PISA : la France s’effondre, l’Education nationale a réussi

PISA France Education nationale
 

On ne parle que de ça : le spectaculaire effondrement du niveau des lycéens français, confirmé par la dernière étude PISA qui a vu la France dégringoler en culture scientifique, culture mathématique et, plus largement, en compréhension de l’écrit. Le niveau baisse : ce constat de professeurs – paraît-il vieux comme le monde – reçoit ici une vérification raisonnée. Et s’agissant de la France, qui engloutit tant de deniers publics dans son Education nationale, cela fait particulièrement mal. N’était-elle pas jadis au niveau de l’élite mondiale pour les mathématiques ? (Mais la Chine va bien, merci.)

C’est une confirmation dont il faut comprendre qu’elle dit bien davantage que ce qui est écrit sur le papier. De fait, les tests auxquels sont soumis les élèves sont bien souvent d’une simplicité confondante eu égard à l’âge où on les passe : 15 ans, normalement l’entrée au lycée. Il est vrai que le test ne porte pas sur les programmes scolaires, mais sur la capacité à résoudre des questions de la vie quotidienne. En mathématiques, la moyenne française est passée de 511 points à 458 points.

Une dégringolade à mettre en regard avec celle de l’OCDE dans son ensemble : elle a vu les scores baisser de 502 à 463. Car oui, c’est dans l’ensemble des pays développés que les compétences liées à la formation scolaire chutent, inexorablement semble-t-il. Une seule exception, c’est le Royaume-Uni, où en 2015 on a rompu avec les pédagogies constructivistes et où on évalue l’efficacité des méthodes que l’on change au besoin.

Précisons en passant qu’il ne s’agit en rien d’un sondage, mais réellement d’une enquête standardisée, et peu complexe comme nous l’avons dit, menée en 2025 auprès de 760.000 adolescents dans 91 pays. Pour la seule France, 6.501 élèves ont participé.

 

PISA : la France s’effondre avec la plupart des pays développés

D’où vient cet abrutissement des jeunes ? On évoque leur rapport aux apprentissages, la place du numérique, les effets durables de la crise Covid et le désinvestissement des parents. On parle un peu moins des effets de l’immigration non-francophone… Cela dit, la chute est forte et linéaire depuis 2015 environ. Si une multiplicité de facteurs est sans doute en cause, il ne faut pas s’interdire de chercher ailleurs.

Il y a environ 25 ans, je découvrais le livre L’Ecole des illusionnistes d’Elisabeth Nuyts alors qu’elle donnait une conférence à Paris sur cette école qui donne l’impression de former les élèves et de transmettre les connaissances et compétences élémentaires, alors qu’à l’époque, elle produisait, à la fin du primaire, 40 % d’illettrés. Madame Nuyts travaillait avec des dyslexiques (qu’elle guérissait) dont elle expliquait qu’ils n’étaient pas victimes d’une anomalie cérébrale, mais d’un apprentissage inadapté. Son livre était un véritable cri d’alarme. Il accusait frontalement l’Education nationale de choisir et d’imposer des méthodes d’apprentissage qui privaient sciemment les enfants de la compréhension fine, de la capacité d’analyse et de la formation de la pensée qui ont longtemps fait de l’école française une institution d’excellence.

J’ai lu le livre et je n’y ai pas cru. Cette mise en cause de la méthode globale en lecture et en écriture me paraissait surfaite, voire complotiste. Pour autant, j’ai commencé à interroger les professeurs – depuis la maternelle jusqu’à la fac. Si les causes n’étaient pas forcément identifiées, le constat était bien là : quel que soit le niveau, seuls quelques élèves par classe sortaient du lot. J’ai approfondi la chose. Le constat se confirmait, d’investigation en investigation.

 

PISA : un test facile – l’effondrement réel est bien plus grave

Curieuse, j’ai suivi un stage de Mme Nuyts et j’ai compris toute l’importance de son diagnostic, mais aussi des remèdes qu’elle propose. Ils sont efficaces, y compris chez les adultes. Sa « logopédagogie » qui rompt avec le tout-visuel, qui place la parole et donc la pensée en premier, favorise aussi bien la compréhension que la mémoire et la concentration. Elle apprend à penser. Elle évite les apprentissages non conscients, globaux, que l’on retrouve aujourd’hui, dans les recommandations officielles aussi bien dans l’écriture, la lecture, la grammaire, les mathématiques, et l’histoire que dans l’apprentissage du latin, et qui reposent sur le brûlage des étapes. On ne va plus de l’élément à l’ensemble : de la formation de la lettre, puis de la lettre à la syllabe et au mot ; une même logique, sinon une même pratique, préside aux autres matières et aboutit à des enfants qui ne s’entendent même pas lire dans leur tête. J’en ai rencontré.

