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En Afrique du Sud, on veut éliminer Shakespeare des programmes scolaires

Afrique du Sud éliminer Shakespeare programmes scolaires
 
Que William Shakespeare fût blanc et anglais, nul ne saurait le contester. Mais même en admettant qu’il ne s’agisse pas forcément de qualités ou de titres de gloire, de là à en faire des défauts irréfragables il y a un pas… que des Africains du Sud sont tout à fait disposés à franchir, y voyant une raison d’éliminer le plus grand des dramaturges anglophones des programmes scolaires de leur pays. Le contact de Hamlet ou de Romeo et Juliette comporte à leurs yeux de dangereux relents de colonialisme. Sus à l’envahisseur, au méchant exploiteur !
 
Peu importe, soit dit en passant, que le premier colonisateur de l’Afrique du Sud, alors très peu peuplée, ne fût pas britannique mais vînt de Hollande, des Provinces-Unies… Comme les Noirs, les Anglais arrivèrent plus tardivement. Personne ne songe à « décoloniser » les curriculums scolaires de la littérature classique néerlandophone, pourtant, si tant est que celle-ci trouve sa place dans les programmes d’Afrikaans. On fait de la politique, pas des lettres ! Et si Shakespeare était enseigné à cause de son universalité ? Tant pis !
 
Décolonisation, donc. Le ministre de l’éducation d’Afrique du Sud, Angie Motshegka en a fait l’un des mots-clefs de la réforme en cours, qui veut mettre l’accent sur le recours accru aux romans, à la poésie, aux pièces de théâtre africains.
 

Eliminer Shakespeare des programmes scolaires – et pourquoi pas l’anglais ?

 
Un méchant esprit commente : « Si on faisait cela, on pourrait boucler le programme en une semaine. » La remarque est certainement injuste. Mais il reste que les romans, la poésie, les pièces évoqués par le ministre ont été écrits en anglais. Pourquoi ne pas dénoncer, en même temps que les œuvres, la langue du « colonisateur » ? Ce serait bien plus cohérent !
 
L’ennui, c’est que l’enseignement deviendrait alors quasi impossible, et que les enfants sud-africains, quelle que soit leur couleur, seraient les principales victimes d’un appauvrissement dramatique. Injuste ou non (c’est un autre débat, volontiers interdit aujourd’hui) la colonisation a apporté au continent noir une richesse immense avec les langues européennes qui permettent aujourd’hui aux populations noires d’hériter d’un patrimoine à valeur universelle. Et de traiter avec le monde entier sur un pied d’égalité, pour comprendre et se faire comprendre.
 

L’Afrique du Sud veut « décoloniser » les esprits par le vide

 
Shakespeare parle d’humanité et de vérités universelles, d’amour et de jalousie, de pouvoir et de conquêtes, du courage comme de la haine, des grandes interrogations dont il serait colonialiste (au sens péjoratif du terme) de prétendre que les jeunes Africains ne puissent les comprendre et les partager.
 
La logique de la censure du poète du XVIe siècle par esprit de décolonisation ou de volonté de rester entre soi exigerait d’ailleurs que les Anglais en fassent autant. Pourquoi imposer aux petits Britanniques Jules César, abominable Romain venu coloniser les Angles, les Celtes et les Pictes ? Pourquoi les faire frissonner devant les émois de Juliette à Vérone, alors qu’il ne s’agit que d’une histoire de Ritals bronzés ? Et Hamlet, et son « être ou ne pas être », n’est après tout que le représentant d’un peuple de colonisateurs ratés – les Danois d’origine étant aujourd’hui fort peu nombreux en Grande-Bretagne… Quitte à apprendre Shakespeare, ils pourraient s’en tenir à Richard III et Henri VIII
 
Bref, toute cette histoire, tempête dans une très britannique tasse de thé, en dit long sur le caractère étriqué et finalement raciste des décolonisateurs extrêmes, prêts à priver leurs enfants de la joie des découvertes littéraires sous prétexte d’un bête pied de nez à l’histoire.
 

Anne Dolhein

 

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Polonius dans Hamlet :
« Give every man thy ear but few thy voice.
Take each man’s censure but reserve thy judgment. »