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Bouddhisme et changement climatique : Christiana Figueres, architecte de l’Accord de Paris, fait le lien

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La scène se passe en Californie. Il fait beau, le soleil inonde la grande salle du centre de méditation Spirit Rock (le rocher de l’esprit) non loin de Point Reyes. Une femme a pris la parole pour expliquer comment le bouddhisme lui a sauvé la vie – et, par la même occasion, l’Accord de Paris signé à l’issue de la COP 21 sous son aimable conduite. L’oratrice est Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques entre 2010 et 2016. Fille et sœur de présidents du Costa Rica, elle fait tout naturellement partie d’une jet-set puissante au plan global et on la présente comme l’architecte de l’accord sur le climat imposé à l’issue de la conférence onusienne en 2015. Et pour elle, il est clair qu’il y a un lien entre bouddhisme et lutte – sa lutte mais aussi celle des autres – contre le « changement climatique ».
 
C’est la journaliste Lucia Graves qui a assisté à cet événement aussi étonnant que révélateur en Californie, où pendant toute une journée, des militants environnementalistes, des instructeurs de yoga, des gourou bouddhistes et des passionnés de la méditation ont cherché ensemble comment faire entrer davantage de « pleine conscience » – le mindfulness, cette technique de méditation directement dérivée des pratiques bouddhiques – et de « bienveillance » (loving kindness) dans leur lutte pour le climat.
 

Christiana Figueres s’est tournée vers le bouddhisme en vue de l’Accord de Paris

 
Symboliquement, la journée coïncide avec le Sommet global sur l’action pour le climat organisé par le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, du 12 au 14 septembre derniers. On ne saura pas qui s’y sont retrouvés : hormis Christiana Figueres, nommément citée par la journaliste, il n’est question que de « diplomates de climat comme elle », de savants tibétains bouddhistes, et d’activistes qui ont payé de leur personne pour protéger la nature, telle Julia Butterfly Hill qui a vécu 738 jours dans un séquoia pour empêcher qu’il ne soit abattu.
 
Le témoignage du très haut fonctionnaire de l’ONU mérite qu’on s’y arrête. Mme Figueres a raconté comment, alors qu’elle travaillait à la préparation de la COP 21, elle a traversé l’épreuve la plus difficile de sa vie. « Je pensais : “Je me demande ce qui se passerait si je disparaissais à ce moment précis.” » Il semble qu’elle ait été submergée par son propre sens de sa responsabilité…
 
Elle en appelle à un ami : « Je lui ai dit : “Je suis suicidaire. J’ai cette responsabilité. Je n’y arrive pas. Il faut que je fasse quelque chose.” » L’ami l’interroge : « Que veux-tu faire ? » La réponse fuse : « Du bouddhisme. » Elle n’y connaît rien pourtant ; elle avoue qu’elle ne sait même pas épeler le mot.
 

Le changement climatique abordé par la méditation pleine conscience

 
Mais l’ami va lui faire découvrir les écrits de Thích Nhất Hạnh, moine bouddhiste zen vietnamien dont les livres sur la non-violence et la méditation pleine conscience ont atteint une grande popularité en Occident ; réfugié du Vietnam, il a enseigné plusieurs années à Paris. Christiana Figueres assure que ce moine lui a sauvé la vie, et qu’il a fait bien plus : « Ses enseignements ont été la lumière qui a guidé » son travail en vue de l’accord de Paris, lui permettant de rassembler les forces, la compassion et la concentration nécessaires à la réalisation de cette tâche.
 
Et d’encourager tout un chacun à « penser comme un Bouddha » : c’est ce qui permettrait selon elle aux citoyens ordinaires de transformer leur idéal climatique en action. « Parvenir à trouver de la force dans notre douleur au niveau individuel, c’est ce qu’il nous faut faire au niveau global », proclame-t-elle, gourou à son tour. Ne surtout pas laisser cette tâche aux politiques. Eveiller les consciences.
 
Le cofondateur du centre Spirit Rock, Jack Kornfield, renchérit. Thích Nhất Hạnh n’a-t-il pas imaginé que « le prochain Bouddha » pourrait ne pas prendre la forme d’un individu, mais plutôt d’une « communauté pratiquant la compréhension et la bienveillance » ? A chacun de s’y mettre. « Nul ne saurait laisser cette responsabilité entre les mains des leaders spirituels, des leaders du climat », insiste-t-il.
 

Plein de petits bouddhas pour faire le grand Bouddha communautaire ?

 
Tous ces allumés vont alors s’interroger sur la manière de faire passer le message. Faire peur, insister sur tout ce qui est négatif, ou bien insuffler davantage d’espoir dans le discours ? Ceux qui suivent attentivement l’actualité auront remarqué qu’on entend aujourd’hui des « réchauffistes » répéter avec des étoiles dans les yeux qu’on va y arriver, qu’on va rester en deçà des 2 degrés de réchauffement depuis le début de l’air industriel. C’est aussi une façon de manipuler l’opinion…
 
Dans ce centre de méditation californien, on évoque la « schizophrénie » que cela risque d’entraîner. Quelques jours plutôt, lors du sommet de Jerry Brown, on avait parlé d’un nouveau sentiment d’» anxitation » : entre anxiété et excitation. A Spirit Rock, on s’interroge sur la nécessité de l’indignation et des émotions négatives, sur leur utilisation pour faire bouger la base, manipulation ou manière de susciter une juste colère. Il faut simplement, conclut-on, se contenter de ne pas se laisser exclusivement diriger par sa colère, « ne pas sauver la Terre par peur ou anxiété mais parce qu’on l’aime ».
 
Où l’on devine très clairement les accents religieux de la lutte contre le réchauffement – et l’utilité qu’aura à cette fin la rapide expansion de la méditation pleine conscience, passée d’abord par les hippies et le mouvement New Age pour atteindre aujourd’hui les lieux plus ordinaires, comme le souligne Lucia Graves. La Californie a toujours été à la tête de cette tendance.
 

Le lien entre le bouddhisme et la lutte pour l’environnement confirmée par Christiana Figueras, qui fut haut fonctionnaire de l’ONU

 
La méditation pleine conscience est présente aussi bien dans les écoles que dans l’armée américaine, les sociétés cotées en bourse la proposent à leurs employés pour améliorer leur bien-être et leur productivité. Un probable futur candidat à la présidence américaine, Tim Ryan lui a même consacré un livre et annonce vouloir promouvoir le « vote yoga ».
 
Et c’est dans un esprit de religiosité que les participants à la journée autour de Christiana Figueres se sont engagés à faire quelque chose pour le climat, nouvelle moralité au service d’une Terre devenue idole et objet de leurs pensées, dans une paradoxale recherche de bien-être personnel.
 
Lucia Graves a vraiment frappé dans le mille en rapportant, pour conclure, la manière dont Christiana Figueres vante les bienfaits du bouddhisme et de la méditation : « L’Accord de Paris n’a rien à voir avec moi. Il s’agit de l’émergence de cet amour vrai, de cette solidarité, de cette reconnaissance du fait que nous sommes tous ici ensemble. »
 
L’environnementalisme est une religion collective, dont Dieu est exclu.
 

Jeanne Smits