juste titre, puisque ces dispositions n’enlevaient pas le caractère dangereux du texte pour les malades – et les élus en ont pris acte, là où l’Assemblée nationale en France a quasiment tout avalé. Comment l’expliquer ? On ne doute pas qu’en Angleterre et au pays de Galles, le lobby de la mort choisie, dont la franc-maçonnerie n’a aucune peine à se dire soutien militant, a tout fait pour imposer « sa » loi. Il faut croire qu’en France, la puissance de ce lobby est plus grande, et que l’idéologie de la culture de mort a fait davantage de progrès, et que le laïcisme endémique à coloration « humaniste » a mieux permis de discréditer d’avance toute option résolument pro-vie.

Il faut donc bien comprendre que le texte rejeté par la Chambre des communes pour l’Angleterre et le Pays de Galles était moins grave, si on peut employer ces termes pour une loi de mort, que la loi adoptée en France. C’est à tout le moins la preuve qu’en politique, tout désespoir est une sottise absolue – d’autant que l’Écosse, elle aussi, a rejeté l’euthanasie.

L’Académie Jean-Paul II pour la vie humaine et la famille (JAHLF), fondée, à la suite des problèmes qui ont surgi à l’Académie pontificale pour la vie, avec le concours de plusieurs anciens membres de cette dernière, s’est réjouie du rejet de la loi. Elle a rappelé d’emblée que « le suicide médicalement assisté est un affront à Dieu, une violation de la dignité humaine, et qu’il est fondamentalement incompatible avec le rôle du médecin ».

 

Jeanne Smits