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Mythes de l’avortement : au classement international de la protection de la vie, la Pologne est 127e et la France 164e

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Plusieurs mythes ont la vie dure en ce qui concerne l’avortement dans le monde, et l’association polonaise d’avocats et juristes pro-vie et pro-famille Ordo Iuris présentait mercredi à Varsovie un rapport destiné à rétablir quelques vérités. Cet effort s’inscrit dans le combat mené en Pologne pour interdire les avortements eugéniques. Ordo Iuris s’est donc intéressé aux législations sur l’avortement dans 196 pays du monde afin d’établir un classement international à la lumière de la protection de la vie humaine pendant sa phase de développement prénatal. Le premier mythe renversé par ce rapport, c’est celui d’une Pologne qui aurait une législation très restrictive en matière d’avortement. En réalité, cette affirmation n’est vraie qu’à l’échelle européenne car, à l’échelle mondiale, 126 pays sur 196 ont des législations plus restrictives que la Pologne, et plus de 160 ont des législations plus restrictives que la France. N’en déplaise aux progressistes français, il n’existe pas de droit international à l’avortement et la banalisation de l’avortement érigé en « droit inaliénable » de la femme est l’exception, et non pas la règle.
 

Le premier des mythes sur l’avortement : la France serait dans la norme et la Pologne aurait une législation exceptionnellement restrictive

 
En tête du classement, on trouve, outre Malte et l’Irlande (sans doute plus pour longtemps), principalement des pays d’Amérique latine et d’Afrique ainsi que certains pays musulmans et des îles du Pacifique. Tout en bas du classement se trouvent des pays européens, les Etats-Unis, Singapour et enfin quatre pays où il est possible d’avorter sur simple demande pendant les neuf mois de la grossesse : la République populaire de Chine, la Corée du Nord, le Vietnam et… le Canada. Le classement des pays européens est fermé par la Grande-Bretagne (191e) où il est possible d’avorter sur simple demande jusqu’à la 24e semaine de grossesse, une étape du développement où l’on arrive parfois à sauver les bébés nés prématurément.
 

Dans le classement international du « droit à l’avortement, le Canada aussi « progressiste » que la Chine, le Vietnam et la Corée du Nord

 
Le deuxième mythe renversé par Ordo Iuris, c’est celui d’un effet de balancier des restrictions apportées à l’avortement. C’est un argument régulièrement opposé en Pologne aux défenseurs du droit à la vie qui voudraient mettre fin au scandale des enfants tués dans le ventre de leur mère en raison d’une anomalie ou maladie grave et incurable (concept étendu dans la pratique à des anomalies génétiques comme la trisomie 21 ou le syndrome de Turner). Même chez ceux qui se disent hostiles à l’avortement, y compris au sein de la majorité parlementaire actuelle, il est régulièrement fait référence au « compromis » de 1993 en vertu duquel l’avortement reste autorisé en Pologne mais uniquement en cas d’anomalie ou maladie grave de l’enfant à naître, de grossesse issue d’un viol ou d’un autre acte interdit par la loi (inceste…) ou de risque grave pour la santé physique ou la vie de la femme enceinte. C’est ce « compromis » qui pourrait être remis en cause en cas d’interdiction des avortements eugéniques, avec le risque de voir une future majorité libéraliser complètement l’avortement sur le modèle de l’Europe occidentale.
 

Le mythe très présent en Pologne d’un effet de balancier après l’introduction de restrictions sur l’avortement démenti par l’expérience

 
L’exemple aussi bien de la Pologne que des autres pays montre toutefois que cet argument est fallacieux. En Pologne, la loi de 1993 a renforcé l’attitude pro-vie de la société, et aujourd’hui les Polonais sont nettement plus hostiles à l’avortement qu’après la chute du régime communiste qui avait légalisé et banalisé l’avortement comme cela se pratique aujourd’hui en France. Les études conduites à intervalles réguliers par l’Institut CBOS témoignent de cette évolution favorable à la protection de la vie, et les sondages de 2016 montrent que plus de 80 % des personnes interrogées en Pologne s’opposent à la légalisation de l’avortement en cas de situation socio-économique difficile de la femme enceinte, et que le pourcentage de ceux qui s’opposent à l’avortement eugénique est passé en dix ans de 21 à 30 %. Quant aux pays qui ont imposé des restrictions très strictes sur l’avortement au cours des décennies écoulées (Malte et plusieurs pays d’Amérique latine : Salvador, Equateur, République dominicaine, Guatemala, Chili…), tous ont aujourd’hui une meilleure protection de la vie prénatale qu’avant l’adoption des lois interdisant presque totalement l’avortement, ce qui contredit la théorie de l’effet de balancier de ces lois.
 

Le mythe des 200.000 avortements clandestins

 
Les juristes d’Ordo Iuris ont aussi décortiqué les rapports successifs de l’organisation féministe et pro-avortement polonaise Federacja na Rzecz Kobiet i Planowania Rodziny (fédération pour les femmes et le planning familial) à l’origine des chiffres de 100 à 200.000 avortements qui seraient réalisés illégalement chaque année en Pologne et ils ont méthodiquement démonté ce troisième mythe. Les chiffres avancés dans ces rapports sont en effet uniquement basés sur les taux d’avortement de pays européens (France, Slovaquie et Hongrie) où l’avortement est légal et ils ne tiennent absolument pas compte des effets de l’interdiction de l’avortement sur simple demande en Pologne. En d’autres termes, pour avancer leurs chiffres, les organisations féministes polonaises sont parties de l’hypothèse qu’interdire l’avortement ne faisait que déplacer le problème en alimentant les avortements clandestins ou faits à l’étranger sans toutefois réduire le nombre d’avortements. Ceci a ensuite permis aux médias étrangers de colporter ces chiffres dans un but de propagande pro-avortement.
 
En réalité, outre les études d’opinion qui montrent que les Polonaises et les Polonais sont très majoritairement pro-vie et considèrent l’avortement comme un homicide, les seules données fiables nous viennent des avortements réalisés légalement en 1997, quand l’interruption volontaire de grossesse a été autorisée pendant près d’un an avant l’invalidation par la Cour constitutionnelle d’une modification de la loi sur l’avortement de 1993 par les sociaux-démocrates (SLD, post-communiste). Cette modification autorisait les avortements motivés par la situation socio-économique de la femme enceinte. En près d’un an, il y avait eu alors, selon les chiffres du ministère de la Santé, « seulement » 3.047 avortements dont 2.524 motivés par la situation personnelle de la femme enceinte. Et ce alors que chaque femme pouvait se faire avorter de manière « sûre » et gratuite dans les hôpitaux polonais.
 
C’est comme pour les fameux 200.000 avortements clandestins réalisés chaque année dans des conditions abominables en France avant la loi Veil : les promoteurs de ce chiffre partent du principe que, puisqu’il y a 200.000 avortements réalisés chaque année dans les maternités-avortoirs de France, c’est qu’il y en avait forcément déjà autant avant. Et puisqu’il y en avait autant, à quoi sert d’interdire l’avortement ?
 
Aujourd’hui, on appelle ce type de désinformation une fake news.
 

Olivier Bault

Correspondant à Varsovie