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Cuba et l’Iran : deux âmes sœurs, une foi en la révolution anti-USA

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A peine entré en vigueur l’accord nucléaire qui acte le dégel de ses relations avec l’Occident, l’Iran fait les yeux doux à Cuba. Ces deux âmes sœurs, dont les élites ont souvent été formées à Moscou, partagent une même aversion pour les USA et une même foi dans la révolution.
 
Au cours de son voyage diplomatique en Amérique latine, le ministre des affaires étrangères de l’Iran, Mohamed Javad Zarif, a visité Cuba, avec une suite de cent vingt personnes dont la moitié se composait d’hommes d’affaires. Plusieurs projets de coopération entre Cuba et l’Iran ont été abordés, dont la vente de pétrole iranien à Cuba et l’établissement par l’Iran de plateformes pétrolières en eau profonde dans le golfe du Mexique. Puis, en septembre, profitant de son passage à l’assemblée générale de l’ONU, le président Hassan Rouhani a rendu visite à Cuba à Fidel Castro et à son frère Raul, avec qui il a signé une série d’accords portant sur la santé, l’éducation, les sciences, les banques, en se promettant d’ouvrir un nouveau chapitre des relations bilatérales entre l’Iran et Cuba.
 

Moscou a formé les cadres de la révolution de Cuba et d’Iran

 
Ce rapprochement n’a bien sûr pas échappé à l’œil sagace de Moscou, Moscou où furent formés bien des cadres de la révolution cubaine et de la révolution iranienne. Vladimir Sagine, analyste à l’institut russe des sciences politiques, spécialiste du Proche Orient, l’explique par une communauté de destin géopolitique datant du vingtième siècle : « Par l’histoire longue, la religion, la composition ethnique, la structure de l’État et l’idéologie, l’Iran et Cuba sont presque entièrement dépourvus de points communs. Cependant, si l’on considère l’histoire récente des deux nations, on s’aperçoit qu’ils partagent une chose : la révolution. » Et l’opposition aux USA. En 1959 la révolution de Fidel Castro s’est débarrassée du dictateur Fulgencio Batista, favorable aux USA, poussant ceux-ci à rompre leurs relations diplomatiques avec Cuba et à lui imposer des sanctions qui ont duré cinquante-cinq ans. En 1978, rebelote à Téhéran : la révolution islamique de l’ayatollah Khomeyni chassait Mohamed Reza Pahlévi de son trône, provoquant la même réaction des USA.
 

Deux âmes sœurs, une communauté de destin anti-USA

 
Pour Sagine, cela engendre une véritable « communauté de destins entre l’Iran et Cuba, deux nations qui sont engagées depuis des décennies dans une confrontation politique, financière et parfois même militaire avec les USA. » Dans les années qui ont suivi la révolution en Iran, Téhéran et Cuba entretinrent de bonnes relations, encore améliorées par leur engagement commun dans les pays non alignés. Mais la situation diplomatique de l’Iran et de Cuba change aujourd’hui, d’abord, selon Sagine, « à cause de l’amélioration de leurs relations avec leur adversaire principal, les USA , qui ne va pas du même pas. » La Havane et Washington ont déjà rétabli leurs relations diplomatiques, alors que Téhéran hésite à faire de même malgré l’accord sur le nucléaire. Sans doute les gouvernements d’Obama et de Rouhani envoient-ils des signaux positifs, mais il ne faut pas oublier que des influences non négligeables s’exercent aux USA comme en Iran pour empêcher la normalisation des relations entre les deux pays.
 

Foi en la révolution et calculs géopolitiques

 
A l’inverse, on trouve en Iran comme à Cuba des gens qui entendent tourner la page de l’affrontement avec les USA et sortir de l’isolation diplomatique. Telle est du moins l’opinion défendue par l’analyste russe. Il leur conseille de « développer leurs liens bilatéraux fondés sur leur expérience historique commune », id est la révolution et ses conséquences. Le ministre cubain du commerce extérieur, Rodrigo Malmierca Diaz a déclaré que « l’Iran et Cuba partagent l’expérience d’avoir vécu sous de lourdes sanctions et devraient s’en servir comme guide ». Malgré le dégel, les USA ne sont pas encore prêts à relâcher complètement les sanctions : l’alliance entre l’Iran et Cuba devrait permettre à ces deux pays de faire avancer ensemble leurs intérêts et de coordonner leurs efforts pour en finir définitivement avec les effets des sanctions. Cette « constatation » de Vladimir Sagine est exactement la politique soufflée par Moscou à l’Iran et
 
Cuba, les deux âmes sœurs inspirées par une seule foi révolutionnaire.
 

Pauline Mille