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L’attaque de Trump contre la Syrie : illĂ©gale et inconstitutionnelle

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Ivanka Trump


 
Est-il vrai qu’Ivanka, fille de Donald Trump, est celle qui a dĂ©clenchĂ© l’attaque amĂ©ricaine contre une base militaire de Bashar el-Assad en Syrie ? La presse croit savoir qu’un tweet postĂ© mercredi matin par la jeune femme, oĂą Ivanka disait avoir « le cĹ“ur brisĂ© Â» par les images de l’attaque chimique Ă  Idlib, a poussĂ© le prĂ©sident des Etats-Unis Ă  envoyer 59 missiles sur une base aĂ©rienne, mettant hors d’Ă©tat de voler 20 % des avions de l’armĂ©e syrienne. Selon la presse, encore, une source proche de la famille Trump a dĂ©clarĂ© : « De plus en plus, Ivanka a une influence croissante sur son père. Elle le conseille souvent et elle avait très clairement exprimĂ© son point de vue selon laquelle il fallait agir contre Assad d’une façon ou d’une autre. Â» On peine Ă  croire que cela puisse correspondre Ă  la rĂ©alitĂ©, mais enfin les exemples de l’histoire ne manquent pas – pensez Ă  HĂ©rodiade et SalomĂ©. Ce qui est clair, en revanche, c’est que l’attaque de Trump Ă©tait illĂ©gale et inconstitutionnelle.
 
The New American publie une intĂ©ressante analyse de cette actualitĂ© explosive en mettant en lumière les raisons pour lesquelles de nombreux soutiens de Trump sont aujourd’hui effarĂ©s par le choix de leur champion de dĂ©clencher les hostilitĂ©s contre la Syrie.
 

IllĂ©gale et inconstitutionnelle : l’attaque contre la Syrie dĂ©noncĂ©e aux Etats-Unis

 
Le pouvoir de dĂ©clarer la guerre appartient au Congrès des Etats-Unis, et non au prĂ©sident : c’est le principe incontournable que Trump lui-mĂŞme affirmait il y a peu encore. Ce sont mĂŞme ses vives critiques Ă  l’Ă©gard d’Obama dĂ©clenchant des opĂ©rations sans en rĂ©fĂ©rer aux Ă©lus du peuple qui ont dĂ©terminĂ© de nombreux Ă©lecteurs Ă  le choisir d’abord comme candidat des RĂ©publicains, puis comme prĂ©sident des Etats-Unis.
 
Aujourd’hui, son administration fournit une argumentation juridique abondante pour justifier l’attaque contre une nation souveraine, qui pourtant n’a pas attaquĂ© les Etats-Unis. Il se serait agi de protĂ©ger « un intĂ©rĂŞt de sĂ©curitĂ© nationale vital Â», empĂŞcher « la diffusion et l’utilisation d’armes chimiques mortelles Â», comme l’a dĂ©clarĂ© Trump lui-mĂŞme Ă  la suite de l’attaque. Abandonnant les arguments tirĂ©s du droit international, lui et ses aides ont invoquĂ© l’article 2 de la Constitution amĂ©ricaine, sans pour autant le citer, comme autorisant le prĂ©sident Ă  engager des opĂ©rations militaires sans permission du Congrès.
 
Le citer eĂ»t Ă©tĂ© difficile, en effet. Aucun Ă©lĂ©ment de l’article 2 ne peut ĂŞtre interprĂ©tĂ© en ce sens. Il a Ă©tĂ© question de « l’intĂ©rĂŞt national Â» des Etats-Unis, mots qui ne figurent nullement dans la Constitution amĂ©ricaine. Et c’est cet intĂ©rĂŞt national qui aurait Ă©tĂ© servi par « la promotion de la stabilitĂ© rĂ©gionale qui est menacĂ© par l’utilisation d’armes chimiques Â», ainsi que par « la protection d’une population civile d’atrocitĂ©s humanitaires Â». Pour parler familièrement : c’est du flan. L’article 1, section 8 de la Constitution amĂ©ricaine rĂ©serve exclusivement le droit de dĂ©clarer la guerre au Congrès.
 

Donald Trump sous influence ?

 
Le plus intĂ©ressant, c’est qu’avant de devenir prĂ©sident, Trump l’affirmait lui-mĂŞme haut et fort. En 2013, il qualifiait d’« erreur grossière Â» l’Ă©ventuelle dĂ©cision du prĂ©sident Obama d’attaquer la Syrie sans accord du Congrès. Quelques jours après, toujours sur Twitter, Trump Ă©crivait : « Que nous apportera le bombardement de la Syrie sinon davantage de dette et un possible conflit Ă  long terme ? Obama doit obtenir l’approbation du Congrès. Â»
 
Le mois suivant, en septembre 2013, Trump mettait en garde « notre très sot leader Â» – Obama – contre une attaque visant la Syrie. « Si vous faites cela, beaucoup de consĂ©quences nĂ©gatives en dĂ©couleront et les Etats-Unis n’ont rien Ă  tirer de ce conflit Â», affirmait-il sur les rĂ©seaux sociaux. Au dĂ©but de 2013, il avait dĂ©jĂ  dit de manière plus vive : « Les rebelles sont aussi mauvais que le rĂ©gime actuel. Qu’obtiendrons-nous en Ă©change de nos vies et de nos milliards ? ZĂ©ro. Â» Exemple parmi d’autres.
 
Ce sont clairement ses proches, tel le secrĂ©taire d’Etat Rex Tillerson, qui ont soutenu l’idĂ©e d’une intervention au nom de la mise en garde contre la violation des normes internationales contre l’utilisation d’armes chimiques. Mais la Constitution amĂ©ricaine ne fait pas des Etats-Unis le gendarme du monde ou le gardien du droit international.
 

Trump attaque la Syrie : des relents de montage

 
Si les « nĂ©ocons Â» ont rĂ©ussi au cours de mandats prĂ©cĂ©dents Ă  justifier les opĂ©rations militaires engagĂ©es par les prĂ©dĂ©cesseurs de Trump, le texte qu’ils ont fait voter par le Congrès, la War Powers Resolution, reste lui-mĂŞme inapplicable dans le cas prĂ©sent. Cette loi Ă©nonce clairement les cas oĂą le prĂ©sident peut agir sans en rĂ©fĂ©rer au prĂ©alable au Congrès : une dĂ©claration de guerre visant les Etats-Unis, dans le cadre d’une autorisation statutaire spĂ©cifique, ou en cas d’urgence nationale créée par une attaque contre les Etats-Unis. Et c’est tout. Et cela reste la loi mĂŞme si d’autres prĂ©sidents ont pris des libertĂ©s avec les textes.
 
Que la dĂ©claration de guerre oĂą le dĂ©clenchement d’hostilitĂ©s militaires soit une compĂ©tence des Ă©lus et non du prĂ©sident est avant toute une garantie contre le pouvoir d’un seul homme. Si cet homme est influençable au point oĂą semblent le rĂ©vĂ©ler les mĂ©dias, on peut s’attendre Ă  bien des folies.
 

Anne Dolhein