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CINEMA : Exposition Michelangelo Antonioni ♥

CINEMA : Exposition Michelangelo Antonioni ♥
 
La cinémathèque française consacre une exposition à la riche et dense carrière du réalisateur italien Michelangelo Antonioni (1912-2007). Personnage officiel et reconnu, Michelangelo Antonioni a dirigé des dizaines de film de 1943 à 2004. On ne doute pas de son indéniable talent, qui se manifeste dans de nombreuses œuvres. Pourtant l’ensemble de son travail n’atteint pas des sommets, et n’est pas même recommandable.
 
L’exposition présente cependant un réel intérêt historique, en ce sens que le réalisateur a accompagné toutes les évolutions de la société occidentale, du respect des valeurs familiales et de la décence des images, à la vulgarité la plus éclatante. Pour cette raison, on ne conseillera l’exposition qu’à un public d’adultes ou de grands adolescents.
 

Exposition Michelangelo Antonioni  l’itinéraire d’une époque

 
L’exposition présente de nombreux carnets de travail d’Antonioni, ses dossiers de préparation de films. Elle met en parallèle son travail et sa riche vie mondaine, les grandes réceptions auxquelles il a pu participer, les festivals et les prix. Les couvertures de la presse populaire de l’époque, les extraits d’entretiens télévisés restituent pleinement certaines ambiances des années 1950-1960.
 
Il existe plusieurs périodes dans l’œuvre d’Antonioni. La plus intéressante est la première, dite néoréaliste, datant des années 1940-1950. Elle comprend un chef d’œuvre, Femmes entre elles (1955), reflet pessimiste, et impitoyable, de la femme bourgeoise piémontaise des années 1950. Malheureusement, après 1960, Antonioni bascule dans un intellectualisme qui confond ambition intellectuelle, profondeur, et ennui, notamment dans Le Désert rouge (1964), et même déjà dans le controversé L’éclipse (1962). Le réalisateur conserve quelques fulgurances géniales comme Blow-Up (1966) et Zabriskie Point (1970), le premier prenant valeur de manifeste de la culture dite « pop », et le second, au prétexte gauchisant des plus discutables, construisant néanmoins un chef d’œuvre onirique et sensuel. Après 1965, Antonioni, de façon générale, ne s’adressera plus qu’à un public adulte averti.
 
Dans les années 1980, le réalisateur abuse des nudités, des fausses provocations, qui reflètent parfaitement l’époque, sans prendre aucun risque, bien au contraire… Le réalisateur a atteint une sorte de crépuscule, très répétitif, dont témoigne Identification d’une femme (1982). L’intérêt historique est néanmoins réel, en ce que l’œuvre du réalisateur, à travers ses mutations, illustre les transformations majeures d’une société : 1975 ne peut plus du tout être comparé à 1955. On ne s’en félicitera d’ailleurs pas. Un grand cinéaste, au talent indéniable, a fini par sombrer ni plus ni moins dans la vulgarité fondamentale de son époque, ce qui est bien dommage.
 

Hector Jovien

 
Exposition Michelangelo Antonioni, à la Cinémathèque française (Paris XII, Parc de Bercy), jusqu’au 12 juillet.
 
Ouverte tous les jours sauf mardi de 12h à 19h. Tarif : 11 €
 
Nombreuses conférences, visites guidées, projections de films d’Antonioni. Se renseigner à l’accueil.