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Arte donne pour Noël un feuilleton-documentaire « Jésus et l’islam »

Arte Jésus islam
 
La chaîne télévisée franco-allemande Arte se veut un phare de la culture contemporaine. Le niveau intellectuel moyen des émissions proposées reste effectivement supérieur à celui de l’ensemble du paysage audiovisuel, il est vrai parfaitement affligeant. Mais cette ambition intellectuelle affichée ne s’effectue pas du tout dans un sens conservateur, ou chrétien. Arte reste très ouverte à toutes les sensibilités de l’extrême-gauche. Le traitement de la crise dite des « migrants » a été ainsi révélateur, avec un enthousiasme militant et constant pour l’invasion, sans aucun seuil maximal prudentiel fixé, de notre continent. Sur les questions morales, le militantisme le plus convenu de notre époque est développé, avec des émissions non seulement pour le « mariage » homosexuel, mais pour la PMA-GPA, etc.
 
La religion serait-elle méprisée comme quelque relique du passé, en bonne logique de gauche attachée à un supposé « Progrès », et pensant à l’évidence une société sans Dieu ? Au-delà de la large indifférence et du mépris communs, à la télévision comme dans les médias désinformateurs en général, qui fait que l’on parle de mystérieuses « fêtes de fin d’année », et surtout pas de « Noël » ou de l’Incarnation du Christ, Arte entend mener des réflexions intellectuelles libres sur le christianisme. Cette liberté consiste à reprendre la pire propagande matérialiste haineuse, et intellectuellement faible du XIXème siècle, dans le sillage de sociétés militantes comme la Libre-Pensée.
 
Ainsi Arte a-t-elle connu quelque célébrité en la matière du militantisme primaire antichrétien, avec le feuilleton documentaire « Corpus Christi » en 1997, dirigé par messieurs Gérard Mordillat et Jérôme Prieur. Sur le ton d’une fausse érudition s’accumulent les pires poncifs antichrétiens. Après quelques suites dans la même veine, attaquant frontalement le christianisme, Arte a proposé, pour ce mois de décembre 2015, un feuilleton-documentaire sur Jésus et l’islam par les mêmes réalisateurs vedettes Mordillat et Prieur. Le ton est-il le même ? Y a-t-il continuité avec la démarche de « Corpus Christi » ?
 

“Corpus Christi” et ses suites, festival de haine antichrétienne diffusé par Arte

 
Corpus Christi, ou le corps du Christ, reprenant la formule qui est celle de l’Eglise pour désigner l’hostie consacrée, a, au fil des heures, collectionné toutes les théories connues contre l’Eglise et son enseignement. Les interventions de personnalités multiples ont permis de tout accumuler, sous le couvert apparent d’ouverture à de multiples hypothèses… Ainsi, les Evangiles n’auraient été qu’une fabrication tardive des IIIème et IVème siècle, ne renseignant donc en rien sur le Christ historique et son message authentique… Pourtant de longs commentaires des Evangiles sont proposés, pour leur faire dire le contraire de l’interprétation traditionnelle de l’Eglise, en niant leur sens évident, explicite ou implicite. Toutes ces élucubrations seraient logiquement sans valeur, si l’on admet l’absence de fondement historique des Evangiles, rendant un Christ historique inconnaissable. Mais tout cela est montré dans une logique d’accumulation de toutes les théories contre l’Eglise.
 
Les experts, ou prétendus tels, sollicités par les réalisateurs, se résumaient à une collection de penseurs athées militants, de rabbins très hostiles au christianisme, de « chrétiens avancés » qui paraissent ne plus croire en rien le message évangélique et servent de caution d’ouverture à l’entreprise de démolition du christianisme, suivant une tactique éprouvée.
 
