La Chine communiste cherche à effacer la mémoire des manifestations anti-covid

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Mémoire interdite. La vague de manifestations « aux feuilles blanches » contre les restrictions covid en Chine demeurent dans toutes les mémoires… Ou pas. Un an après le soulèvement contre une tyrannie démultipliée dans le plus grand pays communiste au monde pour cause de « lutte contre le virus », six dissidents chinois aujourd’hui à l’étranger ont alerté contre la censure qui vise la mémoire de ces événements. Au point que le public chinois pourrait « oublier » la mobilisation qui a permis, sinon la fin du communisme et de la surveillance, du moins la levée des mesures covid strictes qui dans certaines régions avaient pris un tour encore plus inhumain que sous nos horizons. Une sorte de « mémoricide », pour faire passer l’envie aux Chinois de recommencer ?

Oser faire preuve d’opposition publique et collective face au pouvoir en Chine est un fait rare : ainsi la campagne de désobéissance civile qui avait éclaté le 25 novembre 2022 était inédite depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping dix ans plus tôt. Il y eut de la répression policière. Mais le mouvement fut suffisamment ample pour entraîner un changement de politique de « tolérance zéro » face au covid.

 

En Chine, il est interdit de marquer la mémoire des manifestations contre les restrictions covid

Pour Yicheng Huang, qui a fui la Chine pour l’Allemagne en mars dernier après avoir manqué de se faire arrêter lors de manifestations à Shanghai, « de nombreux manifestants faisaient pour la première fois l’expérience de faire partie d’un collectif civique ; pour les Chinois, c’est un peu comme un premier amour ».

La plupart des dissidents qui ont choisi d’évoquer la mémoire de ces événements auprès de l’agence Reuters ont préféré rester anonymes : ils se souviennent de la vague de répression qui a suivi les manifestations et craignent de se voir rattraper par le pouvoir communiste chinois. On ne sait pas à ce jour combien de personnes ont été arrêtées et incarcérées à cette occasion.

Si à New York, Londres et Washington DC, les importantes communautés chinoises sur place ont marqué l’anniversaire par des rassemblements, ceux-ci étaient absolument interdits en Chine où la police s’était déployée en masse sur les lieux des manifestations d’il y a un an. A Shanghai, raconte Huang, nombre d’habitants ont rejoint le site mais ont dû se contenter de passer sans s’arrêter : « C’est devenu un souvenir interdit, comme le 4 juin », a-t-il dit, évoquant les événements tragiques de la place Tienanmen en 1989.

 

La mémoire des manifestations covid pourrait donner des idées au peuple

Pourquoi ? Parce que le soulèvement populaire a donné aux Chinois la conscience de leur propre force contre un régime communiste oppressif, en leur donnant l’idée qu’ils devaient se mobiliser pour réclamer et défendre leurs droits. Et ce malgré la surveillance omniprésente.

Sur place, les interlocuteurs contactés par Reuters se sont cependant montrés plus prudents, avouant ne pas vouloir commémorer les événements en public ni même en parler avec des amis pour des raisons de « sécurité » ; ils invoquaient aussi leur désir de ne pas s’appesantir sur les souvenirs laissés par la « pandémie ». Une femme travaillant dans le domaine de la tech à Pékin a expliqué qu’elle avait reçu une mise en garde de la police lui enjoignant de ne prendre part à aucune activité pendant le week-end anniversaire, alors même qu’elle n’avait jamais été en rapport avec les autorités au sujet des manifestations.

 

Anne Dolhein