Chrétiens en Iran : les convertis sont les plus exposés à la persécution

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Les chrétiens en Iran sont une minorité protégée, au moins sur le papier. La réalité est plus rude. Selon le cardinal Dominique Mathieu, archevêque de Téhéran-Ispahan, la persécution progresse. Le prélat belge a accordé une interview à Cathobel au mois de février où il a souligné cette évolution : en 2025, 254 chrétiens ont ainsi été arrêtés en Iran en raison de leur religion, ce qui représente deux fois plus que l’année précédente : ils ont été condamnés à plus de 280 ans de prison en chiffres cumulés. Quant aux fortes restrictions sur Internet et sur la réception par satellite imposées par le régime des mollahs, elles n’ont guère laissé aux communautés chrétiennes le moyen de communiquer.

Il ne s’agit bien évidemment pas de minorités catholiques ou chrétiennes qui seraient arrivées en terre d’Islam. Bien au contraire, le christianisme a été prêché en Perse dès les premiers siècles de l’ère chrétienne. C’est à la faveur des conquêtes musulmanes que les chrétiens ont été réduits à n’être plus qu’une petite fraction de la population. Dans un pays qui compte plus de 92 millions d’habitants, le nombre des chrétiens est officiellement estimé à 117.700 âmes. Ils sont plus proches du million, si l’on veut bien inclure les convertis depuis l’islam.

 

Les chrétiens d’Iran, chez eux depuis près de deux millénaires

Les minorités existantes, qui rassemblent la majorité des chrétiens reconnus, appartiennent aux communautés arméniennes et assyro-chaldéennes, chacune ayant ses propres traditions liturgiques et culturelles, chacune comptant une communauté catholique. On les trouve surtout dans la région de Téhéran et d’Ispahan. Ces communautés bénéficient ensemble de trois sièges au Parlement. Il y a aussi des protestants.

Côté catholique, il y a à peine 30 familles arméniennes dans l’ensemble du pays. Leur évêque est à Téhéran, et les catholiques assyriens (ou plutôt assyro-chaldéens) sont environ 1.500, souligne le cardinal. Il y a aussi des latins, dont une forte communauté de femmes catholiques venues d’Asie, dont le nombre est estimé à 1.300.

Si la Constitution iranienne reconnaît ces groupes en tant que minorités protégées, ils subissent tout de même des discriminations administratives et des restrictions professionnelles ; leur accès à la formation est limité et dans leur vie quotidienne, ils ont l’obligation de se soumettre à la loi islamique.

C’est en application de celle-ci qu’une répression accrue vise les convertis depuis l’islam. Ils sont considérés comme menaçant la sécurité nationale et, outre qu’ils doivent figurer sur des registres domicilaires, ils sont exposés à l’arrestation, la torture et de fortes peines de prison. Il leur est interdit de fréquenter les églises officielles et ils n’ont d’autre choix que de se réunir dans des églises domestiques clandestines.

 

Les convertis subissent la persécution islamique

Alors que la justice devient de plus en plus dure à l’égard des chrétiens en général en Iran, l’accusation de propagande contraire à l’islam ou de collaboration avec les puissances étrangères devient de plus en plus fréquente. Ainsi en 2025, Nargès Nasri, une femme enceinte, a-t-elle été condamnée à 16 ans de prison, dont 10 pour « activités de propagande contraires à la loi islamique ». Selon International Christian Concern, l’Iran fait partie des pays du monde où l’on persécute le plus les chrétiens.

Autrement dit, il est aussi bien interdit d’essayer de convertir que d’être converti. Comme dans d’autres pays islamiques, on applique tout simplement, à des degrés divers mais pouvant aller jusqu’à la peine de mort, un hadith attribué à Mahomet : « Celui qui change de religion, tue-le ! »

C’est en janvier dernier que l’Etat iranien a accentué les coupures d’internet et d’autres moyens de communication, laissant les communautés chrétiennes pour ainsi dire invisibles vis-à-vis du monde extérieur. Depuis le déclenchement des attaques israélo-américaines fin février, il est devenu quasi impossible de joindre les communautés chrétiennes, puisque même les satellites ont été bloqués. A peine les responsables des églises osent-ils parler d’une anticipation du changement, tout en craignant des représailles de la part du régime islamique.

 

De la persécution des chrétiens d’Iran à la croissance du christianisme

C’est notamment la diaspora iranienne chrétienne qui souffre de cette situation, ne pouvant plus communiquer avec ses proches restés au pays. Si de nombreux chrétiens ont émigré d’Iran dès avant la révolution islamique de 1979, leur nombre n’a fait qu’augmenter depuis lors. Ce sont désormais des dizaines de milliers de personnes qui se sont établies en Europe, aux Etats-Unis et au Canada.

En janvier 2026, des manifestations de solidarité avec l’Iran ont rassemblé 250.000 personnes à Munich, 350.000 à Toronto, 350.000 à Los Angeles… pour dénoncer la répression. Ces communautés assurent un soutien économique aux églises domestiques, financent des projets de traduction de l’Ecriture sainte et s’efforcent de maintenir le contact avec les croyants, malgré l’interruption des communications numériques par Téhéran. Beaucoup d’entre elles signalent que le nombre de conversions au christianisme connaît aujourd’hui en Iran une augmentation notable, alors même qu’elle comporte des risques si graves. Le courage et l’espérance !

 

Anne Dolhein