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Quelle théologie chez François Ier ?

canonisations François Ier
 

Les récentes canonisations

La première année complète du pape François Ier s’achève. Son nouveau style est maintenant connu, fait de « petits pas » pastoraux, de quelques actes symboliques – comme l’installation à la Maison Sainte-Marthe – et de sermons quotidiens. Cependant, derrière cette activité relativement terne en comparaison avec les grands voyages de Jean-Paul II et les enseignements magistériels de Benoît XVI, trois événements ressortent spécialement. Tout d’abord, la canonisation des papes Jean XXIII et Jean-Paul II, le 27 avril 2014.
 
Masquées par la  vox populi , des oppositions se sont cependant élevées dans l’Église. Non pas la contestation – prévisible – des milieux traditionalistes (opuscules  Jean-Paul II, un saint nouveau ? , écrits des abbés Patrick de La Rocque et Jean-Michel Gleize comme dans le Courrier de Rome de février 2011…). Les grands médias aussi ont souligné de graves difficultés ; en France La Croix et Le Point des 22 et 26 avril 2014, relayant la presse italienne ou le New York Times… Pour quelle raison ?
 
Les cardinaux Martini et Danneels – étiquetés comme progressistes dans l’Église – ont dénoncé de nombreuses fautes dans le gouvernement de Karol Wojtyla : mauvais choix de collaborateurs, faveurs indues accordées à certaines congrégations (l’Opus Dei, les Légionnaires du Christ), silence coupable sur les prêtres pédophiles et ceux qui les protégeaient, affaire crapuleuse du Banco Ambrosiano lié à l’Institut des Œuvres de Religion, la banque du Saint-Siège dirigée en 1980 par Mgr Paul Marcinkus, culte de la personnalité d’un pape trop médiatique…
 
À cela s’ajoute une procédure expéditive avec l’ouverture anticipée du procès de béatification de Jean-Paul II et l’absence de miracle requis pour la canonisation de Jean XXIII. De là, les reproches faits au Vatican d’avoir cédé à la pression populaire du Santo Subito.

 

Sur la nouvelle procédure de canonisation

La Constitution Divinus perfectionis Magister du 25 janvier 1983 a beaucoup simplifié le travail Congrégation pour la Cause des Saints en supprimant les procès apostoliques menés à la cour de Rome. Où jadis il y avait trois procès dont deux en cours de Rome et de quatre à six ou sept miracles demandés, il ne reste plus aujourd’hui qu’une unique instruction diocésaine, sur les pièces de laquelle jugeront les cardinaux chargés de la cause des saints. Le rôle des évêques diocésains a donc été considérablement valorisé et la Constitution apostolique reconnaît que cette « procédure allégée » a été conçue en fonction de la collégialité épiscopale. Il y a aussi une seconde raison à cette simplification : le nombre des canonisations a enflé de façon exceptionnelle, passant de 152 causes en 1890 à plus de 4.000 en 1975 ! En 2002, encore 2.000 étaient en cours, avec près de 40 causes nouvelles introduites chaque année. Impossible de suivre le rythme pour les membres de la Congrégation. À cela s’ajoute qu’il n’y a plus qu’un seul miracle requis pour béatifier, et un pour canoniser.
 
Ces allègements de la procédure ne peuvent que nuire au sérieux des canonisations actuelles. Cependant, les critiques faites contre la sainteté de Jean-Paul II sont surtout à retenir car les réponses produites en haut lieu sont très instructives.

 

La sainteté selon une mesure subjective

En effet, le porte-parole du Vatican, le père Lombardi, a déclaré que « la vie des saints n’est pas exempte d’erreurs. Ce qui compte, ce sont les vertus chrétiennes et les intentions qui ont guidé certains choix ». Cela signifie que les canonisations ne se fondent plus sur des vertus héroïques mais sur des intentions droites : on ne juge pas des faits extérieurs et concrets – les actes héroïques qui traduisent des vertus de même nature – mais on prend en compte la conscience dans laquelle se trouvent les « intentions ». Il s’agit là de morale de l’intention, une morale subjective et non plus objective, morale de la conscience et non des œuvres.
Rappelons que, dès son apparition, cette morale a été condamnée en la personne d’Abélard par le concile de Sens en 1140. Récemment, elle fut reprise par un cardinal Etchégaray ou le père dominicain Schillebeckx. Cette morale est tout à fait impropre à fournir des actes héroïques et, a fortiori, des saints « canonisables ».

 

La pensée du pape

De son côté, dans son sermon du 27 avril, François Ier a insisté sur le primat de la charité, « amour, miséricorde, fidélité, espérance ». À première vue, cette insistance sur la charité est de meilleur aloi que la morale de l’intention. Mais le pape en oublie lui aussi les vertus héroïques morales ; or la charité authentique est le lien des vertus : « Si vous m’aimez, suivez mes commandements » dit Jésus-Christ (Jean 14, 15). En effet, la morale est accomplie dans la charité et non pas absorbée par la charité. Et un saint Thomas d’Aquin, en plaçant au sommet de la sainteté ceux qui agissent le mieux par leur propre impulsion, les considère comme identifiés à la loi : « Ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes » (Rom. 2, 14) Ainsi s’explique l’héroïcité des vertus qui est un exercice habituel de toutes les vertus au degré héroïque et qui prouve alors la charité suréminente, appelée perfection, et donnée en exemple à toute l’Église : « Soyez parfaits comme votre Père du ciel est parfait » (Matthieu 5, 48)

Au lieu de cela, les canonisations font référence aujourd’hui à une sainteté « globale ». En guise de vertus héroïques, François Ier a souligné que Jean-Paul II et Jean XXIII étaient des « saints qui vont de l’avant » : peu importent les « détails » obscurs soulevés par les « avocats du diable » si l’ensemble est bon. On reconnaît ici la morale de globalité.

Morale de l’intention et morale de globalité font donc la sainteté en place des vertus héroïques Déjà les textes du Concile n’en parlaient même plus : en ce sens, Jean XXIII et Jean-Paul II sont aussi des saints conciliaires typiques. Le 27 avril, François Ier a insisté sur leur rôle déterminant dans la convocation et l’application du Concile.

 

Une dernière objection

Normalement, le saint est canonisé en particulier pour les vertus pratiquées dans son devoir d’état. Or, lorsque l’on prend globalementle pontificat de Jean-Paul II – l’un des plus longs de l’histoire après Pie IX et saint Pierre – les chiffres sont éloquents. Entre 1978 et 2003, si le nombre des prêtres diocésains est passé de 262.500 à 268.000, en légère augmentation de 2 %, les prêtres religieux ont diminué de plus de 13 %, passant de 158.500 à 137.500 ; cette diminution s’explique par le manque de vocations et l’abandon du ministère sacerdotal : 70.000 prêtres auraient défroqué selon le cardinal Ratzinger. Quant aux religieux, ils sont en diminution de 28 % – de 75.800 à 54.600 – et les religieuses professes sont passées de 990.700 à 776.200, une baisse de 21 %. En tout, l’Église enregistre la baisse consternante de 20 % d’âmes consacrées. Qu’a donc fait Jean-Paul II pour y remédier ?

Saint-Louis est célèbre pour sa justice, le curé d’Ars pour son ministère sacerdotal, saint Paul pour sa prédication apostolique… Pour les contemporains comme pour les historiens à venir, le pape Jean-Paul II restera, peut-être, le saint d’une débâcle unique dans l’Église.…