Un modèle IA en cours de développement s’est montré capable de « deviner » l’image que regarde une personne à partir d’un scan cérébral, et ce avec une précision remarquable, aux dires de l’équipe du Weizmann Institute of Science à Revohot, Israël. Les résultats de leurs recherches ont été présentés lors de deux récentes conférences de presse qui ont attiré l’attention sur une série d’images présentées aux participants et à leur interprétation par l’IA : ils sont assez saisissants. Imparfaites et parfois fausses (un chien dans une baignoire devient ainsi une chèvre dans une baignoire), les images décodées par l’IA à partir de volontaires à qui les images originales sont montrées en cours d’IRM cérébral, arrivent tout de même à un niveau de précision et de détail bluffants. Et la question se pose : l’IA pourra-t-elle, demain, « lire » les pensées les plus secrètes, voire les rêves ?
Certes on n’en est pas là et la lourdeur de la recherche témoigne de la difficulté de l’opération. Dans un article publié par le MIT Technology Review, on découvre comment le recours à des scanners de très haute précision a permis à l’équipe d’améliorer des résultats qui dans ce domaine étaient jusque-là plutôt médiocres. Elle a travaillé sur des séries d’images – 9.000 pour chacune des huit personnes les ayant visionnées en cours d’IRM – qui ont servi à l’apprentissage de son modèle.
IA peut décoder des images via une IRM et grâce à l’encodage et au décodage de l’activité cérébrale
Pour être nombreuses, ces données étaient loin d’être suffisantes et la procédure de leur récupération lourde et coûteuse eu égard au matériel employé. L’équipe, sous la direction de Michal Irani, ont contourné la difficulté en créant un nouveau modèle fonctionnant en sens inverse : il code les images pour prédire l’activité cérébrale correspondante. Ici, c’est la répétition qui permet d’améliorer l’exactitude par l’apprentissage ; au bout du compte, l’équipe a pu travailler même avec des images jamais « vues » dans le cadre d’une IRM. Et, au passage, identifier des régions du cerveau associées à certaines images : la nourriture, les sports, activent des zones différentes… On arrive ainsi à un encodeur cérébral universel, requérant peu de calibrage selon les personnes – une heure suffit, ce qui divise par 40 le temps nécessaire pour une identification réussie. Pour une recherche qui coûte entre 600 et 1.000 dollars par heure, l’économie est importante, d’autant que le stock de cobayes bénévoles n’est pas illimité.
Tant l’équipe de recherche que les commentateurs mettent en avant les possibilités, le potentiel médical d’un tel dispositif à terme. Outre l’amélioration de la connaissance du cerveau, il pourrait aider les victimes du « syndrome d’enfermement » à communiquer avec le monde extérieur, ou encore identifier la manière dont fonctionne un syndrome post-traumatique.
Aujourd’hui l’IRM, demain l’EEG ou le casque à capteurs
Mais à mesure que l’identification des images pourra se faire de manière plus simple, d’autres problèmes vont surgir.
Première étape, les chercheurs espèrent passer de l’IRM au simple EEG (électroencéphalogramme), qui fonctionne en mettant un bonnet d’électrodes : ils y travaillent déjà. Mais cela peut se faire aussi au moyen de casques intelligents capables de lire les ondes cérébrales au moyen de l’EEG couplée avec l’IA : ce type de dispositif, qui mesure la concentration et promet de l’améliorer, existe déjà et coûte moins de 500 € l’unité chez Neurable. Demain, pourra-t-on capter les images cérébrales par des moyens encore plus simples, voire insoupçonnables par le sujet analysé ? Voilà qui ouvre la porte à la captation de données sans consentement.
Si l’IA peut déjà décoder des images, lira-t-elle demain les pensées ?
Demain, pourra-t-on capter aussi la vidéo et l’audio ? Mme Irani y travaille, espérant pouvoir reconstituer les pensées, voire les rêves et les choses imaginées grâce à l’IA : « Nous n’en sommes pas encore là, mais nous nous efforçons d’y parvenir », a-t-elle annoncé.
Tommy Sprague, neuroscientifique à l’université de Californie à Santa Barbara, trouve que « les résultats semblent très impressionnants » : « Mais s’il existe un moyen d’extraire subrepticement des informations sur ce à quoi vous pensez, alors… 150 ans de science-fiction pourraient devenir réalité à tout moment, et c’est inquiétant à bien des égards. »
On pense à l’utilisation commerciale, mais aussi au pouvoir que donneraient de telles techniques aux nouvelles tyrannies qui existent déjà ou se développent.
C’est une invasion de l’intime qui se profile, et – du point de vue spirituel – l’accès à un pouvoir que même les anges n’ont pas, puisque, bons ou mauvais, il ne leur est pas donné de lire directement les pensées, car « connaître les pensées [des cœurs] est le propre de Dieu », pour reprendre la formule de saint Thomas d’Aquin.
Cette quête des chercheurs est à tout le moins une tentative d’usurper ou plutôt de singer un pouvoir divin.











