Shakespeare : on a réussi à trouver du racisme dans les « ténèbres » de Macbeth

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Tout est bon dans Shakespeare. Sauf ce qui contrevient ou plutôt ce qu’on imagine contrevenir aux impératifs du politiquement correct. Cherchez bien et vous trouverez… toujours ! Quitte à passer pour le dernier des abrutis, même et surtout peut-être si vous êtes un expert. Une universitaire a ainsi affirmé que les références à l’obscurité dans Macbeth étaient une tentative de renforcer les idées de suprématie blanche… « Les ténèbres » ! Ben voyons.

Il y a trois ans, la maison d’édition de la romancière anglaise Agatha Christie rebaptisait son roman le plus célèbre, Les Dix petits nègres, en Ils étaient dix. On franchit gentiment un autre cap : celui de la pseudo-intention métaphorique des mots. Racisme, quand tu nous tiens…

 

Déconstruire la culture européenne : le racisme de Shakespeare

C’était une discussion en ligne organisée sur le site internet du Shakespeare’s Globe, théâtre londonien, réplique de l’ancien théâtre du Globe, célèbre pour avoir abrité de nombreuses représentations des pièces de William Shakespeare.

« Anti-Racist Shakespeare », tel était l’intitulé de ce débat qui n’en avait que le nom. Y ont participé, en particulier deux « experts » dont les sorties ont été remarquées à défaut d’être remarquables.

Tout d’abord, Kathryn Vomero Santos, professeur d’anglais à l’Université Trinity au Texas, a déclaré que le langage utilisé dans Macbeth démontrait les prétendus préjugés raciaux du dramaturge du XVIIe siècle. Selon des commentaires parus sur le Daily Mail, elle a affirmé que l’utilisation de mots tels que « chauve-souris », « scarabée », « noir » et « nuit » pourrait être considérée comme des exemples de langage « racialisé », dans la pièce qui examine la nature corruptrice du pouvoir.

Faisant référence à une scène dans laquelle le personnage principal est appelé « Macbeth noir », l’universitaire américain aurait déclaré : « Je pense qu’il est important d’aider nos étudiants à voir comment une pièce, que nous ne reconnaissons peut-être pas immédiatement comme une pièce de théâtre “Race Play” s’appuie sur un langage racialisé et joue sur la dichotomie entre la blancheur et la noirceur, l’obscurité et la lumière. »

 

Les « ténèbres » de Macbeth, une pièce « race play »

A noter quand même que « race play » est une forme de jeu de rôle sexuel dans lequel les joueurs mettent en scène des situations à caractère raciste, telles que des relations interraciales entre esclaves et maîtres. Donc, selon ce professeur, Macbeth ne se voit pas immédiatement une pièce de théâtre « race play », mais à y réfléchir, toujours selon elle, elle peut se concevoir comme telle !

Ubuesque.

Ce professeur a été soutenu par la dramaturge Migdalia Cruz qui a aussi qualifié le barde de « raciste », soulignant l’utilisation des termes « Maure », « Turc » et « Juif ». « Je ne vais pas faire de lui un raciste, il est raciste – mais raciste de son temps. A son époque, tout le monde était raciste. »

A noter que ces deux personnalités ont aussi une fâcheuse tendance à revoir les textes originaux, pour les « réviser ». Adapter les textes complexes d’hier aux esprits limités d’aujourd’hui ou aux oukazes du politiquement correct : c’est un sport woke très répandu.

En 2018, Cruz a produit une « traduction » de Macbeth dans le cadre d’une série d’interprétations destinées à « présenter l’œuvre du barde dans un langage accessible au public moderne ». Kathryn Vomero Santos, pour sa part, a contribué à la constitution d’une collection de « récits d’œuvres de Shakespeare par des écrivains latinos et autochtones qui placent les histoires dans des contextes plus familiers ».

 

« L’anachronisme moral », plaie du XXIe siècle

Ces affirmations interprétatives péremptoires n’ont pas manqué de générer, heureusement, quelques réactions. L’universitaire britannique Frank Furedi, professeur émérite de sociologie à l’Université de Kent, a déclaré : « Je pense que tous les commentaires souffrent de ce que j’appelle l’anachronisme moral, qui implique une lecture de l’histoire à rebours et projette sur le passé les obsessions de l’écrivain contemporain – en l’occurrence, la race et la noirceur. »

L’historien reconnu de l’Angleterre à l’ère de Shakespeare, Jeremy Black, a ajouté : « L’idée de la noirceur comme mal et comme couverture du crime s’appuie sur des peurs de longue date de l’obscurité et ne doit pas être confondue avec le racisme. » Avec un nom pareil, il tombait à point nommé…

Souvenez-vous, en 2018, un théâtre dans le Tennessee qui diffusait, depuis 34 ans, chaque été, l’immense Autant en emporte le vent, a coupé court à sa tradition, au motif que de nombreux spectateurs potentiels l’accusaient d’« insensibilité » et de « racisme ».

On donne combien de temps à Macbeth ?

 

Clémentine Jallais