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Dénucléarisation : la Corée du Nord se cabre sur fond de bras de fer Chine-Etats-Unis

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L’affaire nord-coréenne paraît connaître un énième retournement derrière lequel se devine la main de Pékin. Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo était en Corée du Nord vendredi et samedi 6 et 7 juillet mais Kim Jong-un ne l’a pas reçu. Après que l’émissaire américain a estimé à l’issue des entretiens avec les officiels nord-coréens qu’ils avaient été « un succès », l’agence officielle de Pyongyang KCNA a publié une dépêche au vitriol de 1.300 mots qualifiant la demande de dénucléarisation de « chantage de gangster ». Elle se contredisait dans la foulée en menaçant de mettre un terme à sa « volonté inébranlable de dénucléariser ».
 

Une intervention de Pékin dans le cadre du bras de fer Chine-Etats-Unis ?

 
Pour le représentant républicain américain Lindsey Graham, cette dépêche pourrait avoir été motivée par une intervention chinoise dans le cadre du bras de fer commercial engagé avec Pékin par Donald Trump. « J’y vois la main de Pékin », a confié Graham, qui ajoute : » Nous sommes en plein conflit avec la Chine. Nous lui achetons pour 500 milliards de dollars de produits, elle nous en achète pour 100 milliards. Elle triche et le président Trump veut changer notre relation économique avec elle ». Pour Graham, il faut refuser de voir la Chine « utiliser la Corée du Nord comme moyen de pression sur le conflit commercial », d’autant que « nous avons plus de munitions qu’elle, en la matière ». Les Etats-Unis, avec leurs 500 milliards de dollars annuels d’importations, « peuvent lui faire beaucoup plus de mal que l’inverse », relève encore Graham.
 
La dépêche de KCNA estime que c’est la demande de la partie états-unienne d’établissement d’un système de déclaration et de vérification qui constitue un « chantage de gangster ». Ce système, dénommé CVID (complete, verifiable, irreversible denuclearization), a été présenté comme incontournable par l’administration Trump dès le début des pourparlers. L’objectif du voyage de Pompeo était d’obtenir de Kim Jong-un qu’il fournisse une liste complète de ces sites de productions de missiles balistiques et nucléaires et un calendrier de leur démantèlement. A l’évidence, la Corée du Nord s’y refuse, tentant d’obtenir la levée des sanctions tout en continuant de développer son arsenal nucléaire.
 

Une dénucléarisation du site de Punggye-ri en Corée du Nord serait réversible

 
Pyongyang demande toujours la fin officielle de la guerre de Corée, alors que seul un armistice a été signé (1953). La partie états-unienne n’a jamais mentionné ce sujet, tout en proposant certaines conditions et excuses pour lever l’état de guerre. Elle a fait grand cas, durant le sommet, sur la suspension d’un ou deux exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud. Mais il s’agit d’une mesure sur laquelle il est possible de revenir rapidement. Ce n’est pas comparable, selon Pyongyang, avec l’éventuelle décision – jugée irréversible par la Corée du Nord – de démanteler son arsenal nucléaire. Pourtant, une dénucléarisation du site de test nucléaire de Punggye-ri au mont Mantap serait une mesure aisément réversible, voire totalement frauduleuse. Les Nord-Coréens n’ont jamais permis aux experts étrangers d’assister aux explosions, qui ont pu n’être qu’un artifice destiné à servir de monnaie d’échange. Il pourrait d’autre part exister des dizaines d’autres sites d’expérimentations nucléaires, ce qui pourrait expliquer le refus de fournir leur liste.
 
D’où la demande par la Corée du Nord d’un retrait des forces américaines de Corée du Sud avant toute dénucléarisation. Y sont liées les demandes de retrait des défenses antimissiles THAAD et le départ des forces américaines de l’île japonaise d’Okinawa. Dans un passé récent, un officiel nord-coréen avait glissé que son pays renoncerait à ses armes nucléaires une fois que les Etats-Unis auraient renoncé aux leurs. Il est donc clair que les négociations de dénucléarisation ont pris un mauvais tour. Rappelons que voici six semaines, Donald Trump avait annulé les négociations en raison du traitement exécrable réservé aux Etats-Unis dans les médias de la dictature. Depuis lors, les journaux nord-coréens s’étaient beaucoup radoucis. Le nouveau coup de barre donné samedi est donc significatif.
 

Des dizaines de hauts-fonctionnaires de Corée du Nord ont visité le Sud

 
Reste que depuis quelques mois, des dizaines de hauts-fonctionnaires de Corée du Nord ont visité la Corée du Sud et ont pu voir constater d’eux-mêmes, par contraste, à quel point le peuple de Corée du Nord a pu souffrir du communisme. Donald Trump a souvent souligné devant les Coréens du Nord qu’ils pourraient jouir d’une situation bien meilleure, à l’avenir, s’ils renonçaient à leur programme nucléaire. Kim Jong-un, élevé dans le luxe suisse, et ses généraux sauront-ils méditer la leçon qu’Eltsine avait apprise, et renoncer non seulement à leur aventure nucléaire mais aussi à leur système communiste ? Le problème est qu’ils sont dépendants du tuteur chinois et plus particulièrement de la puissance Armée nationale populaire de Chine communiste.
 

Matthieu Lenoir