De là est née ma chronique « Génération décervelée », longtemps régulière dans feu le quotidien Présent, et qu’aujourd’hui je poursuis de temps à autre ici, sur RITV.

En 2001, date où j’ai découvert l’indispensable Ecole des illusionnistes, qu’il faut vraiment lire pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, le mal n’était pas nouveau. Le lent décervelage s’est installé au milieu du XXe siècle et a été rapidement dénoncé, d’ailleurs, par une minorité qui se dressaient contre les idéologues du pédagogisme qui ont sévi dans la plupart des pays occidentaux, à commencer par les Etats-Unis. Dès 1955, l’Américain Rudolf Flesch publiait Why Johnny Can’t Read: And What You Can Do about it (« Pourquoi Johnny ne sait pas lire et comment y remédier »). Il dénonçait la méthode globale qui empêche l’analyse des lettres et des mots et rompt le système de décodage propre à nos alphabets occidentaux, qui associent graphèmes et phonèmes et ne se prêtent pas à la lecture de mots entiers, comme le font les écritures idéogrammatiques. Mme Nuyts a montré combien cela nuit à la précision de la compréhension, dans la mesure où les enfants n’acquièrent pas une connaissance systématique des différentes formes grammaticales, voilà pourquoi aujourd’hui de nombreux jeunes forment le pluriel des verbes avec un -s au lieu de -ent, et inversement pour les noms et les adjectifs.

Dès cette époque, en tout cas, on voyait les dégâts, on les analysait, on militait pour le retour à la raison en pédagogie.

 

L’Education nationale a réussi ce qu’elle a entrepris et maintenu

C’est le contraire qui s’est passé, de manière tellement systématique qu’on n’ose croire que cela a été le fruit du hasard ou de l’incompétence. L’Education nationale n’a pas failli : elle a exécuté son programme en imposant des apprentissages qui désapprenaient. Elle n’a pas seulement réduit les horaires d’apprentissage du français au primaire ou l’acquisition progressive de l’arithmétique s’appuyant sur la compréhension de ce qui était appris. Contrairement à ce que l’on croit, elle a imposé, là où il ne le fallait pas, l’apprentissage par cœur sans compréhension préalable, et renforcé la capacité à « faire du même », comme dit Elisabeth Nuyts, plutôt que la réflexion individuelle.

Un seul exemple : les études de texte, dont on retrouve aujourd’hui la structure dans les examens de fin de cycle : celles-ci se réduisent en général au repérage d’informations et à leur restitution telle quelle, au lieu de reposer sur une analyse et une réflexion pour rechercher les raisons ou les implications de ce qui est écrit.

Pourquoi les étudiants de l’enseignement supérieur sont-ils capables de penser aujourd’hui que la chute de l’Empire romain s’est produite au XVIIIe siècle ? Pour reprendre un exemple donné par Madeleine de Jessey, professeur de lettres classiques elle-même ancienne élève du hors contrat, qui vient de publier un livre dont le titre dit tout : L’école des illettrés ? Mais parce que l’histoire ne s’enseigne plus de manière chronologique et linéaire, mais par thèmes. De cet effondrement-là du savoir, aucune enquête PISA n’en rend compte… Décervelés, illettrés, les petits Français ont aussi été déracinés par leur propre école.

Certes, le numérique et surtout l’intelligence artificielle, ainsi que l’omniprésence des écrans, aussi bien pour les loisirs qu’à l’école d’ailleurs, n’ont rien fait pour relever le niveau. Mais l’Education nationale, pendant les longues décennies qui ont précédé l’explosion du digital, a plus que préparé le terrain.

 

Les mauvaises pédagogies de l’Education nationale n’ont jamais été abandonnées

D’ailleurs, quand un rare ministre comme Gilles de Robien, constatant les dégâts chez ses petits-enfants, avait tenté de mettre fin à certaines aberrations pédagogiques de l’apprentissage de la lecture, il s’était heurté à la fronde intelligente de ses fonctionnaires qui ont affirmé suivre ses injonctions et mis en place des méthodes encore plus néfastes, comme la « lecture naturelle ». Tout marxiste gramscien vous dira qu’on ne lâche pas comme ça l’éducation, qui est emprise sur les enfants et préparation d’un avenir orienté.

