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Censure : au nom de la « vertu », Xi Jinping veut étrangler un peu plus l’internet en Chine

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Internet fait trembler les pouvoirs. Victime notoire du flicage politique des Gafam libéraux-libertaires en Occident, la toile est, bien plus encore, chaque jour étranglée par le régime communiste de Chine « populaire ». Le président chinois Xi Jinping, par ailleurs secrétaire général du parti communiste et président de la Commission militaire centrale, a déclaré le jeudi 23 août, lors d’une réunion avec les dirigeants de la propagande officielle, qu’il entendait rendre l’internet « plus sûr » en l’expurgeant des contenus qu’il juge « vulgaires ». Objectif de Xi Jinping : rendre la toile « propre et vertueuse ». Et, en matière de « vertu », le totalitarisme chinois aux dizaines de millions de morts et aux trois millions d’internés politiques s’y connaît, en digne héritier des massacreurs jacobins français. La censure existe déjà : elle sera renforcée.
 
La réunion au cours de laquelle s’exprimait le président, secrétaire général, chef des armées Xi Jinping avait à traiter de questions plus larges concernant en particulier l’impact de la propagande du régime sur les relations commerciales avec les Etats-Unis.
 

En 2017, le régime de Xi Jinping a fermé 130.000 sites internet « obscènes » au nom de la « vertu »

 
Un internet libre de toute censure constitue évidemment un défi de taille pour le régime totalitaire chinois qui ne tolère au côté du colossal parti communiste (89 millions de membres) que huit partis croupions, organismes prétextes qui lui sont totalement inféodés dans un « Front uni ». D’ores et déjà, la liste des sites internet censurés en Chine est longue, incluant Facebook, Twitter, Instagram, Pinterest et Tumblr. En 2017, le régime a fermé au nom de la « vertu » 130.000 sites supposés « obscènes » ou porteurs d’informations « dangereuses ». En 2012, un rapport de Freedom House avait établi que la Chine communiste était le troisième pays le plus oppressif en matière d’accès à internet, une tendance qui s’est renforcée depuis le début du « mandat » de Xi Jinping, voici six ans.
 
La communauté des blogueurs chinois, comme c’est le cas en Europe et aux Etats-Unis, sait réagir de longue date aux informations par des vidéos humoristiques ou des posts, qui peuvent être interprétés comme « obscènes » par l’Anastasie mandarine. Ce type de contenu est généralement purgé sans délai. Devant ses hauts fonctionnaires, Xi Jinping a insisté sur la nécessité d’exiger des internautes responsables et, surtout, respectueux de la loi. « Mettez en avant des travaux numériques sains, de grande qualité », a-t-il déclaré. Et la qualité, c’est le parti qui s’en occupe.
 

« Grande muraille pare-feu », « Bouclier d’or » : la Chine censure, bloque et surveille

 
La Chine communiste est déjà dotée de deux outils pour contrôler l’accès des citoyens à l’internet. Le premier est qualifié, dans un doux euphémisme, de « Grande muraille pare-feu » : elle bloque l’accès à des sites étrangers. Le second est connu sous le nom de « Bouclier d’or », un système de surveillance domestique qui enregistre les traces des consultations de citoyens sur la toile. Ce « Bouclier d’or » est un système parfaitement orwellien, qui instille la peur chez quiconque tente de rechercher des contenus susceptibles de déplaire au régime.
 
De plus, la censure chinoise tente de s’insinuer hors des frontières de l’Empire du Milieu. Ainsi la directrice du bureau de Buzzfeed News à Pékin, Megha Rajagopalan s’est-elle vu refuser un renouvellement de visa en mai pour des raisons inconnues alors qu’elle avait qualifié son séjour en Chine de « six merveilleuses années de découvertes ». Dans un tweet en fin de semaine dernière, Megha Rajagopalan a écrit que le ministère chinois des Affaires étrangères lui avait refusé le renouvellement de visa « pour une question de procédure », « sans savoir exactement pourquoi ». Le pourquoi réside certainement dans les reportages réalisés par Rajagopalan sur la répression dans la région occidentale musulmane du Xinjiang où le régime communiste enferme des centaines de milliers de personnes dans des camps de rééducation. La journaliste d’al-Jazeera Melissa Chan avait subi la même rigueur en 2012 et la Française Ursula Gauthier le même sort en 2016 à la suite d’un article critique sur la politique gouvernementale chinoise.
 

La Chine veut bloquer toute critique sur internet et contrôler la population

 
La Chine affirme que cette censure vise à assurer la sécurité nationale et la « stabilité sociale ». En fait, il saute aux yeux que la « Grande muraille pare-feu » et le « Bouclier d’or » visent uniquement à bloquer toute critique et à contrôler la population. Ce sont les outils de la tyrannie post-moderne. Certes internet regorge de violence et de pornographie, qui peuvent susciter effroi et haut-le-cœur. Mais, écrit l’éditorialiste américain James Murphy sur thenewamerican.com, « Si l’antidote à ces contenus nauséabonds est la censure, alors la médication est plus mortelle que la maladie ». Une société sans liberté de dire ce que vous voulez et de regarder ce que vous souhaitez voir est rien de moins qu’une prison.
 
Reste que le flux des idées est comme le flux des eaux. Avec le temps, il parvient à user ce qui le contient jusqu’à le faire exploser. De façon instinctive, le peuple chinois va finir par se rendre compte qu’on ne lui dit pas tout. Le président Xi Jinping et le régime chinois tentent d’endiguer une marée d’idées. Or, en fin de partie, l’eau l’emporte toujours.
 

Matthieu Lenoir