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Sommet Xi Jingping-Nerenda Modi à Wuhan : inquiète face à Trump, la Chine fait les yeux doux à l’Inde et menace Taïwan

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La politique « America First » de Donald Trump pour rééquilibrer les relations économiques dissymétriques entre les Etats-Unis et la Chine ulcère Pékin, qui tente de répliquer par un spectaculaire rapprochement avec l’Inde tout en menaçant Taïwan. Après des décennies d’hostilité, le président chinois Xi Jinping et le premier ministre indien Narenda Modi se rencontreront pour un sommet informel à Wuhan, dans le centre de la Chine, ces 27 et 28 avril. La rencontre de Wuhan aura lieu avant un sommet, en juin, de l’Organisation de Coopération de Shanghai (SCO) que l’Inde a rejoint l’an dernier. « Les relations entre la Chine et l’Inde ont connu une évolution positive avec des échanges étroits et de nouvelles coopérations à de nombreux niveaux », a fait savoir Pékin après que les deux pays ont tenu des réunions sur les « affaires frontalières », marquées par des revendications territoriales chinoises dans l’Himalaya. Un détail désormais face au défi que Donald Trump pose à Pékin en prenant à bras le corps la question du déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine – 276 milliards de dollars en 2017, + 10 % sur un an -, creusé par un protectionnisme chinois aussi sournois qu’efficace.
 

Rencontre entre Xi Jingping et Nerenda Modi sur fond de conflits frontaliers dans l’Himalaya

 
Pour plaire à Pékin, l’Inde vient d’interdire une réunion prévue à New Delhi par le Dalaï Lama. La rencontre entre Xi Jingping et Nerenda Modi des 26 et 27 avril « pourrait donc être aussi importante que celle de 1988 entre Deng Xiaoping et Rajiv Gandhi », claironne le Global Times édité par le régime communiste chinois. Un rapprochement à l’évidence motivé par l’intérêt commercial, la Chine et l’Inde s’affrontant régulièrement dans l’Himalaya. En août dernier, une altercation le long de leur frontière commune dans le Ladakh (nord de l’Inde) avait fait monter la tension. Des troupes chinoise avaient été interceptées par des forces indiennes qui « les avaient affrontées et injuriées ». La Chine tente par ailleurs de s’approprier un plateau du Bhoutan (est), proche de l’étroit corridor qui relie l’Inde à ses territoires orientaux. Le Bhoutan a fait appel cet été à Delhi pour contrer les prétentions de Pékin. Aujourd’hui, « les deux pays doivent éliminer la possibilité d’une autre crise frontalière », affirme avec un parfait cynisme le Global Times.
 
L’empressement de Pékin à se rapprocher de New Delhi a pour déclencheur la tension commerciale croissante entre la Chine et les Etats-Unis, illustrée ce mois-ci par le blocage américain des transactions avec le géant chinois équipementier télécoms ZTE en raison de son non-respect des sanctions imposées à l’Iran et à la Corée du Nord.
 

La Chine prétend que « de nombreux conflits entre Chine et Inde » sont survenus « à l’instigation de l’Ouest »

 
L’enjeu du rapprochement entre les deux ennemis est donc d’importance. Au point que l’organe chinois prétend que Chine et Inde « doivent œuvrer pour avoir le droit de se développer et contrer les pressions occidentales sur des sujets tels que le commerce et la propriété intellectuelle des droits ». Un sommet de cynisme, quand on connaît le pillage organisé des brevets par la Chine, ses barrières non-douanières (bureaucratiques, juridiques) bridant les produits étrangers, le financement occulte ou étatique de nombreuses de ses entreprises, son moins-disant social. L’Occident n’est par ailleurs pour rien dans le fait que le pays ait été saigné par la dictature communiste de Mao Tsé-Toung, dont le système totalitaire reste intact. Le Global Times ose même prétendre que « de nombreux conflits entre la Chine et l’Inde sont survenus en raison d’un manque de confiance ou à l’instigation de l’Ouest, comme les contestations frontalières ou la prétendue compétition entre le ‘’dragon’’ et ‘’l’éléphant’’ ». Il soutient aussi que les Etats-Unis et le Japon tentent de bloquer la stratégie de libre-échange indo-pacifique et que « les élites indiennes réalisent qu’elles ne doivent pas développer leur coopération avec les Etats-Unis aux dépens de celle avec la Chine ». Pékin conçoit la mondialisation à sa sauce comme un affrontement bloc contre bloc. Vu l’ancienneté et l’importance des prétentions frontalières chinoises contre l’Inde, incluant un soutien chinois au Pakistan, il semble qu’il y ait le feu au lac.
 
Du côté indien, on reste plus prudent. Le quotidien The Hindu cite le ministère chinois des Affaires étrangères, « qui affirme que Pékin et New Delhi sont l’avant-garde d’une nouvelle vague de globalisation et les gardiens d’un monde multipolaire ». Il cite les dirigeants chinois qui s’inquiètent de « l’avancée du protectionnisme dans le monde, de la préparation d’une guerre commerciale avec les Etats-Unis », selon eux « nouveau moyen pour brider la Chine et l’Inde ». Rajiv Kumar, vice-président de NITI Aayog, groupe de réflexion gouvernemental indien, s’inquiète « des bruissements protectionnistes venus de la zone atlantique, Etats-Unis et Europe ».
 

La Chine fait patte de velours avec l’Inde mais relance ses provocations contre Taïwan

 
Tandis que la Chine joue la comédie de la mondialisation libérale et fait patte de velours avec l’Inde, elle relance ses provocations militaires contre la Chine nationaliste réfugiée à Taïwan. Un groupe naval de son « Armée populaire de libération », incluant le porte-avion Liaoning, a effectué des manœuvres vendredi à l’est du détroit de Bashi pour « envoyer un ferme message aux forces indépendantistes de Taïwan ». Au menu, des avions de combat J-15, des hélicoptères et des missiles. « Un porte-avion jouera un rôle important dans de possibles futures opérations militaires contre Taïwan », a menacé un porte-parole du régime communiste, évoquant un blocus et des frappes avec retrait des forces taïwanaise dans l’est de l’île. Un haut gradé s’est permis d’affirmer que « Ces exercices de combat réel joueront un rôle positif pour le maintien de la paix et de la stabilité dans la région ». La mondialisation libérale multipolaire à la sauce pékinoise.
 

Matthieu Lenoir