Réussite donc de l’Education nationale qui, non contente d’imposer généralement et crescendo (il est heureusement quelques exceptions, et des professeurs excellents) a tout fait pour maintenir les choses en l’état, tout en manifestant parfois en apparence sa volonté de revenir à des pratiques plus efficaces. Les manuels de lecture insistent aujourd’hui davantage sur le code, mais avec des progressions trop rapides, des apprentissages globaux de certains mots, l’introduction presque immédiate des lettres muettes et d’autres scories qui s’installent pour la vie. La lecture silencieuse, dont Elisabeth Nuyts a souligné toute la nocivité lorsqu’elle est trop précoce, est toujours demandée dès le CP.

Réussite encore de l’Education nationale, qui, pour certaines matières, se révèle plutôt compétente à l’aune des tests PISA. En matière d’endoctrinement, elle est se débrouille bien pour « transmettre », mot par ailleurs tabou, notamment pour ce qui est du changement climatique et des « enjeux environnementaux ».

 

Les tests PISA montrent que l’Education nationale enseigne bien les « enjeux environnementaux »

Ainsi « en France, 76 % des élèves atteignent au moins le niveau de base de compétence (niveau 2) en sciences de l’environnement, une proportion qui s’établit à 74 % en moyenne dans les pays de l’OCDE », selon la présentation des résultats du PISA 2025 par l’organisation elle-même. « En France, 82 % des élèves indiquent savoir qu’il y a des choses qu’ils peuvent faire pour avoir un impact positif sur l’environnement (moyenne de l’OCDE : 81 %) ; 78 %, que si nous agissons tous ensemble, nous parviendrons à résoudre les problèmes environnementaux (moyenne de l’OCDE : 82 %) ; et 64 %, savoir comment coopérer avec d’autres personnes pour avoir un impact positif sur l’environnement (moyenne de l’OCDE : 68 %) », explique encore cette présentation.

Les questions dans le domaine de la culture scientifique portaient notamment sur la fast fashion, les sources énergétiques, la perte de la biodiversité, les éoliennes en mer, la pêche durable… Avec force affirmations conformes au récit obligatoire.

On le sait, il existe en France de nombreuses écoles indépendantes et quelques écoles publiques ou sous contrat où l’on a recours à des méthodes qui réussissent. Les attaques régulières contre le hors contrat sont un autre symptôme des ressorts profonds de l’instruction telle qu’elle se pratique dans le monde développé, même si la France est dans ce domaine particulièrement soucieuse de protéger l’idéologie officielle.

Leur réussite est précisément la preuve qu’on peut faire autrement et que les recettes n’ont rien d’abscons : il s’agit simplement de former les intelligences et d’en prendre les moyens, connus. Sans doute est-ce plus dur avec l’omniprésence du numérique, mais enfin, cela fonctionne et cela est combattu.

 

La France de l’Education nationale s’effondre, les écoles indépendantes réussissent

Il faut ajouter que ces établissements sont bien souvent héroïques, exigeant des sacrifices de la part des parents qui, par leurs impôts, paient l’Education nationale, puis, de leurs deniers, paient la scolarité de leurs enfants. Cette scolarité comprend la rémunération des professeurs, contrairement à ce qui se passe dans les établissements sous contrat. Héroïques aussi sont les professeurs qui y participent si fortement à la préparation de l’avenir et qui, trop souvent, ont des salaires sans aucune commune mesure avec leur formation et leur efficacité.

Au lieu de cela, on nous propose des gadgets, et des gadgets dangereux ; en finir avec la liberté pédagogique des professeurs, disent certains, comme si c’était elle qui posait problème. Un Bruno Le Maire imagine de scolariser les enfants dès l’âge d’un an, ce qui est sans doute une manière d’expliquer que les bébés n’acquièrent plus naturellement leur langue maternelle – et constituerait un intolérable emprise sur les droits des parents, alors qu’il faudrait au contraire faciliter la présence des mères auprès de leurs enfants pendant la petite enfance. Le drame, c’est qu’aujourd’hui, jeunes parents et professeurs sont nombreux à avoir été eux-mêmes abîmés par le système…

Sommes-nous justement en train d’arriver à un point de non-retour ? Celui des savoirs perdus pour le grand nombre ? Alors, il y a urgence à prendre le pouvoir dans ce domaine, à réhabiliter la vraie culture, la vraie lecture. On peut commencer par soutenir les écoles indépendantes en pleine progression, tant le désastre devient apparent.

 

Jeanne Smits