Avant la guerre russe contre l’Ukraine, la Suède était en tête de tous les pays du monde pour ce qui est des paiements électroniques et prévoyait d’en avoir fini avec l’argent liquide dès 2030. Le mouvement était suivi par les commerces, beaucoup ayant même abandonné leurs tiroirs-caisses, et les SDF se mettaient à la mode du TPE ou du paiement par smartphone pour faire la manche sans espèces.
C’est la guerre, donc, qui a persuadé la Suède de faire marche arrière, en raison des risques de cyberattaques qu’elle a fait percevoir, et la vulnérabilité d’une économie ne fonctionnant plus que grâce à internet et au numérique – et donc aussi à l’électricité. Aujourd’hui, le gouvernement suédois recommande aux citoyens de conserver au moins 1.000 couronnes (90 €) par personne à domicile et impose à divers types de commerce d’accepter l’argent liquide. Le « cashless » avait séduit, notamment en permettant un contrôle complet de toute transaction, mais la « guerre hybride » de la part de la Russie est perçue comme une menace réelle.
En Suède l’argent liquide est de nouveau à la mode
Les pharmacies et les commerces alimentaires sont priés de s’adapter à la nouvelle politique, pour la plus grande joie des plus âgés qui ont du mal avec les systèmes de paiement numérique. Mieux : les citoyens sont invités à recourir régulièrement aux paiements en numéraire pour en garder l’habitude dans une Scandinavie en pointe dans le rejet des espèces.
Les pays de l’UE, en revanche, affichent un recours beaucoup plus fréquent aux espèces dans les magasins.
Erik Theeden lui-même, gouverneur de la banque centrale Riksbank, se vante d’avoir pu récemment faire ses courses dans un supermarché dont les appareils à carte bancaire et autres formes de paiement numérique étaient en panne – il était le seul, d’ailleurs, à avoir de l’argent liquide sur lui.
Le cashless, une perspective risquée
Le Telegraph de Londres cite une femme médecin, Anna Chotigasatien, 41 ans, qui se sert encore des espèces uniquement pour distribuer de l’argent de poche à ses enfants et qui note : « Je pense que les entreprises seront irritées par ce changement, car je considère que le risque de vol et celui que les choses tournent mal sont actuellement bien moindres » grâce aux paiements dématérialisés.
Mais elle reconnaît le risque de répercussions négatives : « La Suède est le genre de pays qui veut toujours être à la pointe dès qu’une nouveauté apparaît ; par exemple, nous avons été parmi les premiers à introduire les iPad à l’école. Aujourd’hui, on se rend compte que ce n’est en réalité pas très bon : les enfants ne savent plus écrire ni se servir, par exemple, de ciseaux, car ils n’utilisent plus leurs mains. Nous avons essayé d’être un peu trop en avance sur notre temps. »
Alors qu’on vient d’assister en France à une cyber-attaque sur les réfrigérateurs et congélateurs de centaines de supermarchés, avec des dizaines de millions d’euros de denrées gâchées, le choix suédois se comprend d’autant mieux.
Et la meilleure manière de peser sur le cours des choses, à la fois pour la défense des libertés et la réaction aux nouveaux risques qui nous entourent, est assurément pour chacun de continuer à payer en espèces aussi souvent que possible.











