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Camille vainqueur de Top Chef : le choix du peuple l’emporte sur celui des élites

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La finale de l’émission Top Chef a accouché de son vainqueur, Camille, petit gars du nord aimant les plats traditionnels bien faits. Il l’emporte sur Vincent, plus bobo, que les chefs avaient préféré. En cuisine aussi le choix des élites diffère de celui du peuple.
 
Puisque les politiques jouent à la télé-réalité, il devient légitime de lire l’avenir du politique dans la télé-réalité. L’une de ses formes en particulier, chère au cœur des Français, celle qui touche à la cuisine. Il y a eu Master Chef, il y a Top Chef. Depuis neuf ans des chefs choisissent des candidats, les entraînent et les mènent – ou non- à la victoire. La recette est éprouvée, il y a des trucs de pro, du tralala culinaire, de la compète, de la camaraderie, de l’émotion étalée comme en direct, des chefs qui tour à tour exhortent, jugent, pontifient ou font mine de se chamailler comme des collégiens. Le public apprécie. Ce n’est ni plus bête ni plus malin que la télé.
 

Vincent emporte la préférence des élites, le top des chefs

 
Dans quelle mesure est-ce truqué ? Je l’ignore. Le pire n’est pas toujours sûr. Quoi qu’il en soit, sont arrivés en finale deux personnages soigneusement opposés. D’un côté le futur vainqueur, Camille, gars du peuple élevé dans une charcuterie, le nez dans les rillettes et les rognons, effroyable bavard mais naturel et sincère en diable, de l’autre Vincent, gentil bobo de base, qui a rapporté d’un tour du monde l’habitude de cuire les aliments à la chilienne, dans des feuilles, et de mettre de l’herbe à bison (alias flouve odorante, qu’on trouve aussi bien à Romorantin) dans ses desserts. Ce garçon inventif a des ratés, des poissons à moitié crus, des mandarines cramées, mais les chefs ont récompensé ses « prises de risque », son soucis de « l’environnement, aujourd’hui la cuisine doit tenir compte de l’environnement », et ses plats « contemporains ». L’un deux s’est même étonné que Camille puisse cuisiner « comme il y a trente ans ».
 

Le vainqueur : Camille, petit gars du peuple

 
Le peuple, en l’espèce cent bénévoles de la Croix rouge invités dans un palace à Evian, en a jugé autrement. Sans doute n’a-t-il pas aimé le dessert « contemporain » de Vincent, aussi incompréhensible que l’art au même adjectif. Trônait sur une assiette marron une boule grise censée figurer un galet, sur un lit de crumble au charbon, noir, et salé. C’était vraiment trop contemporain pour le peuple, et celui-ci, à son habitude, a tranché sans nuance. 66 et des brouettes ont fait le choix de Camille, déclaré vainqueur, contre 33 et des queues Vincent. Les élites, une fois de plus, se sont plantées. Vous pariez que, si l’on faisait le referendum sur l’immigration dont on nous parle, le résultat serait le même ? 
 

Pauline Mille