Selon eux, Jésus aurait été l’aîné d’une famille nombreuse, Joseph et Marie ayant de nombreux enfants, l’époux de Marie-Madeleine, et un rabbi philanthrope parmi d’autres, mais incompris. Il aurait été récupéré deux ou trois siècles plus tard, son message subissant un retournement complet, par des sectes gnostiques d’origine païenne violemment antijuives… Cela pour l’interprétation délirante, qui semble émerger parmi tant d’hypothèses formulées, des premiers siècles de l’Histoire chrétienne.
 
Cette veine grossièrement blasphématrice – et gratuite car elle ne repose sur aucune donnée historique ou philologique sérieuse – a été prolongée par les mêmes auteurs, et le même diffuseur Arte, avec l’Origine du Christianisme (2004) et l’Apocalypse.
 
La cohérence interne de cet ensemble n’est pas évidente pour le moins. La cohérence externe l’est : une haine virulente du christianisme. Le Christ aurait été un rabbin philanthrope, un pur Juif s’adressant aux Juifs (ce qui au passage procède d’une confusion pourtant énorme entre Judaïsme antique et Judaïsme moderne ou médiéval, religion nouvelle fondée sur les Talmuds), un homme et rien qu’un homme au message perverti par la « secte » chrétienne…
 

Une forme de suite, Jésus dans l’islam

 
Le nouveau feuilleton documentaire peut surprendre par le ton d’ensemble. Aucune haine apparente n’en suinte. La démarche intellectuelle est beaucoup plus honnête. Les islamologues occidentaux consultés connaissent leur sujet, font preuve d’un esprit critique nécessaire, mais sans user de reconstructions acrobatiques. Certains penseurs musulmans, issus de grandes universités islamiques, de Tunisie ou d’Egypte, sont invités loyalement à donner leur opinion, développent leur pensée sans être coupés. Dans Corpus Christi, on ne rencontrait que des adversaires du christianisme, les nuances allant du calme à l’hystérie.
 
Certes, il y a un point majeur, qui apparaît au moins implicitement plusieurs fois, et qui se trouve être incompatible avec la doctrine musulmane : le Coran n’est évidemment pas la parole d’Allah, tombée du ciel ou dictée à Mahomet, mais une création humaine effectuée autour de l’an 700, probablement entre 650 et 700. Ces réflexions honnêtes, justes, rendent par moment le feuilleton intéressant.
 
Toutefois, celui-ci glisse vite dans le pénible par sa volonté d’apologie de l’islam. Cette croyance n’est qu’humaine, mais présentée de façon aseptisée, rationnalisée, parfaitement au goût des réalisateurs. On retrouve l’islam imaginaire des « Philosophes » du XVIIIème siècle, le plus souvent francs-maçons, antichrétiens, croyant reconnaître dans l’islam le déisme de leurs rêves. Il n’est en rien pourtant.
 

Une vision musulmane peu cohérente, et exposée avec complaisance

 
Le Coran est d’ailleurs contradictoire sur Jésus/Issa et ses proches, infiniment plus que ne le sont les très légères variations des Evangiles qui avaient été outrées jusqu’à en faire, dans Corpus Christi et ses suites, de prétendues contradictions insolubles ou aberrations manifestes…
 
Pour sa part, Marie/Maryam, mère de Jésus, est confondue avec Myriam, sœur de Moïse. Il se trouve de nombreux exégètes musulmans pour soutenir l’occultation durant 1500 ans de Jésus, parti en dormition dans une autre dimension, ou hibernant dans une grotte, et qui serait ressorti vers l’an 30 pour annoncer l’islam. Jésus annonçant l’islam est en soi une pure extravagance. Quant à la théorie commune de la dormition ou occultation de Jésus, peu convenable pour un public rationaliste, elle n’a été, sauf distraction de notre part, jamais mentionnée, sur des heures et des heures de film, pas même au titre de pieuse légende. Un fonds de malhonnêteté des réalisateurs ressort là nettement. Certains docteurs musulmans raisonnables évoquent simplement une homonymie ou quasi homonymie entre Maryam et Myriam, et Myriam a pu avoir un fils prénommé Issa aussi, et l’Occidental ignorant de l’islam se contentera volontiers de cette « explication ».
 
