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La Banque d’Angleterre menace de remonter ses taux en cas de Brexit sans accord

Banque Angleterre menace remonter taux Brexit sans accord
 
Prendre des mesures au risque de porter atteinte à la croissance britannique n’est pas du tout exclu, a indiqué Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre qui envisage une hausse des taux en cas de Brexit sans accord. Bien qu’il ait affirmé qu’à son sens, ce n’était pas le scénario le plus probable, il a tenu des propos qui ressemblent fort à une menace, parfaitement cohérente si l’on considère le nombre de ses prises de position hostiles à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.
 
Mark Carney a déclaré qu’un divorce sans accord – le « cliff edge » pour reprendre l’image de la falaise utilisée par les Anglo-Saxons pour décrire ce qu’ils présentent comme un grand saut dans le vide – pourrait bien avoir des répercussions semblables à celles produites par le choc pétrolier des années 1970 avec une flambée des prix, situation où la baisse des taux d’intérêt ne serait que d’un très faible secours à une économie partant dans le mur.
 
Au cas où un départ « disruptif » – mot tout aussi chéri des exploitants de la dialectique que celui de « disruption » – ferait exploser l’inflation, il pourrait bien se révéler plus important de remonter lesdits taux d’intérêt à fin de contrôler celle-ci, plutôt que de soutenir la croissance, a indiqué le gouverneur au nom de ses camarades de la Commission de politique monétaire chargée à la Banque d’Angleterre de fixer les taux de base.
 

La Banque d’Angleterre alimente toujours le scénario de la peur

 
« Il y a des scénarios où le resserrement de la politique s’imposerait dans le cadre d’un Brexit sans accord, sans transition, désordonné, mais je voudrais insister sur le fait que la commission ne considère pas ce scénario comme le plus probable », a-t-il déclaré, ajoutant que « La politique monétaire peut aller dans les deux sens en cas d’absence d’accord : elle ne se dirigera pas automatiquement dans une direction plutôt que dans telle autre ».
 
Prise de position intéressante, puisqu’elle montre que la Banque d’Angleterre se réserve d’agir comme elle l’entend, quels que soient les conséquences heureuses ou néfastes sur l’économie britannique. Et ce du haut de son statut indépendant à l’égard du pouvoir politique et de tout contrôle.
 
De toute façon, Mark Carney a voulu insister une nouvelle fois sur les conséquences désastreuses du Brexit, apportant sa pierre au « Project Fear », l’invocation de la Grande peur pour décourager les Britanniques de mener à bien la volonté qu’ils ont exprimée lors du référendum de juin 2016, lui-même précédé d’une avalanche d’annonces catastrophiques.
 

Un Brexit sans accord pourra pousser la Banque d’Angleterre à remonter ses taux

 
Il a donc annoncé qu’il y a un risque de voir un Brexit sans accord peser lourdement sur la capacité de l’économie à produire des biens, ce qui aboutirait à un déséquilibre à mesure que la demande dépasserait l’offre, avec une hausse des prix considérable alors que la Banque d’Angleterre a pour objectif indiscutable le maintien de l’inflation à 2 %. 2 %, chiffre quasi magique invoqué également par la Réserve fédérale américaine, on ne sait trop pourquoi ; sur le plan financier, c’est le niveau obligé auquel on doit tout sacrifier – croissance, économie, salaires, libertés.
 
Si la Banque d’Angleterre se targue d’avoir baissé ses taux et injecté des fonds à bon marché dans l’économie après le résultat du référendum pour calmer les marchés financiers et maintenir la confiance économique, son souci aujourd’hui est de dire qu’elle ne garantit pas d’agir de même en cas de Brexit sans accord parce que les pressions inflationnistes sont aujourd’hui plus importantes qu’alors.
 

La Banque Angleterre menace de peser sur l’économie jusqu’à compromettre la croissance

 
Actuellement, le taux de base voté par le comité de politique monétaire reste stable à 0,75 %, et ce dans un contexte d’affolement entretenu où – la chose n’est pas étonnante – 20 % des sociétés britanniques annoncent qu’un Brexit sans accord est aujourd’hui leur principale inquiétude, 30 % supplémentaires jugeant qu’il s’agirait d’un souci « significatif ». Les entreprises ont réduit leurs investissements mais la consommation reste au beau fixe, les salaires sont à la hausse et le chômage devrait passer de 4 à 3,85 % au cours des trois années à venir, dans le cadre d’une croissance améliorée qui passerait de 1,5 % à la fin de 2018 à 1,7 % par la suite.
 
Ces excellentes nouvelles pour les Anglais, qu’il est franchement difficile d’attribuer à quelques ajustements opérés par la Banque d’Angleterre à la suite du référendum de juin 2016, ne semblent pas affecter cette dernière qui garde les yeux inflexiblement braqués sur un hypothétique taux d’inflation.
 

Anne Dolhein