Affaire Epstein : deux phases, deux camps

 

La publication de 3.500.000 documents relatifs à l’affaire Epstein est à la fois si brutale, massive et copieuse, d’ailleurs accompagnée par un tel tintamarre de commentaires discordants dont beaucoup ne recherchent pas la vérité, qu’il me semble nécessaire de poursuivre et compléter la réflexion qu’Anne Dolhein et moi-même avons commencée. Un phénomène doit être mis en lumière : cette affaire est double, et même doublement double : elle comporte deux phases qui opposent deux camps. La première phase a duré jusqu’aux derniers mois de 2025, c’est la phase du silence. Malgré des premiers témoignages remontant à trente ans, une première condamnation en 2008 suivie d’autres accusations et une mort suspecte en prison en 2009, il n’y a pas eu d’affaire Epstein jusqu’à maintenant. Quelque chose d’incroyable dans le monde médiatique d’aujourd’hui. Un super circulateur, intermédiaire, entremetteur, a pu tranquillement monter un réseau mondial de corruption, de renseignement et d’influence au moyen de l’argent et de la prostitution, au profit de son camp, celui du mondialisme US ami d’Israël. Aujourd’hui cette affaire qui n’existait pas éclate d’un coup, au profit d’un autre camp : celui du mondialisme non US et non ami d’Israël.

 

Les composantes juive et non-juive de l’affaire Epstein

Anne Dolhein a fort bien démêlé les confusions que peut engendrer le mot « judéo-maçon ». Pour autant, nier la dimension juive de l’entreprise Epstein serait sot et maladroit. Les Wexner et Leon Black qui ont d’abord fait sa fortune sont juifs, comme l’était Robert Maxwell, le magnat de la presse britannique père de sa complice Ghislaine Maxwell. Comme Larry Summers, Dean Kamen, Glen Dubin, Allan Dershowitz, Woody Allen, Noam Chomsky, Jack Lang, Pierre Moscovici, Jean-Luc Brunel son pourvoyeur français de mannequins, Peter Mandelson, l’ambassadeur du Royaume-Uni à Washington dont la complaisance met aujourd’hui le gouvernement de Keir Starmer en danger, ou le diplomate français Fabrice Aidan qui, en poste à l’ONU, fit aimablement passer des documents à son ami Epstein. Mais bien sûr, en go-between de haut vol, celui-ci n’avait pas une vue communautaire de son métier, le prouvent ses liens avec la famille d’Angleterre et tant d’autres, de Steve Bannon à Bruno Le Maire en passant par Ariane de Rothschild, née Langner, veuve du baron Benjamin de Rothschild et PDG du Groupe Edmond de Rothschild.

 

Deux phases : la deuxième provoquée par le camp anti-Israël

L’affaire Epstein, par la divulgation en cascade des liens qui liaient ces personnalités au mort compromettant, apparaît donc, en première analyse, comme nuisant à ces personnes : une partie est juive, mais la presque totalité appartient à l’élite mondiale et mondialiste, financière, politique, artistique, et plus particulièrement cette partie, sinon expressément « de droite », du moins ouverte à la libre entreprise, au libre-échange, et surtout favorable aux Etats-Unis et à Israël (l’une des principales personnalités politiques compromises est Ehud Barak, ancien chef du Mossad et Premier ministre d‘Israël). La chose est plus frappante encore quand il s’agit de non juifs, tels l’ancien ministre slovaque des Affaires étrangères et conseiller de Robert Fico Miroslav Lajcak, et plus encore l’ambassadeur et vice-Premier ministre norvégien Terje Roed Larsen, qui fut, avec sa femme Juul, la cheville ouvrière des accords d’Oslo. Ancien travailliste, proche collaborateur de Jeffrey Epstein, il a contribué à rapprocher le mouvement MAGA et les populismes européens. Poursuivi lui-même pour corruption, il décrit Epstein comme son « meilleur ami » et « un homme profondément bon ».

 

En lançant l’affaire Epstein, Trump marque aussi contre son camp

On pourrait multiplier de tels exemples : c’est à la part occidentale, pro-américaine et pro-israélienne des élites mondiales que nuit la phase deux de l’affaire Epstein, son grand déballage, et le battage fait autour du mot « pédocriminel » et l’exploitation de « très jeunes femmes » correspond à l’état actuel de la sensibilité occidentale, que la campagne MeToo a modifiée. Cette nature de la cible pourrait expliquer que Joe Biden et son gouvernement n’aient rien fait entre 2020 et 2024 pour rendre l’affaire publique et élucider le cas Epstein. Elle expliquerait de même l’inaction de la justice française, qui, selon notre consœur Marianne, a de nombreux documents en sa possession depuis la perquisition effectuée en 2019 au domicile parisien d’Epstein. Et elle expliquerait aussi la longue réticence de Donald Trump à lancer le processus de publication des documents, malgré ses promesses de campagne. Sans doute le fait que de très nombreuses figures démocrates, dont les Clinton, soient éclaboussées, l’a-t-il décidé quand même à l’approche des élections de mid-term.

 

Pauline Mille