Inflation des caméras de surveillance à reconnaissance faciale, de Pékin à Londres en passant par Moscou

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Le site comparitech.com, spécialisé dans l’information sur la protection de la vie privée et de la sécurité en ligne, a publié récemment une estimation du nombre des caméras CCTV (télévision en circuit fermé pour la vidéosurveillance) dans le monde, en s’interrogeant également sur le couplage de ces dispositifs avec la reconnaissance faciale, qui permet de pister les citoyens chaque fois qu’ils sont filmés.

Sans surprise, c’est la Chine communiste qui est en haut du tableau. En 2019, la société IHS Market prédisait qu’un milliard de caméras CCTV seraient déployés dans le monde à l’horizon 2021. En 2017, elle avait déjà annoncé que la Chine disposerait de 626 millions de caméras en trois ans, ce que confirment d’autres rapports.

Si la Chine compte, comme l’affirme l’ONU, 1,43 milliard d’habitants, cela revient à dire que ce pays a déployée environ 439 caméras pour 1.000 habitants, proportion gigantesque.

A partir de ce ratio, Comparitech a déduit la densité de caméras probables dans les villes chinoises, puisqu’il faut bien que cette masse de dispositifs se trouve quelque part, en se référant par ailleurs, comme pour d’autres villes du monde, aux rapports gouvernementaux, aux sites de la police et aux articles des médias. Il s’agissait d’évaluer le nombre de caméras servant effectivement à la surveillance policière ou à tout le moins gouvernementale.

 

La Chine largement en tête du classement des caméras de surveillance

Dans le classement établi c’est l’ensemble des grandes villes chinoises qui tiennent le haut du tableau, avec en tête, en fonction de la densité des caméras, Shenzhen, Wuhan et Shanghai. La reconnaissance faciale y est très présente, notamment pour faciliter la restriction de la liberté de circulation des individus puisque leur accès aux transports publics peut être empêché par ce biais, aussi y trouve-t-on une forte concentration de caméras dans les nœuds d’accès et de correspondance.

Les chercheuses de Comparitech, Charlotte Bond et Rebecca Moody, donnent également la liste des villes d’autres pays les plus surveillés, qui en termes de densité par habitant restent loin derrière la Chine. Hyderabad, en Inde, compte 900.000 caméras, soit 83,32 caméras pour 1.000 personnes, six fois moins qu’en Chine.

Deux autres villes indiennes suivent dans le classement : Indore et Delhi, avec respectivement 60,57 pour mille et 19,96 pour mille.

Toujours dans le continent asiatique ou en Russie, Singapour (17,94 pour mille), Moscou (16,88 pour mille), Bagdad (15,56 pour mille), Séoul (14,47 pour mille) et Saint-Pétersbourg (13,49 pour mille) occupent la 5e à la 9e place avec une densité de surveillance comparable.

La première ville non-asiatique et non-russe du tableau est Londres, avec 13,21 caméras pour mille personnes. A titre de comparaison, il y a 45.255 caméras à Paris, soit 4,04 pour mille personnes, contre 127.423 caméras à Londres.

 

Caméras à reconnaissance faciale au service de la surveillance politique

Si l’on tient compte de la densité au kilomètre carré, la Chine est également largement en tête avec l’ensemble de ses grandes villes, mais parmi les autres pays on note la présence de New York en 5e position, Moscou à la 6e, Londres à la 7e et Dhaka (Bangladesh) à la 10e.

Selon les auteurs, la corrélation entre la délinquance que la surveillance est supposée éviter existe à peine.

En revanche, le suivi des individus est grandement facilité.

Le site wired.com assure ainsi qu’à Moscou, 5e sur la liste des villes (hors Chine) où la surveillance CCTV est la plus répandue, les dispositifs de reconnaissance faciale sont aujourd’hui utilisés pour des raisons politiques. Il cite l’exemple de Sergueï Vyborov qui avait été interpellé plusieurs fois l’an dernier, et soumis à des récupérations de données biométriques lors d’une manifestation contre la guerre en Ukraine à Moscou. L’homme évitait les transports en commun depuis lors mais en septembre dernier, voulant rejoindre rapidement sa fille qui fêtait son anniversaire, il décidé de s’y risquer quand même.

 

Pékin, Moscou, et demain Paris et Londres ?

Si Sergueï n’a pas été arrêté ce jour-là, la police lui a quand même fait savoir qu’il avait été reconnu parce qu’il était sous surveillance dans le cadre du système de reconnaissance faciale Sfera, l’un des systèmes actuellement déployés à Moscou, en raison de sa participation antérieure à une manifestation non autorisée. En septembre, lors de tels rassemblements, 141 personnes y ayant participé avaient ensuite été interpellées dans le métro grâce à la reconnaissance faciale. C’est ce qu’affirme OVD-Info, un organisme de défense des droits qui s’était notamment mobilisé contre l’illégalité des mesures covid à Moscou – ce qui ne manque pas de sel quand on sait que OVD reçoit des fonds de la Commission européenne. Mais l’association est également en partenariat avec le groupe Memorial, interdit en 2021, qui travaille notamment sur les victimes du communisme en URSS.

La morale de l’histoire ? Si les moyens de reconnaissance faciale et de traçage des populations sont les outils rêvés de tout pouvoir tyrannique, il ne faut pas s’étonner de les voir utilisés en Chine ou, dans une bien moindre mesure, à Moscou, mais rien ne garantit qu’ils ne seront pas déployés de la même manière dans les pays plus libres. On va plutôt vers une mondialisation de la surveillance et vers une surveillance mondiale.

 

Anne Dolhein