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Face aux pratiques déloyales de la Chine, Trump augmente les droits de douane, Pékin en situation de faiblesse

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Lundi, le président Donald Trump a annoncé une deuxième salve de hausses de droits de douane sur les produits chinois, étendue à 200 milliards de dollars en valeur. Dans la foulée, la Chine communiste a pris une mesure de rétorsion en augmentant les siens sur 60 milliards de dollars en valeur de produits américains. Donald Trump a justifié sa décision en relevant que le représentant américain pour le commerce, Robert Lighthizer, « avait conclu que la Chine poursuivait ses pratiques déloyales dans les domaines de la technologie et de la propriété intellectuelle, forçant les entreprises américaines à transférer des technologies à leurs homologues chinoises ». Dans l’affaire la Chine, qui importe moins des Etats-Unis qu’elle n’y exporte et dont l’économie ralentit, paraît en situation de faiblesse.
 

Les droits de douane imposés pour pratiques déloyales par Trump concerneront 5.000 produits

 
Ces pratiques de copie de brevets, véritable ADN de l’économie chinoise moderne, constituent une lourde menace sur la santé à long terme et la prospérité des Etats-Unis, comme de l’Europe. Les nouveaux droits de douane de Donald Trump concerneront 5.000 produits made in China qui verront leurs droits d’entrée passer à 10 % le 24 septembre, puis à 25 % de leur valeur au 1er janvier 2019, sauf si la Chine accepte d’ici-là les conditions mises par l’administration Trump.
 
Robert Lighthizer a déclaré lundi que « malheureusement, la Chine a refusé de modifier ses pratiques impliquant des acquisition déloyales de technologie et de propriété intellectuelle américaines ». Au contraire, dénonce-t-il, et malgré une première hausse en juin des droits applicables à 50 milliards de dollars en produits chinois, » la Chine a répliqué en adoptant de nouvelles mesures portant atteinte aux travailleurs et aux entreprises des Etats-Unis ».
 
La Chine communiste persiste alors qu’elle vient d’héberger à Tianjin le « Davos d’été » du Forum économique mondial, recevant les caciques de l’économie globalisée avides de profiter de son immense marché. Anticipant l’annonce de Donald Trump, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, avait déclaré que « si les Etats-Unis imposaient à la Chine une hausse de leurs droits de douane, (celle-ci) serait contrainte d’adopter les contre-mesures indispensables lui permettant de sauvegarder (ses) droits et intérêts légitimes et légaux ». Dès cette semaine, la Chine a donc répliqué en augmentant ses droits sur 60 milliards de dollars de produits américains en valeur, portant le volume total des importations surtaxées à 110 milliards de dollars.
 

Trump vise les entreprises chinoises d’Etat, supplétifs du régime dans sa guerre contre les Etats-Unis

 
Pour Bob Adelman, sur The New American, il doit être bien clair que cette escalade menée par Trump « ne vise pas à dresser les entreprises américaines contre les entreprises chinoises, mais à les mobiliser contre le régime communiste qui utilise les entreprises possédées par l’Etat comme des supplétifs dans sa guerre contre les Etats-Unis ». Cette guerre, ajoute l’analyste, « le peuple américain ne l’a découvert que récemment, et de ce fait jusqu’ici l’a perdue ».
 
Le choix par Donald Trump de la date du lundi 24 septembre pour appliquer sa première salve de droits ne relève pas du hasard. Elle tombe trois jours avant le début des négociations commerciales avec les délégués chinois à Washington. Le message est donc bien : « La musique d’Obama, c’est fini. » Et Donald Trump ajoute : « Si la Chine prend des mesures de rétorsion contre nos agriculteurs et notre industrie, nous engagerons immédiatement la phase trois, qui prévoit d’étendre la hausse des droits de douane à environ 267 milliards de dollars d’importations », la quasi-totalité des produits manufacturés.
 

La Chine importe beaucoup moins des Etats-Unis que l’inverse

 
« Dans cette guerre, la Chine ne peut pas gagner », estime Bob Adelman. Lingling Wei, une journaliste qui couvre la finance chinoise pour le Wall Street Journal, remarque que « parce que la Chine importe beaucoup moins des Etats-Unis que l’inverse » – à peine 130 milliards de dollars l’année dernière, contre 505 milliards dans l’autre sens –, « Pékin manque de produits importés pour prendre des mesures de rétorsion ». Elle cite un officiel chinois qui a reconnu que « les Etats-Unis sont assis dans le siège du conducteur ».
 
Pire pour Pékin, l’économie chinoise continue de ralentir alors que l’américaine fait des étincelles. En Chine les exportations, les investissements et la consommation sont en baisse par rapport à 2017 et les tentatives de maîtriser la dette galopante du pays accentuent le ralentissement. Cela explique probablement que les mesures de rétorsions à la décision de Donald Trump ne consistent, pour ces 60 milliards d’importations, qu’en l’application de droits étagés entre 5 % et 10 %.
 
Car Pékin redoute qu’une guerre commerciale exponentielle n’aggrave un peu plus le ralentissement de son économie. Elle menacerait des millions d’emplois dans l’Empire du Milieu, déjà fragilisé par la prise de conscience des consommateurs occidentaux de la qualité souvent déplorable des productions chinoise à bas prix. C’est la raison pour laquelle, selon Lingling Wei, le président chinois Xi Jinping a ordonné à ses représentants d’engager le dialogue.
 

La hausse des droits imposée par Trump n’aura qu’un impact infinitésimal sur les prix américains

 
Les mesures de Trump n’auront en revanche qu’un impact homéopathique sur les prix aux Etats-Unis. Pour Wilbur Ross, secrétaire d’Etat au Commerce, « personne ne les remarquera car la hausse des prix importés sera dispersée sur des milliers de produits finals et sera un facteur infinitésimal de l’inflation globale, de l’ordre d’un centième de la hausse des prix ».
 
Selon Wei, des conseillers de Xi Jinping l’incitent à patienter jusqu’aux législatives américaines de mi-mandat, en novembre, pour engager des négociations, estimant que la « campagne antichinoise » de Trump n’est qu’un argument électoral. Mais pour Adelman, « ils devraient comprendre que Trump ne bluffe pas, surtout quand il a autant d’atouts dans sa manche ».
 

Matthieu Lenoir