On a le texte de la lettre du cardinal Roche sur la liturgie au Consistoire

 

Diane Montagna a publié sur son compte substack, en exclusivité en anglais, le texte distribué par le cardinal Roche en anglais et en italien à la fin du consistoire convoqué par Léon XIV les 7 et 8 janvier. Il s’agit d’un plaidoyer pour le nouveau rite et pour l’évolution du rite traditionnel de la messe afin d’aboutir à l’utilisation des nouveaux livres liturgiques en tant que « seule expression de la lex orandi du rite romain ».

Il n’y a là-dedans rien de bien nouveau par rapport à la teneur de Traditionis custodes restreignant drastiquement l’accès à la messe traditionnelle : l’essentiel est d’ailleurs constitué par des citations du pape François dont Roche veut faire le simple continuateur de Jean-Paul II et de Benoît XVI dont il assure qu’ils ne cherchaient en rien à promouvoir le rite unifié par saint Pie V.

Pour ce faire il est bien obligé de passer totalement sous silence le texte du Motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI, et de la lettre l’accompagnant, qui avaient à l’égard du rite tridentin des expressions des plus élogieuses, proclamant notamment son « droit de cité » dans l’Eglise latine. Il y a là une vraie déformation, voire une désinformation, sans compter le passage sous silence de l’essor de la messe traditionnelle qui attire avant tout les jeunes dans de nombreux pays du monde.

 

Le texte du cardinal Roche sur la liturgie et les « choses mortes »

Le texte de Roche en appelle à la « “réformation” constante » de la liturgie dans un « processus de développement organique », et rappelle que saint Pie V lui-même avait agi pour qu’il n’y ait « qu’un seul rite pour la célébration de la messe »… on le voit venir. Mais cela passe sous silence la persistance d’autres rites même après l’unification opérée par saint Pie V – ambrosien, dominicain, de Braga pour n’en nommer que quelques-uns – et que le saint pape avait explicitement ordonné le respect des formes du rite latin ayant deux cents ans d’existence. Il n’avait pas détruit.

Roche en appelle aussi au fait que le « rite est en lui-même caractérisé par des éléments culturels qui changent dans le temps et dans l’espace ». Vu ainsi, tout est possible : de son point de vue, « la réforme de la Liturgie voulue par le concile Vatican II n’est pas seulement en pleine syntonie avec la véritable signification de la Tradition, mais constitue une manière singulière de se mettre au service de la Tradition, parce que celle-ci est comme un grand fleuve qui nous conduit aux portes de l’éternité ».

De manière assez sournoise, le cardinal Roche cite ce faisant une audience générale de Benoît XVI sur la Tradition dont il fait la justification de la réforme liturgique alors qu’elle n’en parlait pas du tout, détournant la phrase de son prédécesseur : « La Tradition n’est pas une transmission de choses ou de paroles, une collection de choses mortes. » Parce qu’elle transmet le Christ : « La Tradition est la présence permanente du Sauveur qui vient nous rencontrer, nous racheter et nous sanctifier dans l’Esprit à travers le ministère de son Eglise, à la gloire du Père », affirmait Benoît XVI.

 

La liturgie introduite sournoisement au Consistoire, sans « synodalité »

Roche veut y voir une « vision dynamique » qu’il invoque comme nécessaire : « Sans un “progrès légitime” la tradition serait réduite à une “collection de choses mortes”, pas toujours toutes saines », écrit-il aux cardinaux.

Ce texte, que nous évoquions hier sans le connaître dans le détail, affirme comme on l’imagine les mérites du Nouvel Ordo répétés d’après Sacrosanctum Concilium : ainsi la nouvelle messe assurerait-elle une « plus pleine participation dans la célébration du Mystère Pascal pour le renouveau de l’Eglise, du Peuple de Dieu, du Corps mystique du Christ », écrit Roche.

Soixante ans après, il « reconnaît » que « l’application de la Réforme a souffert et continue de souffrir d’un manque de formation » : Roche rappelle qu’en 1964, il était demandé de « former les fidèles et le ministère des pasteurs », et que cela est aujourd’hui « urgent ».

 

Le texte de Roche sur la liturgie au Consistoire oublie les fidèles

Beaucoup de fidèles ont déjà voté avec leurs pieds en choisissant de pratiquer dans l’ancien rite pour la gloire de Dieu et la fortification de leur foi. Le cardinal Roche ne les évoque pas ; ni les prêtres qui rendent cela possible par la célébration de l’ancien rite… C’est à peine s’il ne les considère pas comme déjà morts, ou en tout cas attachés à « une collection de choses mortes ».

S’agit-il des soubresauts de Traditionis custodes et de tout ce que ce texte de François charrie d’hostilité vis-à-vis de la messe traditionnelle, dans une tentative de peser sur l’évolution de la question sous Léon XIV, ou de l’expression discrète, par Roche interposé, de l’orientation du nouveau pontificat ?

Seul l’avenir nous le dira, même si on peut souligner que cela ressemble fort à de l’agit-prop. La lettre de Roche montre qu’il y a en tout cas dans les hautes sphères de l’Eglise une mafia qui veut la mort de la messe « de saint Pie V » qui codifiait essentiellement le rite existant, et l’exclusivité de celle de Paul VI, qui a introduit des changements radicaux et généralisés qui n’ont rien d’un « développement organique » et tout d’une minimisation du caractère sacrificiel de la messe. Mais ça, nous le savions déjà…

 

Jeanne Smits