Ces théologiens musulmans aboutissent, en réponse à la question incongrue « Jésus est-il martien ? », à la théorie bizarre d’une création à part de Jésus, directement par Allah, comme Adam. Mais n’est-il pas aussi réputé né d’une femme, Marie, alors qu’Adam n’est pas né d’une femme ? La contradiction évidente n’est pas même relevée. Des savants juifs reprennent leur légende noire d’un Jésus fils naturel d’un soldat romain ; Mahomet n’aurait pas apprécié cette histoire, d’où des variations poétiques. Que de respect d’ailleurs en comparaisons des écrivains sacrés chrétiens, non pas fins poètes, mais affreux « faussaires », dans les feuilletons précédents. Quant à la haine des Juifs et des chrétiens mentionnée dans le Coran, elle s’expliquerait par de mauvaises interprétations de Jésus ; la bonne serait celle donnée par Mahomet, homme de paix, respectueux, responsable, et les invectives, sinon appels au meurtre, qui lui sont reprochés le seul fait d’excités postérieurs…
 
En outre, et cela ne fait l’objet d’aucune question, on en arrive à cette bizarrerie pourtant majeure : Mahomet n’est qu’un homme, né d’un père et d’une mère humains parfaitement normaux, aucun musulman ne le nie, et Jésus serait un surhomme, nouvel Adam, créé directement par Allah. Jésus ne serait d’ailleurs pas mort sur la Croix, et donc pas ressuscité, ce qui, à la satisfaction des réalisateurs, contredit sur un point fondamental la doctrine catholique ; mais il aurait connu un traitement très particulier, Jésus n’étant jamais mort, mais occulté, ou occulté pour une deuxième fois. Il est étonnant d’entendre ces choses sans la moindre ironie ou critique. Il reste que Mahomet, lui, est bien mort. Ainsi, Allah aurait particulièrement honoré Jésus, beaucoup plus finalement que Mahomet. Et pourtant Jésus serait inférieur en dignité à Mahomet. Ce système musulman ne tient pas, en simple logique, mais la chose n’est jamais relevée, du fait d’une complaisance formidable.
 

Le Jésus de l’islam, compatible avec l’antichristianisme

 
Le Jésus de l’islam, homme sympathique, et rien qu’un homme, annonçant pourquoi pas l’islam, mais l’islam dans sa version déiste maçonnisée imaginaire, convient donc parfaitement aux antichrétiens militants. On pourrait s’en étonner. Dans la logique rationaliste pure, l’islam, pour qui le connaît, en ses principes et ses pratiques, dans l’actualité la plus brûlante dans le monde entier, devrait être l’objet d’une entreprise de démolition intellectuelle encore plus sévère que le christianisme. Or, il n’en est rien, ce qui prouve que la volonté supérieure n’est pas quelque impossible « émancipation » de tous les esprits humains de toutes les systèmes de croyances religieuses, mais l’éradication du christianisme. Nul doute que pour cet objectif, l’islam soit un auxiliaire des plus puissants, et qu’il soit donc respecté à ce titre.
 

Octave Thibault

 
Annonce du site d’Arte :
 
Auteurs et réalisateurs : Gérard Mordillat, Jérôme Prieur. Producteurs : ARCHIPEL 33, ARTE France. Nationalité : France.
 

FRAIS DE PORT OFFERTS

 

Jésus, figure fondatrice du christianisme, est aussi un personnage exceptionnel dans le Coran. Pourquoi ? Comment ?

 
Les auteurs de « Corpus Christi » mènent l’enquête auprès de vingt-six des plus grands spécialistes mondiaux et explorent l’émergence de l’islam du temps de Mahomet. A partir de l’analyse minutieuse de versets du Coran, évoquant à leur manière la crucifixion de Jésus « en apparence », la série soulève peu à peu toutes les questions que pose le texte, tant dans ses dimensions théologiques que littéraires et historiques.
 
Une série documentaire en 7 épisodes.