Construction européenne : vers un grand eurobond en avant ?

Construction européenne - vers un grand eurobond en avant ?

La question des eurobons revient sur le tapis. C’est l’économiste allemand Guntamm Wolff, président de l’Institut Bruegel de Bruxelles qui l’agite en préconisant l’émission d’un emprunt de 490 milliards d’euros par la Banque centrale européenne. Un grand eurobond en avant pour la construction européenne, sous un déguisement technique un peu rébarbatif.
 
Wolff n’est pas n’importe qui : passé par la Bundesbank, la Commission européenne et le FMI, c’est un habitués des cénacles européens, l’un des conseillers permanents des ministres de l’économie de la zone euro. Pourquoi fait-il sa proposition ?

Parce que l’économie de la zone euro est étranglée par la dette, l’euro fort et les politiques d’austérité visant à empêcher la dette d’exploser. Injecter de l’argent permettrait de relancer un peu la machine et d’éviter la sanction populaire des « eurosceptiques » et des « populistes ». C’est dans cet esprit que l’hyper-technocrate Mario Draghi a récemment émis le souhait de voir baisser l’euro.

 

Pilotage fédéral

Mais l’émission d’eurobons ne fait pas l’unanimité parmi les hommes en gris de Bruxelles et Francfort. Au plus aigu de la crise grecque, elle avait été préconisée par certains mais Angela Merkel et les orthodoxes s’y étaient opposés, estimant que cela reviendrait à creuser un trou européen pour boucher les trous des nations. Avec cette aggravation que tous les membres de la zone euro seraient solidaires dans la gestion de ces eurobons, donc que l’Allemagne pourrait avoir à payer pour le Portugal, la Grèce, l’Irlande, pourquoi pas demain la France…
 
Si des voix aussi autorisées que Draghi et Wolff sortent du bois, c’est probablement pour préparer l’opinion à un changement capital. L’Europe de Bruxelles et de Francfort y trouverait deux avantages au moins : un, une baisse de la tension populaire par un ralentissement de la paupérisation, deux, une accélération de la construction européenne bruxelloise, un grand eurobond en avant.
 
Il est impensable, en effet, que si l’Allemagne et les pays « vertueux » consentent à garantir les Eurobons, ils n’exigent pas en retour un droit de regard accru sur les politiques économiques des pays auxquels ils apporteront leur garantie. En clair, il y aura un pilotage « fédéral », inspiré par l’Allemagne, des politiques fiscales et budgétaires. La crise et les solutions à la crise seront exploitées pour mener à toujours plus d’Europe.